Manger pour émettre au musée Dapper

Aspect de l'exposition. Musée Dapper. Photo: Les Soirées de ParisC’est peut-être une chose dont il faudrait prendre l’habitude avant de se mettre à table, celle qui consisterait à prévoir une part pour les ancêtres et plus largement à l’adresse de ceux qui sont partis dans l’autre monde. Cette pratique n’appartient nullement à l’histoire puisqu’elle fait partie du quotidien de certaines populations notamment en Afrique. L’un des temples des sculptures, masques et objets rituels, le musée Dapper, vient d’inaugurer sa nouvelle saison autour de « l’art de manger », en Afrique, Insulinde (Malaisie) et Océanie.

Le Dapper a cette bonne habitude de nous emmener franchement ailleurs et cette nouvelle exposition n’y déroge pas. L’art de manger est aussi une façon de communiquer avec les morts dont on soigne la présence invisible, mais un simple couvercle sculpté sur une marmite peut être également pour un mari le moyen de faire savoir à ses commensaux que son couple connaît quelques tourments.

Toutes ces sculptures qui ceinturent le visiteur de leurs visages étranges sont donc autant de médiums pourvoyeurs de messages dont nos ronds de serviette ne sont pas porteurs. Ce peut être un moyen de se concilier une divinité, un ancêtre ou d’initier un adolescent.

Cuiller de Côte d’Ivoire. Archives Musée Dapper. Photo : Hugues Dubois

Cuillère. Côte d’Ivoire. Musée Dapper. Photo : Hugues Dubois

L’exposition s’intéresse aussi à la nourriture en elle-même, viande sacrée comme le porc ou encore le riz qui dispose par exemple aux Philippines de sa divinité protectrice. En Côte d’Ivoire et au Libéria, chez les Dan, le riz est lancé à la volée, au moyen d’une cuillère magnifiée par une sculpture anthropomorphe.

Il faut compter aussi avec les nourritures stimulantes comme le kola, le bétel où différents types d’alcool dont le vin de palme, à propos duquel il nous est expliqué qu’il se prélève et se fermente le jour même impliquant une consommation immédiate.

Une étape du parcours est consacrée à l’anthropophagie, pas aussi courante que dans le potage où barbotent nos fantasmes d’occidentaux. Manger est un acte social, communicatif, mais ingérer de la chair humaine ne correspond pas forcément à de la barbarie. Dans certaines cultures océaniennes, ce serait davantage un acte de portée supérieure destiné à incorporer la force vitale d’un ancêtre ou d’un ennemi.

Le musée Dapper avait déjà expliqué pareil phénomène à propos des sièges (1). S’asseoir sur celui d’un chef permettrait par infusion de bénéficier ou d’accaparer l’énergie de l’occupant attitré. Dans nos sociétés modernes, l’expérience est plus facile à tenter que celle qui consisterait à bouffer tout simplement son patron.

Jusqu’au 12 juillet 2015.

(1) Un siège pour notre âme

PS: On se souvient de cet étudiant japonais Issei Sagawa, qui, en 1981 à Paris, avait dévoré une hollandaise après avoir eu des relations sexuelles avec son cadavre. Considéré irresponsable, il est libre depuis 1986.

Aspect de l'exposition "l'art de manger" au musée Dapper. Photo: Les Soirées de Paris

Aspect de l’exposition « l’art de manger » au musée Dapper. Photo: Les Soirées de Paris

 

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2 réponses à Manger pour émettre au musée Dapper

  1. Jackie Lipson dit :

    Ce musée est déjà un très bel endroit. Cet expo êst une bonne occasion d’y retourner. Merci.

  2. Bruno Sillard dit :

    J’avoue, je découvre et cela donne envie d’y aller!

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