Bon son ne saurait mentir selon Neil Young

Au tout début des années soixante dix au Drugstore Publicis, la jeune et jolie vendeuse du rayon disques, avait mis sur la platine un album tout noir qui venait de sortir. L’album s’intitulait «After the gold rush» et il était signé Neil Young. Un client s’était approché pour se renseigner sur le morceau que l’on entendait. C’était «Southern Man» l’un des morceaux les plus rock du disque. Le jeune homme était reparti avec cet album qu’aux dernières informations il écoute toujours. Et d’autant plus que l’autobiographie de Neil Young vient de sortir chez Robert Laffont.

A vrai dire, si l’on a minimum de connaissances en langue anglaise, ce livre simplement écrit doit pouvoir se lire aussi en version originale. Neil Young prévient qu’il a été entièrement rédigé sans qu’il ait fumé d’herbe ou bu d’alcool, ayant décidé de tout arrêter juste avant. Voilà une bonne autobiographie de rocker ayant connu les bonnes années. On y parle d’amplificateurs Fender, mais aussi d’iTunes et de fichiers MP3.

A soixante six ans, c’est l’un des combats que mène aujourd’hui Neil Young. L’auteur pourfend le son tel qu’il a été gravé d’abord en analogique sur les CD puis à partir des fichiers numérisés via une certaine technique de compression et, il faut bien le dire, d’épuration. Selon l’auteur de quelques titres monuments de l’histoire du rock and roll, 95% de l’authenticité du son se sont évaporés avec les nouvelles technologies et ça le met hors de lui. Dans son livre, une piqûre de rappel est faite au lecteur toutes les 50 pages environ de cet ouvrage qui compte pas moins de 68 chapitres.

La pochette abîmée de « After the Gold Rush » par Neil Young. Photo: Les Soirées de Paris

Neil Young écrit comme s’il avait son lecteur en face de lui dans un style très oral du type « ah oui encore une chose que j’allais oublier… ». Parmi les choses qu’il allait oublier de dénoncer justement se trouve aussi la fonction «aléatoire» sur les lecteurs MP3 alors que lui s’est échiné, comme sur un 33 tours, à trouver un ordre cohérent. Et ce guitar heroe s’est lancé avec logique et énergie dans la création d’une start-up dont le but est de retrouver le bon son puis de l’imposer, y compris à Apple. Avec une killerap’ (le logiciel qui tue) en prime, celle qui démontrera la différence entre un son authentique et un son hum…moderne.

L’histoire de cet homme colle bien avec celle d’une star de rock and roll. Neil Young est un fan de voitures et parmi les nombreuses photos qui jalonnent les différentes étapes de son livre, il y a ce parfait cliché dont l’auteur est Joel Bernstein (sans trémas sur le prénom) où l’ont voit une Black Queen «quittant le parking du Sunset Marquis en 1973 durant les sessions de Tonight the night». Neil Young s’achète de grosses américaines mais, conscient des dangers de la pollution, travaille pendant plusieurs années à équiper ne Lincoln d’un moteur électrique avec un générateur à l’éthanol.

En fait nous voilà au fil des pages davantage roadie à transbahuter des amplis que lecteur patelin au coin du feu à fumer la pipe. Dans chaque épisode, Neil Young nous embarque comme témoin de sa vie, également frappée par ses problèmes de santé et ceux, bien lourds, de deux de ses enfants. Parfois la fumée des joints épaissit la lecture de ses volutes autant qu’elle la ralentit comme si on la fumait. Neil Young nous fait revisiter cette Californie folle des années pop que l’on pouvait sillonner en minibus en sirotant du jus d’orange gavé de LSD selon l’extraordinaire exemple de Ken Kesey qui en fera un livre : le fameux «acid test».

L’autobiographie de Neil Young, on l’aura compris, est aussi bonne à lire qu’à écouter. Elle provoque une réaction irrépressible du moment que c’est possible. Celle de rebrancher la platine, de ressortir un 33 tours de l’artiste, et d’écouter ce son miraculeux que l’on avait écouté pour la première fois au Drugstore Publicis, à quelques craquements près.

 

Neil Young, « Une autobiographie ». Robert Laffont. 23 euros.

Un extrait de « After the gold rush » à partir d’un microsillon.

 

 

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Une réponse à Bon son ne saurait mentir selon Neil Young

  1. FMaurel dit :

    Je ne connais pas très bien Neil Young (le folk-rock, pendant longtemps, m’a laissé froid) mais votre chronique (me) donne envie d’aller plus loin dans la découverte, et qui sait ?

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