Le cheval de Jeanne d’Arc

Statuette de Jeanne d'Arc. Photo: LSDPAprès avoir vendu une fermette, non loin de Saumur, je pris rendez-vous avec un brocanteur pour qu’il me fasse un prix de gros pour l’enlèvement de l’ensemble des objets et des meubles, il devait y avoir trois ou quatre armoires normandes. L’une était une tellement haute qu’elle avait dû être montée debout.
Quand je suis revenu, le jour de l’enlèvement, le videur de grenier ne me laissa même pas le temps d’arriver : «  Où est passé la Jeanne d’Arc ? » me demanda-t-il.

La Jeanne d’Arc en question est une petite statuette en bronze d’un ravissant style pompier, la représentant en armure et à cheval. La patte avant gauche de l’animal était en l’air, montrant que sa cavalière avait été blessée au combat. La statuette avait été offerte à ma tante qui a vécu dans cette maison à l’occasion de son départ en retraite, elle avait été directrice d’une école privée à Argenton Château. Je répondis au brocanteur que jamais je ne lui avais dit que je songeais à lui céder cet objet auquel je tenais affectivement. Bref il me fallut remettre dans la balance armoires, tables, lits ou fauteuils, de même aussi un bateau de type zodiac crevé et de la vaisselle nombreuse et dépareillée. Généreux, je lui laissais également deux chenets à tête de femmes, des têtes de lorraines, fantômes du souvenir de belles flambées. Manifestement cela le calma surtout que je lui avais donné en même temps mon accord pour un nouveau prix. Je me demandai si j’avais eu raison de lui céder les chenets.

La Jeanne d’Arc est sur mon bureau au milieu d’autres rêves ou de souvenirs. Pour des raisons inconnues, la personne qui vient faire le ménage chez moi a caché les fusils avec lesquels tout môme j’allais chasser le tigre, mais il  me reste mon Kodak à soufflet, ma plaque d’immatriculation quand j’étais soldat en Indochine, d’ailleurs je devrais y être mort si je crois le fait que la plaque a été cassée. Tiens il y a aussi un magnifique faisan art déco, un jour je vous raconterai.

Jeanne d'Arc. Collection Bruno Sillard. Photo: LSDP

Jeanne d’Arc. Collection Bruno Sillard. Photo: LSDP

Le cheval de la pucelle a toujours sa patte gauche levé, il est nécessaire qu’il en soit ainsi. Vous imaginez, un matin, que je découvre le cheval, la patte gauche posée et la patte droite levée. Cela voudrait dire que Jeanne serait morte, suite à une blessure au combat. Deux pattes, et voilà notre lorraine tuée au combat, vous imaginez la tête du Cauchon, s’il n’a rien à mettre sur le bûcher. Qui sait, peut-être je retrouverais mon cheval les quatre pattes bien plantées sur le sol, et la pucelle, plus tellement pucelle d’ailleurs, vivant sagement au milieu de sa famille. Et alors ?
Bon, vous ne comprenez-rien à ce que je vous raconte ? Et pourtant, si on découvre enfin la véritable histoire de Jeanne d’Arc, que se passerait-il ? L’histoire officielle, on la connaît. La môme garde tranquille ses moutons, et voilà que des voix vont lui enjoindre de mettre le roi Charles VII sur le trône et pendant qu’elle y est de bouter les Anglais hors de France. Et voilà la Jeannette sur les routes direction Chinon. Elle reconnait le dauphin qui se cachait dans la foule de ses courtisans, ils font la causette pendant deux heures et hop not’ bergère se trouve affublée d’une armure, pile à sa taille,  et hop elle va délivrer Orléans.  Il y a quand même un problème dans cette histoire. La drôlesse illettrée ne parle que sa langue, un patois lorrain et on nous dit qu’elle va causer avec un roi qui ne comprend sûrement pas son dialecte.

Je me suis pris au jeu de voir si sur la toile, d’autres internautes se sont posé les mêmes questions.  Eh bien oui ! On s’en doute la question devient complexe. Marcel Gay et Roger Senzig dans un livre « L’Affaire Jeanne d’Arc » (Livre de poche) indiquent qu’une analyse linguistique effectuée à partir des lettres de La Pucelle et des réponses qu’elle fit au procès de Rouen permet de constater que Jeanne possède un vocabulaire très étendu puisé dans les champs sémantiques religieux, militaire, diplomatique et politique de son temps. A l’évidence, Jeanne a dû recevoir une solide éducation intellectuelle et parle parfaitement le français de France. Les auteurs creusent la piste d’une parente du futur roi et d’une manipulation pour faire couronner un Charles VII fort peu charismatique. Au procès de Rouen, les auteurs remarquent que jamais Jeanne ne fut torturée, traitement dont ne bénéficiaient que les princes de sang.

Et je vous le donne en mille, la Jeanne elle n’aurait pas brûlé, d’abord il y avait une force de 800 soldats entre le public et le bûcher, pas terrible pour le spectacle. Ensuite, les suppliciés était enfouis dans un tas de paille, excusez du détail, pour mieux brûler. En clair si Jeanne d’Arc avait été extraite du bûcher, via le tunnel de paille. L’assistance n’y aurait vu que du feu, et peut-être qu’on y a vu que du feu.  Et tout ça pourquoi ? Elle était la demi-sœur de Charles VII et de ses frères et sœurs, en particulier de Catherine, épouse du roi d’Angleterre. N’oublions pas que la guerre de cent ans arrive à sa fin. Bref tata Jeannette aurait tenté de remettre de l’ordre dans sa famille puis s’en serait retourné se marier en Lorraine, mais n’aurait pas eu d’enfant. Même que sur internet on peut lire qu’elle n’a jamais eu de règles menstruelles, plutôt une bonne chose quand on porte l’armure. C’est bien la preuve qu’il y a un Dieu dans tout ça. Et donc il y a aussi des voix, incontrôlables comme souvent.
Je vous laisse, ma statuette m’inquiète depuis qu’elle a été séparée des chenets à tête de lorraine, on dirait quelque chose de curieux.

Une émission de France Inter , 2000 ans d’histoire, 28 août 2012

Jeanne d'Arc. Collection Bruno Sillard. Photo: LSDP

Jeanne d’Arc. Collection Bruno Sillard. Photo: LSDP

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4 réponses à Le cheval de Jeanne d’Arc

  1. jmc dit :

    Elle a de quoi plaire, cette petite Jehanne de France revisitée …

  2. Pierre DERENNE dit :

    Bon rassurez-moi, les Anglais sont bien partis non ?

  3. Esther dit :

    C’est bien la première fois que la Jeanne me fait rire !
    Du Bruno Sillard hilarant , je meurs d’envie de voir ce bronze en vrai et pas brûlé.

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