Noces exubérantes des sciences et des arts

Insolite et ambitieuse exposition que celle qui se déroule à Orsay au moment où on apprend la nomination de sa présidente, Laurence des Cars, comme future présidente du Louvre. On a voulu, par un foisonnement d’œuvres, nous entraîner dans un étonnant voyage évoquant les confins du monde et l’invention de la nature au cours d’un «long XIXème siècle» se prolongeant, artistiquement parlant, de la Révolution française jusqu’à la première Guerre mondiale. Au cours de cette période où les expéditions scientifiques se multiplient, les théories de l’évolution bouleversent les anciennes croyances bibliques de la Création du monde, et les sciences de la Vie et de la Terre, paléontologie, géologie, biologie, écologie, ouvrent des perspectives stupéfiantes. Les sciences naturelles au sens large dominent alors les connaissances des hommes et l’imaginaire des créateurs. Coréalisée avec le Musée des Beaux-Arts de Montréal, l’exposition est aussi le fruit d’un «partenariat exceptionnel du Muséum national d’histoire naturelle». Tout un programme… Continuer la lecture

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Parcours rimbaldien en semelles de vent

Certaines rencontres transfigurent la vie de personnes au départ vouées à un parfait anonymat. Quand Auguste Renoir choisit de s’établir à Essoyes en Champagne-Ardenne, la jeune femme qu’il choisira pour poser devant son chevalet connaîtra une tout autre destinée que la vie paysanne. Il en ira de même pour Ernest Delahaye, simple écolier à Charleville lorsqu’il fera la connaissance en 1867 des frères Rimbaud, Frédéric et Arthur. Dans un livre qui vient de sortir, intitulé « La constellation Rimbaud », Jean Rouaud raconte que « fasciné » par Arthur, Ernest passera une bonne partie de ses jours « le nez en l’air à guetter » le passage du génie. Son parcours aurait dû être ordinaire, mais grâce à cette conjonction miraculeuse, il fera la connaissance du Paris artistique comprenant des noms célèbres comme Verlaine ou Mallarmé. Dans son livre, Jean Rouaud s’est attaché à portraiturer l’auteur des « Illuminations » en listant les noms-clés et cartographiant les lieux importants. Continuer la lecture

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De la bonne rédaction des articles de presse, à Kansas City

Un livre sur Ernest Hemingway (1) explique que son style d’écriture, à l’origine de son succès et sans doute de son prix Nobel, doit beaucoup au «code de bien-écrire journalistique composé de cent règles de style» édictées par le Kansas City Star. Journal fondé en 1880 et pour lequel il travailla quelques mois, en 1917. «C’étaient les meilleures règles que j’aie jamais apprises pour le métier d’écrire», disait-il. Nous avons eu la curiosité d’aller voir de quoi il s’agissait. Il suffit en effet de taper «Kansas City Star writer recommendation» sur la fenêtre Google pour avoir, en première occurrence, un document pdf de deux pages dudit journal, donnant un fac-similé des fameuses règles des années 1917-1918. Les auteurs expliquent que c’est bien le document auquel Hemingway s’est historiquement référé. Et qu’on le leur demande tellement souvent qu’ils en ont fait une réponse quasi-automatique. Continuer la lecture

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Soldat à la solde de Dieu

Quand il partait à la guerre, le soldat français pouvait emporter dans l’une de ses poches un manuel lui servant de source spirituelle entre deux coups de feu. Celui-là date de 1882, l’année où incidemment, Jules Ferry fit voter une loi sur la suppression de la morale religieuse à l’école. Rédigé par un aumônier militaire, il ressemble peu ou prou à celui que détenait Guillaume Apollinaire et qui sera mis en vente aux enchères le 18 juin chez Pierre Bergé, pour 100 fois plus cher que le premier, vu qu’il porte un précieux autographe. L’une des particularités de cet opuscule est qu’il ne contenait pas d’éléments précis relatifs à ce pourquoi le soldat est fait: tuer son ennemi. À tout le moins, il offrait le secours de la religion notamment en ce qui concerne le principe d’immortalité, ce qui en l’occurrence était bien adapté avant l’heure du combat. Continuer la lecture

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Moby Dick, poème visuel et sonore

“Moby Dick” (1851). À lui seul, ce roman fit entrer son auteur, Herman Melville (1819-1891), au panthéon des lettres américaines. Bien plus qu’un récit d’aventures pour la jeunesse, cette histoire de chasse à la baleine, avec en son centre ce terrible et mystérieux capitaine Achab, s’avérait, en réalité, une vertigineuse plongée à l’intérieur de l’âme humaine. Un de ces livres mythiques vers lequel on revient de temps à autre pour en découvrir à chaque fois une dimension nouvelle. Une histoire fondatrice. Si John Huston osa s’aventurer à en faire un film, en 1956, avec Gregory Peck dans le rôle d’Achab, comment imaginer la transposition de cette histoire d’océan et de folie sur une scène de théâtre ? Qui aurait l’audace de relever un tel défi ? La marionnettiste et metteuse en scène norvégienne Yngvild Aspeli ne s’est pas laissée impressionner, nous offrant sur la scène du Monfort, à Paris, un véritable poème visuel et sonore foisonnant d’inventivité. Continuer la lecture

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Pour de faux

Un faux certifié c’est en soi quelque chose d’authentique. Pourtant, dans sa toute dernière et tant attendue livraison, la Revue d’études apollinariennes, a publié un certificat de « non-authenticité » relatif à une dédicace (assortie d’un dessin) de Guillaume Apollinaire. L’expert cité, Thierry Bodin, précise en outre qu’elle est le fait « d’un même faussaire » dont les tricheries ont déjà circulé sur les marchés d’amateurs. Dès qu’il est question d’argent, le doute est toujours sous-jacent. Au point que la même revue faisant état de la vente en 2018 d’une carte postale adressée par Picasso à Apollinaire cent ans auparavant et arrachée 166.000 euros aux enchères, formule ce commentaire: « Espérons que cette carte n’est pas l’œuvre du faussaire de génie, cauchemar des experts, qui s’attache tout particulièrement à Apollinaire ». La missive a cependant été expertisée et ce qui compte on en conviendra, c’est le certificat qui vient parfaire le parfum du vrai. Continuer la lecture

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Contes de fées en analyse

Bien avant qu’Onkel Sigmund et Mélanie Klein ne s’aventurent à décrypter l’inconscient enfantin, les folklores régionaux y avaient greffé des archétypes fort pertinents, s’exprimant dans les contes. Bruno Bettelheim rencontrera le succès en effectuant le chemin inverse, tentant de rapprocher ces archétypes avec les métaphores des théories psycho-analytiques (« Psychanalyse des contes de fées », Laffont 1976). Succès semble t il immérité, car il aurait pompé sans vergogne sur les travaux d’un confrère, Julius Heuscher, les éléments de son bouquin. À côté de cette référence incontournable, il existe des catalogues (notamment celui de Aarne et Thompson) recensant les récits, en fonction de la catégorie, du motif type, et des variantes rencontrées. Car d’un pays à l’autre, à thèmes communs, des habits différents. Avec, éventuellement, à l’exemple de Charles Perrault, l’ajout d’une morale lénitive. Continuer la lecture

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Visite garantie surréaliste

Pour ceux qui connaissent un peu et s’intéressent au surréalisme, c’est un régal, pour les autres cela peut être un peu plus compliqué. La BNF, en partenariat avec la Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet, vient d’ouvrir l’exposition «L’invention du surréalisme, des Champs magnétiques à Nadja», prévue à l’origine le 15 décembre 2020. L’exposition, très bien présentée et documentée, très riche, balaie large, au risque de nous perdre, en tout cas ceux qui, comme moi, ne sont pas totalement initiés aux acteurs du surréalisme et à leurs agissements. Le placement des cartels, parfois éloignés des documents qu’ils décrivent, est ici et là déroutant et oblige à une certaine gymnastique. Mais, après tout, on est dans le surréalisme. Continuer la lecture

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Les poèmes vraiment idiots de Myriam Mester

Pratiquement contemporaine de Louise Lalanne, la poétesse Myriam Mester est loin d’avoir connu la même célébrité. Le personnage de Louise Lalanne, tous les apollinariens le savent, était une invention de Guillaume Apollinaire, complice en l’occurrence du directeur de la revue Les Marges, d’Eugène Montfort. Sa signature apparaissait en 1909 dans des articles consacrés aux écrivaines célèbres de l’époque (la comtesse de Noailles, Colette, Lucie Delarue-Mardrus) ainsi qu’au bas de quelques poèmes assez gnan-gnan. La supercherie dura une bonne année, avant d’être révélée par le directeur de la revue qui mit fin à son existence littéraire en prétextant que la jeune femme avait été enlevée par un officier de cavalerie. Si ce personnage bénéficie aujourd’hui encore de la célébrité acquise par son Pygmalion, ce n’est pas le cas de Myriam Mester poétesse tout aussi fictive apparue dans le monde des Lettres deux ans plus tard. Continuer la lecture

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Le cavalier du South Dakota

En attendant de voir bientôt en salle le multi oscarisé de cette année «Nomadland», on peut voir en DVD le film précédent de Chloé Zhao. Depuis ses multiples oscars, nous savons tous qu’après avoir grandi à Pékin, elle est venue via Londres étudier le cinéma à New York University (NYU). Ce parcours original d’immigrée explique sûrement le thème et le style de ses films. Si «Nomadland» nous entraîne à travers le pays sur les traces de marginaux, ses deux premiers films se déroulent dans des réserves indiennes du Dakota du Sud, le premier, «Songs my father told me» («Les chansons que mon père m’a apprises») datant de 2015. Le second film, «The rider» (« Le cavalier »), fut tourné sur une réserve Sioux du Dakota du Sud, et nommé meilleur film de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2017. Continuer la lecture

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