Toujours tu chériras les estuaires

Estuaire de la Tamise. Isle of Grain. Photo: Elisabeth BlanchetC’est dans les estuaires que les âmes en errance et en déshérence viennent s’abreuver aux nouvelles des vivants. De là leur viennent ces lumières si particulières qu’en l’occurrence la photographe et journaliste Elisabeth Blanchet est allée capter à la toute fin de la Tamise en septembre.

L’idée était autre mais elle a sans le savoir, ramené dans les filets de son objectif, les signes optiques de ces vieux londoniens qui de l’apesanteur des estuaires ont fait un lieu de séjour céleste.

Un ancien fort abandonné sur la Tamise, à proximité de « Isle of Grain », est au centre de deux reportages publiés par elle en français et anglais. Cette structure insolite, solitaire au milieu des sables et des eaux saumâtres, est à vendre. La structure fantôme, un peu ironiquement située comme une adresse postale au « n° 1 The Thames » constituait d’évidence, le beau sujet à couvrir. Elisabeth Blanchet explique dans ses reportages les projets architecturaux plus ou moins fous à l’égard de cette bâtisse abandonnée.

Londres, comme d’autres métropoles côtières, a cet avantage sur Paris d’avoir la mer à proximité. Les mouettes peuvent survoler la ville et s’y poser sans pour autant y jouer les sédentaires amnésiques de leurs origines comme dans la capitale française. En Gaule, il faut aller jusqu’à Rouen pour retrouver une influence maritime matérialisée par les courants venus de la Manche. La mer nous manquera toujours, à nous, parisiens.

En faisant sa mise au point sur ce fortin déserté, Elisabeth Blanchet a donc par effet collatéral, fixé ces alentours propres aux estuaires, ces paysages faits de de cieux, de sables et d’eaux. Cet ensemble est répétons-le, le biotope idéal des esprits en suspension, en patrouille, en promenade, en mission de surface et que l’on peut deviner si l’on prend bien soin de s’en laisser irriguer.

Dans un fameux poème érotique et même un peu grossier, Guillaume Apollinaire assimilait davantage les estuaires à la géographie de ses conquêtes féminines.

Là où le cours de la Tamise s’élargit radicalement, il n’est pas interdit de penser à ce que l’on veut, c’est là toute la grande richesse de ce genre d’endroit et singulièrement de ce vieux bastion militaire, au croisement des flux marins saturés de messages immatériels.

PHB

 A propos d’Elisabeth Blanchet sur Les Soirées de Paris

Son estuaire

Le poème d’Apollinaire

Estuaire de la Tamise. Un paysage industriel sur Isle of Grain.  Par Elisabeth Blanchet

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4 réponses à Toujours tu chériras les estuaires

  1. Ping : From the Seine to the River Thames… | The Accidental Photographer

  2. Bruno Sillard dit :

    En farfouillant sur le site d’Eliabeth je viens de découvrir un petit trésor, la communauté des préfab, britannique. Construit juste après guerre pour reloger les anciens combattants, ces constructions qui devaient être temporaires se sont installée dans la durée. C’est l’âme de ces quartiers qu’Elisabeth saisie du bout de son appareil photo.

    Sur son site
    https://www.youtube.com/watch?v=MWdLn42MPvI&feature=youtu.be
    pour comprendre
    http://www.photographie.com/news/elisabeth-blanchet-des-chateaux-pour-le-peuple
    Les soirées de Paris s’étaient penchées dessus, à revoir aussi:
    http://www.lessoireesdeparis.com/2013/09/20/le-bonheur-est-aux-abris/

  3. Steven dit :

    Un peu d’air frais. S.

  4. Si la mer manque aux Parisiens, ils peuvent quand même voir assez souvent des mouettes au bord de la Seine…
    Et pas plus tard que mardi dernier, j’ai vu un cormoran le long de la voie Georges Pompidou, juste avant le viaduc de Bir-Hakeim.
    Lise Bloch-Morhange

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