Sonia Delaunay multicolore

Oeuvre de Sonia Delaunay. Photo: Les Soirées de ParisCe n’est pas, loin s’en faut, l’aspect le moins intéressant de la toute fraîche exposition Delaunay. Laissant libre cours à ses capacités décoratives, l’artiste s’est frottée à des projets publicitaires, à la mode et à des couvertures de magazines dont n’importe quel rédacteur en chef ayant un peu de goût, rêverait. De bout en bout, cette rétrospective Sonia Delaunay au Musée d’Art moderne est un itinéraire sans faute.

Au contraire d’une exposition précédente sur Poliakoff de laquelle pouvait se dégager une certaine monotonie, cette nouvelle proposition du musée intitulée « Les couleurs de l’abstraction » est riche en ruptures. Sans doute poussée par des besoins matériels suite à l’interruption de ses revenus en provenance d’une Russie en pleine révolution, Sonia Delaunay a dû faire bouillir la marmite et cliver  comme on dit de nos jours, vers un genre plus commercial comme la mode. C’est bien cette activité d’art décoratif qui crée d’heureuses ponctuations au fil des accrochages.

« Nous avons détruit la peinture ancienne » (1) a-t-elle dit un jour lors d’une interview télévisée avec une pointe de vantardise bien excusable. Ce « nous » fait allusion à son second mari Robert Delaunay, qu’elle épouse en 1910 et qui la conduit vers ce qui la caractérisera plus tard, l’abstraction et un sens inouï de la juxtaposition des couleurs.

Avec quelle adresse, quelle justesse, quelle inspiration cette artiste née près d’Odessa en 1885, déclinera à l’envi ses symphonies colorées. Cette rétrospective nous en met plein nos yeux et nous délivre au besoin de nos humeurs grisâtres au point qu’il nous prend le besoin de s’attarder au musée en recommençant le parcours pour mieux en jouir.

Détail d'une oeuvre de Sonia Delaunay exposée au Musée d'Art moderne. Photo: Les Soirées de Paris

Détail d’une œuvre de Sonia Delaunay exposée au Musée d’Art moderne. Photo: Les Soirées de Paris

L’un des faits d’armes de Sonia Delaunay  est sa collaboration avec l’écrivain Blaise Cendrars avec lequel elle réalise le premier « livre simultané » soit « La prose du transsibérien et la petite Jehanne de France ». Ce livre vertical de deux mètres de long sur 36 centimètres de large dont un exemplaire vient de s’arracher à prix d’or chez Sotheby’s, délivre sur ses multiples plis, une pièce majeure de poésie illustrée. Bien évidemment présent à l’exposition, il aurait juste gagné à être mieux éclairé. Il est dû à la rencontre de Sonia Delaunay et de Blaise Cendrars en 1911 chez Guillaume Apollinaire, écrivain majeur avec lequel elle entretiendra par ailleurs une courte correspondance pleine d’humour (2).

Apollinaire évoquait  à propos de la peinture de Sonia Delaunay, cette « ivresse de la couleur simultanée » comme une des « tendances les plus neuves de la peinture (…) et peut-être la plus intéressante de l’art décoratif ». Apollinaire qui disait encore : « il faut aller voir à Bullier (le bal Bullier à l’emplacement actuel du Crous au métro Port-Royal ndlr) le jeudi et le dimanche, Mr et Mme Delaunay, peintres, qui sont en train d’y opérer la réforme du costume ». Et à propos d’habit, il ne faut pas rater les petits chefs-d’œuvre que sont les robes-poèmes réalisées par l’artiste.

Alors qu’elle approche de la fin de sa vie, Sonia Delaunay offre en 1963 au Musée d’art moderne 114 œuvres d’elle-même et de son mari et, fera une autre donation majeure à la Bibliothèque Nationale, ce qui prolonge d’une certaine façon la prodigalité de son travail et justifie à tout le moins cette rétrospective multicolore.

(1) Interview vidéo sur le site de l’INA.

(2) Lettre savoureuse de Sonia Delaunay à Guillaume Apollinaire en juillet 1911 : « Cher Monsieur, je viens de passer une nuit atroce et, le présent est trop peu solide pour vous laisser venir déjeuner avec moi- ce serait trop ennuyeux pour vous. Remettons à ces jours-ci cette partie de bouches. La semaine prochaine je serai mieux ou morte. Mille bons souvenirs ». (Guillaume Apollinaire, « Correspondance avec les artistes », par Laurence Campa et Peter Read, Gallimard).

Expo Sonia Delaunay, détail de l'affiche. Photo: LSDP

Expo Sonia Delaunay, détail de l’affiche. Photo: LSDP

« Les Couleurs de l’abstraction ». Jusqu’au 22 février 2015.

La robe-poème par Sonia Delaunay. Photo: Les Soirées de Paris

La robe-poème de Sonia Delaunay. Photo: LSDP

 

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2 réponses à Sonia Delaunay multicolore

  1. de FOS dit :

    Ah, se draper dans cette robe poème jamais démodée…

  2. Ping : L’agenda choisi des vacances | Les Soirées de Paris

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