Infiltration sous contrôle scopique

Radiographie de l'épaule. Photo: LSDPSur le coup il pensa à Richard Cœur de Lion mortellement touché en 1199 par un carreau d’arbalète lors du siège du château de Châlus, dans la région de Limoges. L’aiguille venait de pulser deux fois dans son épaule, d’abord un anesthésique puis de la cortisone. Son amie docteur radiologue lui conseilla après coup de s’acheter un sachet de petits pois surgelés pour soulager la douleur dans les heures à venir, celle liée à un début d’omarthrose et celle du shoot proprement dit. Mais l’affaire était déjà derrière lui.

Le matin il s’était défendu d’y songer. Cependant il y avait pensé toutes les dix minutes et parfois dans un laps de temps moindre. Tout ça étant dû à ces seringues en verre et odeurs d’éther qui accompagnaient le calvaire de ses vaccinations durant sa petite enfance à la toute fin de la quatrième république. Il lui en était resté une verte trouille que les années n’avaient pas dissoute.

Le vent soufflait en sens contraire de la marche de son scooter. Il n’avait pas envie d’y aller mais cela faisait trois mois qu’il ne dormait plus et que l’ankylose de son épaule lui pesait. C’était un homme libre qui savait bien qu’à tout moment il était possible de renoncer, mais il alla s’annoncer à l’accueil de la clinique en laissant croire, première manifestation de son infantilisme pavlovien que c’était une « pure visite de courtoisie ».

Mais le destin devait l’attraper contre son gré. Quand ce fut son tour, une manipulatrice le jaugea en une seconde comme un fantaisiste de haute volée. Et, probablement habituée aux lâches, elle le conduisit vers la salle de radiologie afin de clicher son épaule deux fois, en rotation externe et en rotation interne.

Epaule en rotation externe. Photo: LSDP.

Epaule en rotation externe. Photo: LSDP.

Puis le médecin vint. C’était une femme à la beauté inouïe comme son nom le suggérait incidemment. L’épouse de l’un de ses meilleurs amis avait un style de princesse éternelle que sa blouse blanche et son masque vert n’affectaient pas. Dans un ultime accès de faiblesse, il mit sa tête sur son épaule en lui demandant si cette piqûre était bien utile ce qui déclencha chez elle son habituel rire cristallin. Il se remémora ce qu’il avait lu sur Internet : « pas plus douloureux qu’une prise de sang ».

Elle appliqua d’abord une compresse désinfectante, on connaît de plus doux préliminaires dans la vie, et ensuite injection « sous contrôle scopique » d’une potion thérapeutique allongée de Xylocaïne à 2%, panaché très classique qui est à la radiologie ce que le picon bière est aux bistrotiers vétérans et à leurs clients.

L’injection effectuée il se promit de rappeler son point de vue à l’auteur certifiant que cela ne faisait pas plus mal qu’une prise de sang et se jura, s’il devait revenir, de se servir juste avant, dans un grand style Dean Martin,  un plein ballon de bourbon à titre d’auto-prémédication.

Mais l’irrésistible gentillesse de la princesse persane atténua chez lui toute rancune mal placée, circonscrite bien plus vite en tout cas, que l’omarthrose débutante qu’elle avait détectée dans son articulation: « sans calcification tendineuse visible » et sur fond de couardise fibreuse.

Dans la rue, son scooter, qui était comme Jolly Jumper dans Lucky Luke et donc doué de parole, lui fit juste remarquer qu’il ne faisait pas tant d’histoires quand il fallait lui changer la courroie. Yep.

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2 réponses à Infiltration sous contrôle scopique

  1. Ambroise dit :

    En fait pas de signes d’arthrose sur la radio …… ne serait-ce pas plutôt une capsulite rétractile ?
    Mais, en grand artiste, Philippe prend quelques libertés avec la réalité.

  2. Steven dit :

    Anatomique. S.

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