Les Têtes Raides, toujours le poing levé

Têtes Raides sur le mur d'images Google. Photo: LSDPÇa commence avec de brefs gratouillis de guitare électrique, on croirait voir débarquer Melody Nelson. Mais cela dure l’espace d’une respiration, et c’est Alice qui se pointe, enfin le souvenir d’Alice, porté par la voix chaude, incandescente, de Christian Olivier. Alice est partie, avec ses électrophones et ses vieux rock’n’roll. Alice, petite cousine de la mythique Ginette, qui, elle, préférait la valse en guinguette.

Revoilà donc les Têtes Raides, bande de damnés magnifiques portant sans rechigner les lourdes valises des doléances sociales et politiques férocement ancrées à gauche. Avec Les Terriens, énième album depuis 1989, le groupe reste ainsi droit dans ses bottes, toujours le poing levé. « Les pieds dans la glaise et la tête dans les étoiles », nous promet l’impeccable label Tôt ou Tard, compagnon de longue date. « A l’ombre des fascistes, il faudra qu’on résiste » lance l’incontournable et sombre auteur Christian Olivier sur Moderato, morceau porte-drapeau à l’énergie folle qui rappelle L’iditenté en duo avec Noir Désir. Le texte sur cet album s’affranchit malgré tout toujours, à l’occasion avec bonheur du bon goût grammatical, histoire de s’aventurer vers l’humour second degré régressif. Mais, surtout, il y a tout de même un petit cœur qui bat derrière le visage pâle du sombre héraut. Un cœur triste prêt au combat. L’amour donc, l’amour toujours, mais l’amour perdu, passé (Oublie-moi, sans regrets, vite fait, à jamais).

La pile d'albums des Têtes Raides. Photo: Byam

La pile d’albums des Têtes Raides. Photo: Byam

Musicalement voilà un album sérieux, riche, le son est bon, c’est rock bien sûr, c’est jazzy, punk ou ska, c’est nostalgique ou fiévreux, c’est tout et n’importe quoi et tant mieux. Avec des pauses histoire de souffler un peu. Alice, encore, et Mon carnet, sont à ce titre des monuments. Et ce son, sorte de retour aux sources rageuses, cache quelques bouleversements en coulisses. L’équipage a changé. Si Christian Olivier et le guitariste Serge Bégout (une bière à celui qui surprend l’un des deux sourire aux lèvres) restent à bord, exit Iso (Grégoire Simon) au saxophone et Anne-Gaëlle au violoncelle. Iso « se repose, on le retrouvera », a confié à Sud Ouest Christian Olivier, qui pourtant n’a pas l’allure d’un aimable taulier d’auberge espagnole (mais l’humeur apparente du bonhomme fait partie de la légende). Espérons tout de même le retour des enfants prodigues. Pour l’heure, le tsunami de guitares amène alors sur Les Terriens deux recrues de choc, Daniel Jamet, ancien de la Mano Negra, et Sébastien Martel. Le résultat est plaisant. Et qui dit nouvel album des Têtes Raides dit concert à ne pas manquer. La bande est déjà partie en tournée, elle posera ses lourdes valises à quatre reprises au Bataclan parisien, les lundis du 10 au 31 mars.

Entre ici, camarade

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