Des dessins de Van Gogh exposés à la fondation d’Arles

Zouave assis. Van Gogh. Photo: Valérie Maillard« En dépit de tout je me relèverai : je reprendrai mes crayons que j’aurais pu abandonner dans un grand découragement et je dessinerai encore et toujours. » Cette confidence, que Vincent fit à son frère Theo dans une lettre datée de 1880, compte parmi la somme que Van Gogh produisit à propos de son travail.

Elle explique la frénésie absolue avec laquelle il s’attacha à produire, dans sa courte vie d’artiste, plus de mille dessins. Nous ne parlerons pas ici du nombre de ses peintures, à peine inférieur. Car ce sont bien les dessins de l’artiste que la Fondation Van Gogh d’Arles invite à contempler dans sa dernière exposition thématique, en proposant au public une cinquantaine d’entre eux. Cinquante dessins c’est fort peu penserez-vous, et c’est juste au regard du plaisir que l’on ressent à les contempler. On en voudrait davantage, c’est sûr. D’autant que certains ne sont pas connus ou si peu, une raison supplémentaire de goûter l’instant.

Van Gogh estimait qu’une bonne maîtrise du dessin était le point de départ essentiel d’une carrière de peintre. C’est de cette manière qu’il choisit de débuter, en dessinant beaucoup. Il ne s’écartera que très peu de cette activité durant les trois premières années de sa carrière (de 1880 à 1883), devenant un dessinateur talentueux bien avant d’être le grand peintre que l’on sait. Il n’abandonnera pas le dessin plus tard, même lorsque son activité de peintre prendra le relai.

Femme pleurant assise sur un panier. Van Gogh. (1883). Photo: Valérie Maillard

Femme pleurant assise sur un panier. Van Gogh. (1883). Photo: Valérie Maillard

A ses débuts, l’artiste en devenir fait feu de tout bois, copiant et recopiant d’autres artistes confirmés : Jean-François Millet qu’il affectionne, par exemple. Mais aussi, copiant ou s’inspirant d’estampes japonaises de qualité, celles d’Hiroshige, qu’il découpe dans les revues illustrées de son époque et collectionne dans de grands albums. Il travaille aussi à partir d’héliogravures de Rembrandt ou de Dürer ; autant copier les meilleurs. Si le cursus académique des écoles des beaux-arts encourage à s’initier au dessin en copiant des œuvres, puis en s’essayant à la reproduction d’objets en trois dimensions, comme des plâtres, Van Gogh, qui suivait le premier précepte, va sauter la phase plâtres pour dessiner directement d’après modèle. Il puisera son inspiration dans les scènes de vie à la campagne. L’exposition illustre cette période par une riche série de ces « scènes de genre ».

Les dessins initiaux de Van Gogh sont monochromes. Il utilise la mine de plomb, un matériau qu’il manie avec une grande habileté, créant des finesses là où l’outil offre plutôt force et épaisseur de trait. Laquelle force est présente alternativement dans ses dessins, donnant à ses personnages cette « lourdeur » un peu rigide et cette nervosité toutes « vangoghiennes » que l’on retrouvera plus tard dans ses toiles peintes.

Après trois années de dessin, Van Gogh veut apprendre la lithographie afin de produire des planches qui seraient vendues à un prix abordable à des ouvriers et des paysans. Il ne réalisera pas tout à fait son idée initiale, mais découvre d’autres matériaux comme la craie lithographique et l’encre d’imprimerie, noires toutes les deux. Car selon lui, son travail ne devait consister alors qu’à « peindre en noir ». Puis, il passe à la pierre noire, bien sûr, matériau qu’il évoque avec poésie dans ses écrits : « Il y a dans la pierre noire une riche sonorité ou tonalité. La pierre noire, oserai-je dire, comprend ce que l’on veut, elle écoute avec intelligence et obéit (…) »

La Fondation a réuni des œuvres témoignant de toutes les techniques utilisées par l’artiste (œuvres prêtées notamment par le musée Van Gogh d’Amsterdam), en distinguant deux groupes de production graphiques : d’une part, les dessins exécutés pendant la période néerlandaise de Van Gogh représentant surtout des figures humaines et les lithographies de la même période et, d’autre part, les dessins à la plume qu’il réalisa tout au long de sa carrière dans les différents lieux où il séjourna, dont ceux réalisés en Provence à la plume de roseau.

Les mangeurs de pommes de terre. Van Gogh. (1884) Photo: Valérie Maillard

Les mangeurs de pommes de terre. Van Gogh. (1885) Photo: Valérie Maillard

A la fin de l’année 1884, alors que Van Gogh réside encore dans sa province natale, il entame un tableau à plusieurs figures qui sera son premier chef d’œuvre : « Les Mangeurs de pommes de terre ». Il y consacre plusieurs mois de préparation, exécute de nombreux dessins et quelques peintures de têtes et d’éléments de composition. Van Gogh dira de son œuvre en gestation  : « Je sens tellement bien ce tableau, que je peux littéralement le voir en rêve. » Il le peint finalement en 1885. Cette huile sur toile est détenue aujourd’hui par le musée Van Gogh d’Amsterdam et n’est pas visible dans l’exposition mais une lithographie du même sujet, réalisée elle aussi en 1885, est présente.

En 1887, dans l’une de ses habituelles lettres (à sa sœur Wil cette fois), Vincent écrira « Parmi mes travaux, je considère le tableau des paysans mangeurs de pommes de terre, que j’ai peint à Nuenen, comme étant en fin de compte ce que j’ai fait de mieux. » Vincent Van Gogh est mort trois ans plus tard, en 1890, à l’âge de 37 ans. Pendant ces trois années, il eut encore le temps de peindre de nombreux tableaux – et d’en préférer un autre peut-être – quand on sait qu’en seulement quinze mois à Arles (du 20 février 1888 au 8 mai 1889), il a réalisé près de 200 tableaux, exécuté une centaine de dessins et écrit pas moins de 200 lettres !

Valérie Maillard

« Les dessins de Van Gogh : influences et innovations », fondation Van Gogh, 35 ter, rue du docteur Fanton, 13200 Arles. Jusqu’au 20 septembre.

 

 

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Une réponse à Des dessins de Van Gogh exposés à la fondation d’Arles

  1. de FOS dit :

    Un bel hommage au dessin, premières gammes du peintre.

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