Hédiard, la seule cantine que j’gobe

J’ai déjeuné d’un hamburger chez Hédiard. Et en écrivant Hédiard  je pensais à Dior. Leurs univers ne sont pas très éloignés. En fait j’aurais bien voulu prendre les «aiguillettes de Saint-Pierre à l’huile de vanille, aigre doux de jus de carottes aux agrumes et gingembre» mais comme le but était de goûter au moins deux plats et que mon invitée voulait le premier, j’ai froidement choisi le hamburger estampillé Hédiard.

J’avais en tête un mauvais souvenir d’un hamburger sans talent avalé dans le chagrin chez Publicis mais, là, dès le premier coup de fourchette, j’ai pu me tourner vers ma voisine pour lui faire signe comme un nageur en plongée (la bouche étant pleine) que c’était bon.

Le hamburger signé Hédiard. Photo: Les Soirées de Paris.

Dans sa chanson « j’suis snob« , Boris Vian voulait «un suaire de chez Dior»,  le hamburger d’Hédiard relève du même esprit. Accompagné de 9 frites (quelconques) et de six feuilles de mesclun mesquines, ce hamburger goûteux, moelleux, garni d’une bonne sauce et de toutes ces petites choses qui contribuent à la réussite du genre, a «fait le job» si on veut bien me passer cette expression pourtant adaptée.

J’avais la chance insigne d’avoir ce jour-là une convive au palais raffiné. La présence d’huile de vanille avait emporté sa décision quant aux aiguillettes de Saint-Pierre encore que, avait-elle précisé, «la vanille c’est comme la banane», si on en met trop ça peut tout emporter. Elle a commencé son plat de poisson en l’humant les yeux fermés, avec un sourire révélateur qui n’a pas échappé à nos voisins, lesquels commençaient à se persuader qu’ils côtoyaient deux experts culinaires un peu mystiques.

Mais le Saint-Pierre que voulez-vous, que ce soit en gigot, tartiflette, filet ou aiguillettes, c’est tout de même un poisson difficile à gâcher. Et il y a pire mort pour un Saint-Pierre que de finir en aiguillettes place de la Madeleine embaumé à l’huile de vanille. Hédiard, le seul restau qu’il gobe.

Nos voisins ont fini, n’y tenant plus, par se décider à nous parler tellement l’éclair café au caramel salé et ses pétales de capucines nous avait rendus volubiles. Un modèle d’équilibre, avec sa juste dose de sucre et la fraîcheur de sa génoise ou une texture approchante qui lui servait de support. Avec son café, son caramel salé, sa croûte caramélisée, ses quelques pétales de capucines on l’a dit qui avaient été disposés autant pour faire joli que pour être butinés et son design de bolide des années trente, il méritait la note maximale. Quant on pense au modèle standard de l’éclair de nos boulangers  du coin de la rue, il s’installe comme une distance avec celui de la place de la Madeleine qui force à cligner des yeux (de bonheur).

L'éclair au café et caramel salé chez Hédiard. Photo: Les Soirées de Paris.

Des petites choses avant pour nous faire patienter soit un peu de chair de rouget mélangée à de la purée à l’huile si nos sens ne nous ont pas trompés, un (bon) verre de grave maison, deux cafés, 4 micro-mignardises et le tout pour 100 euros dans un univers où l’espace n’est pas compté, on peut « foutrement » aller cantiner chez Hédiard.

Réécouter « Je suis snob » par Boris Vian.

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4 réponses à Hédiard, la seule cantine que j’gobe

  1. Bruno Philip dit :

    Je préfère le design de l’éclair, c’est clair.

  2. de FOS dit :

    Volubilis pour la fleur, volubile pour la convive, voilà qui paraît accordé. Encore que la première soit ornementale et la seconde du genre gourmet…

  3. Ping : Paris Audiard, Paris Hédiard. « evvivalapappa

  4. Steven dit :

    Pour ce qui est du sujet burger c’est dur à admettre mais macdo reste au top.

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