Raymond Depardon colore Marseille

Pour ceux d’entre nous qui l’auraient manquée au début de l’année à Paris, l’exposition « Raymond Depardon, un moment si doux » a pris ses quartiers d’hiver au musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée de Marseille (Mucem). Quelle bonne idée. Voici donc une deuxième occasion d’aller voir ce photographe, journaliste, réalisateur et scénariste chouchou des Français.

Mais voilà : parce qu’il ne suffit pas d’aimer Depardon pour apprécier l’exposition, on reste un peu sur sa faim. « Le livre (1) est mieux que l’expo » commentait, déçue, une visiteuse qui s’était arrêtée un court instant pour profiter du généreux soleil de novembre filtrant à travers la résille de béton du Mucem. Il ressort en effet de cette visite une vague impression d’ennui. Est-ce le fait de la thématique un peu large (la couleur dans l’œuvre de Depardon) ? De certains clichés (trop clichés) retenus ? De la scénographie ? Sans doute tout cela à la fois.

Si Depardon plaît à un large public c’est qu’il a l’art d’immortaliser des lieux sans événements, des apparitions, des scènes de vie qui parlent à tous. Et d’aucuns de se souvenir de Depardon sillonnant l’Hexagone dans son camping-car, enregistrant des images désuètes et banales sauf vues par son regard (2). « Je fais des photos que tout le monde pourrait faire et que personne ne fait », pense-t-il. Voire. La photo réussie requiert l’œil de l’artiste pour saisir ce que personne n’aura vu à part lui.

Au Mucem, on peut s’arrêter à loisir, et malgré le monde qui se presse autour, devant les vues de la ferme familiale de Villefranche-sur-Saône, où vécut Raymond Depardon qui « monta » à Paris à seize ans pour devenir apprenti photographe. En 1959 il a le privilège de photographier Edith Piaf (en couleur), l’un des clichés les plus plaisants de cette exposition en forme de rétrospective. En 1960, Depardon est pigiste pour l’agence photographique Dalmas et part en Afrique plusieurs fois pour des reportages. C’est à Beyrouth en 1978, alors que démarre la guerre civile, qu’il va prendre ses distances avec le photojournalisme. Il vient tout juste d’intégrer l’agence Magnum et doit réaliser un reportage pour le magazine allemand « Stern ». « Je choisis alors de photographier non pas la guerre, mais ses conséquences et tout ce qui se passe en marge des conflits », commente Depardon, qui préfère faire la photographie d’une voiture criblée de balles plutôt que celle d’un soldat courant dans la rue sous les tirs.

Glascow 1980. aspect de l'exposition Raymond Depardon à Marseille. Photo: VM

Glascow 1980. aspect de l’exposition Depardon à Marseille. Photo: VM

Il immortalise aussi un mariage catholique à Notre-dame-du-Liban ou l’échoppe d’un barbier. En 1971, un an après l’élection de Salvador Allende, il rejoint les paysans Mapuches, ces aborigènes du centre du Chili en lutte pour conserver leurs terres et leurs traditions. Et y réalise de somptueux portraits (par ailleurs assez rares dans cette exposition) : « Je restais dans un lieu qui était lui-même un événement offrant la matière d’un reportage complet à l’américaine, tel que ceux que “Life” publiait. »

Après 1984, Raymond Depardon abandonne provisoirement la couleur au motif que : « la couleur était dans [ses] films ». Pour mieux y revenir à l’occasion de prises de vue plus libres, réalisées lors de voyages ou de repérages qu’il fait pour lui-même. Une salle est réservée aux très grands formats qui éclaboussent de couleurs, justement. Trop si l’on préfère le Depardon qui savait éviter les sentiers battus alors qu’il était photoreporter.  Nous voilà avec des passants dans les rues d’Harar en Ethiopie, avec des enfants dans le désert du Tibesti au Tchad, ou à Los Angeles derrière les vitres d’un café. Et, d’un coup d’un seul, de retour à Marseille sur la Canebière. Voyage terminé.

Raymond Depardon, un moment si doux. Au musée des civilisations d’Europe et de la Méditerranée), 7 Promenade Robert Laffont, 13002 Marseille. Jusqu’au 2 mars 2015.
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(1) « Méditerranée » de Raymond Depardon et Claudine Nougaret, aux éditions Xavier Barral (en coédition avec le Mucem), 112 pages et 82 photographies, 25 euros.
(2) « Journal de France » (2012), film documentaire de Raymond Depardon et Claudine Nougaret.

Mariage à Beyrouth 1978. Aspect de l'exposition Depardon à Marseille. Photo: VM

Mariage à Beyrouth 1978. Aspect de l’exposition Depardon à Marseille. Photo: VM

 

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