Le 6 octobre 1929 aparaissait Bruno Cremer

Qui a tué Bruno Cremer ? Ce n’est pas le film «La 317ème section» de Pierre Schœndœrffer. Quand on se penche sur la carrière de Bruno Cremer, on s’aperçoit qu’il n’avait pas besoin du réalisateur pour exister et pourtant,  pour beaucoup, une cinquantaine de films plus loin,  l’acteur reste le personnage d’une  seule œuvre dont il ira jusqu’à regretter de l’avoir tourné. Dans un entretien télévisé avec Thierry Ardisson, il faut le voir réagir quand un des invités parle de sa carrure de baroudeur. Il réplique presque énervé «mais je n’ai joué qu’une seule fois un rôle de baroudeur, c’était dans La 317éme section ». Mais quel rôle ! Pierre Schœndœrffer savait filmer des personnages comme l’adjudant Willsdorff. Le rombier, il appelle tous les types qui passent ainsi, apparaît désabusé dans cette dernière et sans doute inutile patrouille après Dien Bien Phu au côté d’un jeune lieutenant tout droit sorti de Saint Cyr, interprété par Jacques Perrin.

Qui a tué Bruno Cremer ?

Il a tourné avec les plus grands metteurs en scène, de Costa Gravas à Bertrand Blier, de René Clément à Claude Sautet. Le cinéma, c’est aussi une affaire de gueule,  et pas uniquement celle des premiers rôles. Il est de ces acteurs de second plan dont on se souvient davantage que les têtes d’affiche. Cremer n’avait pas une gueule à la Carrette, ni sa gouaille non plus («La règle du jeu» ou «La bête humain »). Il se rapprocherait davantage de Maurice Ronet, un jeu intériorisé, désabusé aussi. C’est la génération qui veut ça, la manière de filmer aussi. «Paris brûle-t-il ?», «La bande à Bonnot», «Espion lève-to », «L’attentat», «La légion saute sur Kolwezi» des dizaines de films qui ont fait le cinéma français des années soixante et soixante-dix et qui marquent une époque aussi. Bruno Cremer y jouait plus ou moins, mais le titre du film seul fait que l’on se rappelle de lui.

Qui a tué Bruno Cremer ?

Bruno Cremer dans « Noce Blanche ». Photo officielle

La «Noce blanche» de Jean-Claude Brisseau ? Sûrement pas. Un film très «border line» comme aime les tourner le cinéaste. Mais ce fut Vanessa Paradis qui tira la couverture pour elle, avec un César du meilleur espoir féminin et le prix Romy Schneider. Elle avait 16 ans et son interprétation tout à la fois en réserve et en provocation marque le film. Bruno Cremer interprète son rôle de prof avec une sublime retenue amoureuse, il sait surtout ne pas se mettre en danger. Il s’efface avec justesse devant Vanessa Paradis.

Qui a tué Bruno Cremer ?

Maigret ? Il tourna jusqu’au bout de ses forces au bout de sa voix le commissaire taciturne. 54 épisodes, dans des années cinquante reconstituées au bouchon de bière prêt. Un vrai plaisir de chineur, le bonheur de retrouver le personnage de Simenon dans son atmosphère d’origine. On dira, mais on dit tellement n’importe quoi sur le Net, que c’est la pipe qu’il fumait à longueur de tournage pendant les Maigret qui lui aura bouffé poumons, gorge et langue. En réalité il fumait quotidiennement des cigares. Quand il tourna son dernier épisode, «L’étoile du Nord», il avait perdu sa voix qui fut doublée par un comédien, Vincent Grass.

Qui a tué Bruno Cremer ?

Naître le jour de la Saint Bruno, et se faire baptiser Bruno, les parents ont fait fort, mais faut bien admettre qu’en 1929 le prénom se faisait rare. Ce n’est pas le visage d’un acteur qu’il a vu apparaître, quand il a commencé à écrire ses souvenirs, mais celui d’un homme. Dans «Un certain jeune homme» il revit cet âge obscur, les émotions secrètes, les incertitudes, les premières leçons de la vie, les relations difficiles, les rencontres qui ont eu du poids, la naissance d’une vocation, les expériences du débutant. Des mémoires qui s’achèveront à la mort de son père. Terminer ses mémoires là où souvent commence celle des autres.

Bruno Cremer dans « La 317e section ». (Capture d’écran)

Qui a…?

On pourrait  parler du théâtre  qui lui a manqué, de la promotion 1954 où on le retrouve au côté de Jean-Pierre Marielle, Jean-Paul Belmondo, Claude Rich, Jean  Rochefort ou Annie Girardot. Je feuillette une revue de presse. Un article de Paris Match, une nécro. A une jeune femme qui lui demandait, il y a dix ans, s’il était dur de vieillir, il a répondu : « C’est très mal élevé de parler de l’âge des gens, mais, c’est vrai, je suis à l’âge où il faut se préparer à la mort. J’ai vécu avec cette idée. Trop sensible au côté provisoire de l’existence, je crois que je ne suis jamais vraiment entré dans la vie ». Le 7 août 2010 disparaissait Bruno Cremer.

Bruno Sillard

 

 

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2 réponses à Le 6 octobre 1929 aparaissait Bruno Cremer

  1. Lysandrelou dit :

    les soirées de paris…. tres jolie nom pour une revue

    BC : Un comédien de poids discret qui a su se faire entendre et surtout apprécier

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