France-Transnistrie, le match inattendu

Confrontation du Cognac des Charentes avec son homologue de Transnistrie. Photo: Les Soirées de ParisLa bouteille de cognac a quitté discrètement Tiraspol, la plus grande ville de Transnistrie, puis elle a gagné Chisinau, la capitale de la Moldavie. De là elle a été embarquée en avion jusqu’à Brême en Allemagne, bien que son importation dans l’Union européenne soit réputée interdite. Début juillet le flacon a été délivré d’un bus en provenance d’Allemagne à la gare autoroutière de Bagnolet (Seine-Saint-Denis).

Inscrit en écriture cyrillique sur l’étiquette du flacon, le nom de « Cognac » est une appellation en principe réservée aux productions charentaises avec des normes à respecter. Néanmoins faire de l’eau-de-vie de raisin avec grosso modo les mêmes règles qu’ici, dans la région séparatiste pro-russe de Transnistrie, est la marque d’une ambition qu’il serait bête de dédaigner par ignorance.

On pourra en l’occurrence, bien parler ce jour d’exclusivité des Soirées de Paris, puisque nous avons osé comparer ce breuvage interdit à notre plus (fine) production nationale, le cognac XO.

Une fois les deux fonds de verre servis, le plus facile est de humer le bouquet. Cette première étape est facile dans la mesure où cela permet encore de retranscrire les impressions reçues avec toute la lucidité qu’il sied.

Honnêtement, lorsque l’on plonge le nez dans un ballon de cet alcool de Transnistrie (le nom de ce pays sonnant un peu comme un médicament vasodilatateur par voie orale avez-vous remarqué), cela ressemble bien davantage à du cognac que du Coca-Cola et on peut se dire que les habitants de Tiraspol (le nom de cette ville sonnant lui aussi comme un médicament administrable mais en gouttes nasales) ont de quoi soigner leur nostalgie de la Russie.

Goulot d'une bouteille de "Cognac" de Transnistrie. Photo: Les Soirées de Paris

Goulot d’une bouteille de « Cognac » de Transnistrie. Photo: Les Soirées de Paris

Quoiqu’un peu trop caramélisé comme du sirop anti-toux (décidément…) le liquide est bien passé sans dommage irréversible de la voûte palatale jusqu’au fond de l’estomac en glissant par le pertuis de l’œsophage.

Il n’y avait donc pas de quoi craindre des convulsions stomacales non plus qu’une crise mystique ou politique avec ce digestif dix ans d’âge. Ce produit fleurant la contrebande, ce qui n’est plus si courant, dépasse on peut le dire d’une courte taille le niveau de ces petits flacons pas chers dont vous dépanne l’épicier de quartier le soir après 22 heures.

Peut-être le palais anesthésié et les papilles décimées par cet élixir venu de la région moldave, le cognac fine champagne ne s’est pas objectivement démarqué de son adversaire avec toute la franchise que l’on pouvait en attendre. La gamme aromatique, au flair comme au palais, est certes plus large, l’attaque plus intense. Il a le goût du luxe. Soyons donc clair:  il vaut mieux à choisir, conclure un bon repas avec un cognac des Charente bien de chez nous.

Mais un sot préjugé qui laisserait croire que son homologue de Transnistrie ne serait pas buvable produirait une dissonance malvenue. D’autant que cette petite bouteille au contenu honnête a été achetée moins de dix euros à Chisinau.

Il a déjà été question de Moldavie dans les colonnes des Soirées de Paris. Ce petit pays étrange mais sympathique, issu de la vieille Roumanie,  piétine actuellement dans l’antichambre de l’Union européenne. Peu de gens, sauf nos lecteurs d’ailleurs, en ont vu quelques images.

Voici donc, pour terminer cette dégustation au résultat aussi inattendu que la confrontation Allemagne/Brésil, un aperçu photographique assez exclusif de la Transnistrie.

Les photos sont de Agathe Bonnet pour les vues de Tiraspol et de Ole Reichardt pour une usine à Bender. Une flèche en bas de chaque image permet de visionner la suivante.

Be Sociable, Share!
Ce contenu a été publié dans Gourmandises. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 réponses à France-Transnistrie, le match inattendu

  1. Marie dit :

    Il y a des endroits dont on est content de voir des photos et d entendre parler et pour autant, on a beau chercher, on ne voit aucune raison d y aller… Donc merci aux yeux et aux papilles des Soirées !

  2. jmc dit :

    Merci pour cet apéro, et pour ces belles photos!

  3. Benoît dit :

    A quand les Soirées de Chisinau ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *