Argo, le triple scénario qui vous tient à la gorge

Même si l’on connaît la fin (heureuse) à l’avance puisqu’il s’agit d’une histoire vraie, « Argo » est un formidable suspense. La toute récente sortie du film en DVD propose une séance de rattrapage à ceux qui l’avaient négligé lors de sa sortie en salle. Le réalisateur Ben Affleck raconte l’exfiltration de six américains réfugiés à l’ambassade du Canada à Téhéran durant la prise d’otages de l’ambassade américaine. Un tempo presque parfaitement soutenu jusqu’au dernières images.

A l’époque c’est l’ayatollah Khomeini qui vient de prendre le pouvoir en Iran et Jimmy Carter est à la Maison Blanche. Les américains vont alors payer la note de leur politique de soutien à l’implacable dirigeant Pahlavi. Leur ambassade est envahie.Les membres du personnel sont pris en otage sauf six qui s’échappent et se réfugient à l’ambassade du Canada.

L’exfiltreur. Photo: LSDP

Aux Etats-Unis, un exfiltreur est recruté pour les ramener en douce. La recette est folle mais elle va plus sûrement marcher que la désastreuse opération héliportée qui se terminera dans les sables iraniens. L’agent spécial de la CIA va élaborer, avec la complicité de producteurs de cinéma, un vrai et un faux scénario. Le vrai scénario va consister à faire croire aux iraniens qu’Hollywood s’est mis en tête de tourner là-bas un film de science fiction : c’est donc le faux. Et à transformer les six américains réfugiés dans l’ambassade du Canada en faux techniciens. Le titre du film bidon est « Argo ».

L’efficacité Hollywoodienne est triple dans ce scénario super vrai qui en comporte deux autres. Pourtant le film est nullement confus et laisse le spectateur scotché à son canapé, les yeux rivés à son écran plat. On sait bien qu’ils vont s’en sortir mais tout laisse penser le contraire, c’est ce qui fait qu’un film est efficace ou non.

Le scénario improbable concocté avec la complicité d’un producteur américain. Photo: LSDP

Il y a les looks de la fin des années 70, les cinglés sympathiques de la sphère cinématographique californienne, il y a aussi cette ambiance révolutionnaire violente avec les pendus exhibés au bout d’une grue, éléments auxquels s’ajoute l’impassibilité apparente de l’exfiltreur (sans compter son brushing toujours impeccable) tout au long de sa mission impossible. Le cocktail est des plus efficaces jusqu’à ce que l’avion de la Swissair décolle in extremis avec ses passagers l’ayant échappé belle.

Le film aurait pu s’arrêter là. Les dernières images du retour au pays avec les félicitations personnelles du président Carter retombent dans le film classique. Il est dit en général que les otages connaissent à leur retour un phénomène désagréable de décompensation. C’est le but peut-être de ces dernières minutes très calmes que de nous aider à décompenser après avoir baroudé dans le bourbier iranien.

PS : Il est une anecdote éloquente et toujours d’actualité sur la difficulté à berner les iraniens. C’est l’histoire d’un occidental, admettons un américain pour rester dans l’ambiance, qui se promène dans un village iranien. Dans une rue il repère un vieil homme à côté duquel se trouve un chien en train de manger dans sa gamelle. Son œil avisé détecte que cette gamelle est en fait une poterie précieuse vieille de plusieurs siècles. Pour ne pas alerter l’homme, l’américain lui propose d’acheter le chien. Puis, la transaction faite, après avoir fait mine de s’éloigner, il lui dit qu’il pourrait embarquer la fameuse gamelle afin de nourrir plus commodément le chien. Mais le vieil homme lui répond : « certainement pas, grâce à cette gamelle, c’est le septième chien que je vends ! ».

 

 

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4 réponses à Argo, le triple scénario qui vous tient à la gorge

  1. Steven dit :

    Film extra

  2. Frédéric MAUREL dit :

    peut-être plutôt un exfiltreur, non ? à moins qu’il ne pratique plus la filtration, sport extrême s’il en est…

  3. Frédéric MAUREL dit :

    sur l’anecdote en PS, c’est un peu le même procédé qui est utilisé (avec le même succès) au beau milieu du (superbe) film « Django unchained » (vu hier soir dans des conditions idéales), de Quentin Tarantino

  4. Philippe Bonnet dit :

    Vous avez tout à fait raison cher Frédéric Maurel sur cet ex-fitreur mal orthographié et corrigé grâce à vous. Merci. PHB

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