Quand Marie Laurencin jouait les cobayes de laboratoire

On pourrait se demander quel est le rapport entre le peintre Marie Laurencin (1883-1956) et les comprimés Mucinum, « laxatif doux » et « rééducateur intestinal ». Le rapport c’est le laboratoire Chantereau, lequel éditait des livrets destinés aux médecins dans les années cinquante et même auparavant. Si l’on en juge parmi les rares renseignements publiés dans leur numéro 64, les peintures de Marie Laurencin reproduites à l’intérieur, provenaient de leur collection personnelle. Et ils y adjoignaient quelques publicités et textes liés à leur production. Ce qui est bien naturel.

Les Soirées de Paris vont s’intéresser un moment à celle qui fut la compagne de Guillaume Apollinaire car le musée Marmottan a eu la chic idée d’organiser du 21 février au 30 juin une exposition dévolue à cette femme davantage réputée à l’étranger, pour des raisons dont on peut débattre sans fin. La plupart des nombreuses peintures que l’on découvrira à cette occasion proviennent d’un musée créé il y a près de trente ans par un mécène japonais.

Médecines et peintures numéro 64 consacré à Marie Laurencin. Source: Les Soirées de Paris

Dans cette attente, comme il est dit par convention et civilité en fin de courrier, l’on peut commencer  à reparler de cette femme qui fréquenta et portraitura des gens aussi définitifs que Gide, Léautaud, Cocteau, Sommerset Maugham, Yehudi Menuhin, Picasso, Salmon et bien d’autres.

Pour l’évoquer, sans doute dans les années cinquante, mais toute précision chronologique serait la bienvenue (nous avons des lecteurs experts), le laboratoire Chantereau a fait appel à George-Day qui, comme son nom ne l’indique pas est le pseudonyme d’une femme qui s’appelait en réalité Yvonne Debeauvais, écrivain, poète, auteur dramatique française du XXe siècle, née à Bordeaux en 1893, décédée en 1971, nos remerciements à Wikipédia.

George-Day nous parle de Marie Laurencin comme quelqu’un qui «n’emploie pas les teintes violentes», n’ayant «jamais aimé le rouge» et  su éviter les «excès» artistiques «passagers» comme le cubisme.

Dommage que le laboratoire Chantereau n’ait pas à l’époque mis davantage la main à la poche pour nous offrir des reproductions en couleur. Mais ce n’est pas plus mal, le noir et blanc n’étant pas forcément une censure, comme on le peut constater dans cet intéressant portrait de Dinah où l’on retrouve cette particulière façon de dépeindre les yeux qui n’est pas sans rappeler celle des mangas contemporains. Une caractéristique frappante que l’on retrouve dans un nu, le portrait de Madame de Madame S, ou encore, mais nous en avions parlé cet été, dans le portrait de la journaliste Anne Sinclair à l’âge de quatre ans.

Marie Laurencin, écrit George-Day, «pratique cet art si difficile de la simplicité qui la classe parmi les élus», et qui faisait dire à son propos l’écrivain Ventura Garcia Calderon qui avait du vocabulaire, que «notre enfer n’était pas irrémissible». Certes.

Nous aurons l’occasion de le vérifier au Musée Marmottan avec d’ici là, si tout va bien et grâce à la poste américaine, une publication peut-être inédite de l’artiste sur Les Soirées de Paris.

Affiche de la prochaine exposition Marie Laurencin.

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2 réponses à Quand Marie Laurencin jouait les cobayes de laboratoire

  1. Gérard H. Goutierre dit :

    Voilà qui donne envie… Nous irons à Marmontan !

  2. de FOS dit :

    Marie Laurencin, l’art de « dépeindre » les yeux : c’est tout à fait çà !

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