Camille Claudel au-delà de la légende

La Petite Châtelaine, marbre (1896) Roubaix, Musée La Piscine. Ph. A. LoubryCe n’est pas seulement parce qu’il s’agit d’une œuvre délicate, vibrante, rayonnante, que le buste de  « La Petite Châtelaine » a été retenu pour l’affiche de l’exposition « Camille Claudel au miroir d’un art nouveau » au musée de La Piscine à Roubaix (Nord). C’est aussi parce que c’est grâce à une souscription publique lancée dans l’ancienne capitale du textile en 1995 que l’œuvre a pu rentrer dans les collections du musée. Une Première en France.  Le marbre de la Petite Châtelaine (dite aussi Jeanne Enfant ou La Petite de l’lslette), outre qu’il restait ainsi en France, rejoignit les cinq autres pièces de Camille Claudel que la ville possédait déjà.

A l’époque, l’idée d’une grande rétrospective consacrée à la célèbre sculptrice avait déjà été envisagée. Le 150e anniversaire de la naissance de l’artiste (à La Fère en Tardenois, dans l’Aisne, le 8 décembre 1864), allait fournir l’occasion idéale, d’autant que d’autres grandes institutions avaient la possibilité de prêter leurs œuvres,  en particulier le musée Rodin,  le musée Sainte-Croix à Poitiers, le futur musée Camille Claudel de Nogent-sur-Seine, et le musée d’Orsay.

L’exceptionnel ensemble ainsi réuni  – quelque 150 pièces – permet d’établir le panorama d’une œuvre dense et diverse. Le parcours proposé est à la fois thématique et historique, tant il est vrai que la vie personnelle de l’artiste est constamment présente, comme dupliquée, dans bon nombre de ses œuvres (la vie de Camille Claudel, ses origines familiales, sa relation passionnée et tumultueuse avec Rodin et ses dernières années tragiques ne sont pas pour rien dans son aura : deux films au moins témoignent du côté légendaire de cette destinée). Mais il serait réducteur et injuste d’apprécier le génie de l’artiste à l’aune de cette aventure humaine. L’exposition échappe à cet écueil.

La Valse ou Les Valseurs, bronze (1899-1905) coll. part. Courtesy: Sotheby’s

La Valse ou Les Valseurs, bronze (1899-1905) coll. part. Courtesy: Sotheby’s

Le parcours voulu par les commissaires Anne Rivière et Bruno Gaudichon s’articule autour de diverses étapes dont certaines sont essentielles pour tenter de comprendre les secrets de l’œuvre dans son ensemble. Il est par exemple passionnant de découvrir l’exceptionnel bronze de draperie volante de La Valse, mis en perspective avec six autres versions réalisées sur le même thème.

Pour la petite histoire, Camille Claudel avait, dans son projet initial, sollicité une commande officielle au Ministère. La demande fut refusée au motif que «le rapprochement des sexes est rendu avec une  surprenante sensualité d’expression». Il est vrai que nous sommes en 1892. Si l’artiste consentit à rajouter des draperies au couple de danseurs, l’œuvre ne fut cependant jamais réalisée en marbre. Les différents versions  (une douzaine au total ) peuvent être interprétées comme des témoignages indirects de la fusion qui unissait alors Camille Claudel à Auguste Rodin ;  cette pièce d’une rare virtuosité reste en tout cas l’une des références de la  statuaire jusqu’alors rarement représentée par des artistes féminins.

Le parcours met encore l’accent sur la place de l’artiste dans son époque, ses diverses influences, l’importance de ses rencontres et de son entourage (en particulier la présence de son jeune frère Paul, de quatre ans son cadet).  Cette exposition d’un haut niveau permet ainsi d’entrevoir quelques-uns des secrets d’une personnalité riche et complexe, qui dut attendre plusieurs décennies avant de voir reconnaître son génie et qui suscite aujourd’hui l’intérêt d’un public chaque jour plus nombreux.

Musée de La Piscine, 59100 Roubaix, jusqu’au 8 février 2015. Du Mardi au dimanche de 11h à 18h. Entrée :  10 / 7 €. On lira avec profit l’excellent livret remis gracieusement aux visiteurs à l’entrée. http://www.roubaix-lapiscine.com Tél. 03 20 69 23 60

L’implorante, bronze (1896) coll. part. Ph. Ossian Claudel.

L’implorante, bronze (1896) coll. part. Ph. Ossian Claudel.

 

 

 

 

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2 réponses à Camille Claudel au-delà de la légende

  1. Guillaume dit :

    Incroyable Petite Châtelaine, comme douée de vie. Souvent dit et redit à propos du travail de Rodin ou Claudel, mais là… là ! Il en existe plusieurs versions, la coiffure peut changer. Je l’ai vue la première fois au Donjon de Vez, dans l’Aisne, en 1993, et impossible d’oublier sa petite tête levée vers le monde qui l’entoure…

  2. de FOS dit :

    Belle (mini) sélection d’oeuvres représentatives de sa fragile et forte personnalité.

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