A couper au couteau

Il existe des tas de sortes de couteaux sauf celui à couper le brouillard. Quand bien même quelqu’un viendrait à l’inventer, il ne servirait plus à rien, du moins à Paris. Nous pouvons certes connaître quelques matinées de demi-brume au cours de l’hiver (photo ci-contre), mais le vrai brouillard, le franc brouillard propice à l’oubli de soi, a disparu des rues de la capitale. C’est une perte, peut-être un signe. Nous ne regrettons pas ici le brouillard de pollution, mais bien le phénomène atmosphérique naturel produit par de minuscules gouttes d’eau, perturbant la luminosité et entourant toute chose d’un halo étrange. À Paris, foncer dans le brouillard ne veut plus rien dire. La seule métaphore qui tienne encore un peu la route dans ce domaine mais indépendante de la question géographique, c’est le fait d’être dans le brouillard, signifiant par-là que les brumes du réveil ou celles causées par une soirée trop arrosée, font que l’on peine à avoir les idées claires. Il faut attendre qu’elles se dissipent. Continuer la lecture

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Ramener sa fraise

Avec le printemps réapparaît sur les étals des marchés et dans les rayons des grandes surfaces la fraise gariguette. Elle appartient au groupe des «précoces». Les fraises, par les vertus du commerce et de la génétique réunis se divisent en quatre groupes : précoces, donc, puis par ordre d’entrée en scène, celles de «pleine saison», les «tardives», et enfin les «remontantes». Le Larousse gastronomique (ed. 1996) penche, lui, pour une classification morphologique : coniques, cordiformes, rondes, triangulaires. Prosper Montagné, en son dictionnaire culinaire (1938), se satisfaisait de deux groupes, les petites et les grosses, signalant la création permanente de nouvelles productions. Il en identifiait quelques unes, la Héricart-de-Thury, la Docteur-Morère, la Président-Carnot, la Général-Chanzy, la Duc-de-Malakoff… L’époque pratiquait volontiers l’éponymie. Mais les temps ont changés. À l’exception des inventeurs de roses, on ne donne plus volontiers aux produits de l’activité agricole des noms de célébrités. Imaginerait on l’asperge Charles-de-Gaulle, la poire Georges-Pompidou, ou la tomate Guy-Mollet ( en souvenir de son accueil à Alger, le 6 février 1956, les Pieds Noirs le bombardant de ce légume-fruit bien mûr). Continuer la lecture

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Cours exceptionnel d’histoire-géo à la BnF

Entre autres particularités, Octavie Coudreau (1867-1938) se préférait explorateur à exploratrice. Et elle laissait aussi entendre que si elle fouillait l’Amazonie, c’était avant tout afin de retrouver les restes de son mari qu’elle accompagnait auparavant dans sa mission de géographe-civilisateur. En réalité, il semble qu’elle y avait pris goût, puisqu’elle s’empressait de préciser qu’elle s’était fait un devoir de continuation de cette entreprise visant à transmettre la connaissance « aux masses ». Il lui avait légué, outre « une belle indifférence » pour l’argent, un savoir-faire en matière d’établissement d’un relevé géographique. Elle avait pris les deux. On ne sait pas quand fut décédée Amélie Bel (1859-) mais elle avait ceci de commun avec Octavie, d’être elle aussi partie avec son mari pour l’Afrique du Sud, l’Extrême-Orient et le Congo. Leurs portraits respectifs figurent sur les cimaises de l’exposition sur l’exploration à la BnF qui célèbre en ce sens le bicentenaire de la Société de Géographie. Continuer la lecture

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De Fidelio à La Perichole, deux femmes fantastiques

On dit volontiers que l’opéra est l’univers des femmes sacrificielles, ce qui est vrai si l’on pense aux grandes héroïnes comme Maria Stuarda, Norma, Tosca, Aïda et autres. Mais dans son unique opéra, Beethoven a voulu au contraire célébrer une femme triomphante : son mari Florestan, un aristocrate engagé, ayant été emprisonné de façon arbitraire par le gouverneur-tyran Pizarro, sa femme Leonore décide de se faire engager par le directeur de la prison en se déguisant en homme, sous le nom de Fidelio. Elle est sans nouvelles du prisonnier depuis plus d’un an, et ne sait même pas s’il est encore vivant. L’histoire est inspirée d’un épisode réel situé pendant la Révolution française, transposé dans une forteresse espagnole près de Séville, au XVIIIème siècle. Évidemment, Fidelio tremble de peur d’être démasquée par le geôlier en chef Rocco, d’autant que la fille de Rocco, Marcelline, est tombée amoureuse de lui, tout en étant courtisée par l’assistant de son père qui la presse de l’épouser. Continuer la lecture

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Un Bourgeois décalé et en fanfare

En ce 400e anniversaire de la naissance de Molière (1622-1673), alors qu’elle poursuit sa saison hommage à son illustre Patron à travers nombre de productions et rencontres artistiques diverses, la Comédie-Française nous propose de (re)découvrir une merveille créée la saison passée, sans laquelle la Maison ne saurait désormais compter : “Le Bourgeois Gentilhomme” mis en scène par Valérie Lesort et Christian Hecq. Une féérie décalée et loufoque dans laquelle le verbe moliéresque se marie à la musique de Lully version fanfare venue des Balkans. Un pari fou et réussi ! L’univers insolite et merveilleux auquel nous a habitués le couple de metteurs en scène depuis son adaptation, en 2015, au Vieux-Colombier, du roman de Jules Verne “20 000 lieues sous les mers” fait, là encore, sensation. Le génie du tandem est de créer ici un spectacle visuel et musical des plus surprenants tout en portant haut et fort le propos de Molière. Du grand spectacle ! Continuer la lecture

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Les chansons pies du père Duval

En ce temps-là, les curés portaient soutane noire et les religieuses n’avaient pas enlevé leurs cornettes. La messe était dite en latin. Pour y assister, les hommes se présentaient obligatoirement tête nue, tandis qu’à l’inverse les femmes devaient se recouvrir la tête d’un voile ou d’un foulard. Le mot parité n’était pas utilisé. Dans certaines campagnes, l’assemblée de fidèles était encore séparée en deux : les hommes à droite, les femmes à gauche. À la fin de l’office (annoncée par le tant attendu «Ite missa est»*) tout le monde se retrouvait joyeusement à la pâtisserie du village pour y acheter la tarte d’un repas aussi dominical que familial. Dans ces années d’après-guerre qui nous semblent aujourd’hui aussi éloignées que l’époque d’Abélard, apparut un nouvelle étoile dans ce qu’on n’appelait pas encore le star-system. Né dans une famille paysanne des Vosges en 1918, Aimé Duval a reçu une formation complète chez les jésuites avant d’être ordonné prêtre en 1949. La foi est chevillée au corps, et il possède une talent particulier. Continuer la lecture

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Soumis à condition

Sur le seuil de son logis dominant quelque vallée brumeuse, l’homme des cavernes ne pouvait attarder trop longtemps son regard sur une massue sans éprouver assez vite le besoin de s’en servir. Un auroch ou un voisin quelconque pouvait rapidement en faire les frais. C’est ce que le Russe Ivan Petrovitch Pavlov (1849-1939) avait théorisé à partir d’un réflexe de son chien salivant au tintement d’une sonnette préludant l’échéance d’une bonne gamelle. Ce physiologiste (ci-contre) né à Léningrad, a par la suite donné son nom à toutes sortes de mouvements, vite qualifiés de pavloviens. La porte d’un ascenseur s’ouvre et l’on y pénètre sans réfléchir car des sieurs comme Roux et Combaluzier nous ont conditionnés à le faire. Or, ce phénomène bien étudié est revenu récemment dans l’actualité à propos de l’arme nucléaire. Lorsqu’en effet nous dit-on, Poutine médite sur l’activation de son arsenal apocalyptique, outre des considérations politico-stratégiques, il est à craindre que l’envie d’appuyer sur le bouton, remontant à l’âge de pierre, ne vienne à le démanger, suscitant moult flottements inquiets au sein de son état-major et bien au-delà. Continuer la lecture

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Une amitié sans freins

On doit au Britannique Frank Bowden l’invention brevetée en 1902, du câble souple qui allait permettre aux vélos de mieux freiner, mais pas que. Car ce personnage, afin d’en faire la promotion, avait édité un certain nombre de cartes postales publicitaires qu’il allait diffuser au Salon de l’Automobile en 1903. On ne sait pas dans quelle mesure Apollinaire s’y était rendu, mais il avait utilisé au moins deux de ces cartes postales pour écrire à son ami André Salmon (1881-1869). Il rédigea ainsi, le 27 janvier 1904, à celui qui devait longtemps frayer avec lui sur le terrain de la poésie et de la critique d’art: « Mon cher ami Salmon, il faut que je te voie ce matin mercredi vers 10h à la banque (Mauser ndlr) et sois-y je t’en prie, n’y manque pas, ton Guillaume Apollinaire. » Cette missive figure dans un livre qui vient de sortir (ci-dessus), recensant avec une méthode bien inspirée les liens tissés entre les deux hommes.  Considérablement établi, préfacé et annoté par Jacqueline Gojard, il est une véritable malle au trésor en ce qu’il contient non seulement une somme extraordinaire d’anecdotes, mais aussi parce que son auteur a été désigné par Léo Salmon comme exécuteur testamentaire de l’œuvre de son mari. Continuer la lecture

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Tueur en série

Il y a tout juste un siècle, devant la prison Saint Pierre, à Versailles, Henri Désiré Landru, 53 ans, gravissait les marches de l’abbaye de Monte-à-regrets, ainsi la gente malfrate dénommait-elle la guillotine. Maître de Moro-Giafferi, son défenseur, n’avait pu lui éviter d’être reconnu coupable de onze assassinats. Le Président de la République, Alexandre Millerand, avait refusé le recours en grâce. Anatole Deibler, l’exécuteur public, s’apprêtait à remplir son office. Tout cela avait mal débuté. Après avoir effectué nombre de petits boulots, n’en trouvant aucun à son goût, ayant une famille à nourrir, Landru s’était résolu à vivre d’expédients. Carambouilles, arnaques au cautionnement, vente d’objets inexistants donc jamais livrés, lui vaudront trois condamnations, tantôt fermes, tantôt par défaut, vu son habileté à multiplier les fausses identités. La quatrième, 4 ans par contumace, est assortie de la relégation. Si il est repris, il est bon pour le bagne de Cayenne, à perpèt’. Il en tire une conclusion : il doit assurer son impunité, se tenant prêt, au besoin, à la solution la plus radicale. Continuer la lecture

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Musique bucolique

Quoi de plus merveilleux que la musique dans un cadre bucolique ? Nous sommes encore nombreux à regretter le festival estival « Solistes aux Serres d’Auteuil » qui s’est déroulé dans la Serre aux azalées pendant près de vingt ans, chassé bien entendu par la dure loi du tennis-fric : plus de festival qui a révélé tant et tant d’artistes majeurs, et privatisation de la majorité du jardin pendant deux mois entiers (à partir du 25 avril) lors du tournoi international de trois semaines, une privatisation de l’espace public profondément scandaleuse. Peut-on espérer que la mairie de Paris prenne enfin conscience de ce scandale dont elle est responsable ? Mais heureusement, il suffit de se transporter non loin de là, toujours dans le bois de Boulogne, jusqu’à l’Orangerie du parc de Bagatelle, dès le week-end du 21 mai, pour assouvir passion musicale et florale. Quatorze ans maintenant que le festival «Les Musicales de Bagatelle» donne ce coup d’envoi printanier, accomplissant fidèlement sa vocation de découvreur de jeunes talents grâce au jury musique de la Fondation Banque Populaire. Continuer la lecture

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