Shakespeare, c’est l’histoire d’un MOOC…

William Shakespeare sur la page Wiki. Photo: PHB/LSDPSavez-vous ce qu’est un MOOC ? Ce sigle à la consonance anglo-saxonne – attention, prononcez “mouc” et non “moc” – vous dit-il quelque chose ? Vous en avez très certainement déjà entendu parler, de façon plus ou moins vague, mais avez-vous tenté l’expérience ? Un MOOC – ou plus précisément “Massive Open Online Course” – est une session de formation en ligne ouverte à tous, avec une durée et une temporalité limitées, et le plus souvent gratuite. Le quatre-centième anniversaire de la mort de Shakespeare fut l’occasion rêvée pour l’auteur de ces lignes de découvrir le fonctionnement de ce nouveau mode d’apprentissage, histoire de se mettre un peu à la page.

A l’occasion de cette commémoration donc, le site FutureLearn, en partenariat avec le British Council et le Shakespeare Birthplace Trust, deux institutions que l’on ne présente plus, a mis en ligne un MOOC sur le plus célèbre dramaturge de tous les temps à l’attention des anglophones étrangers afin d’approfondir leurs connaissances sur le grand William et de perfectionner leur anglais : “Exploring English: Shakespeare”.

Ce programme se déroule sur six semaines, du 11 janvier au 15 février 2016, mais peut être pris à tout moment, chacun progressant à son propre rythme. Chaque semaine, un sujet bien spécifique est abordé : la vie et l’œuvre de Shakespeare dans les grandes lignes – dans les très très grandes lignes – pour la première semaine, puis cinq œuvres emblématiques du dramaturge pour les semaines suivantes : “Roméo et Juliette”, “Macbeth”, “Beaucoup de bruit pour rien”, “La Tempête” et “Hamlet”. Trois tragédies et deux comédies. On serait bien évidemment tenté de remettre en cause ce choix en fonction de ses goûts personnels, de ses connaissances ou de ses lacunes à combler, et regretter qu’aucune pièce historique – les pièces de Shakespeare, rappelons-le, étant répertoriées en trois grandes catégories : comédies, pièces historiques et tragédies, les sonnets et poèmes mis à part – ne soit abordée. Oubliés donc les différents Edward, Richard, Henry et John. La liste des pièces étudiées étant loin d’être exhaustive, nous dirons qu’il s’agit plus d’une première approche de Shakespeare pour les non spécialistes.

L’ensemble des cours est conduit par un éducateur du British Council, Anthony Cosgrove, et comprend des interventions d’acteurs et actrices ayant interprété les rôles shakespeariens étudiés.

Chaque séance, composée de quinze à dix-huit points d’apprentissage sous forme de vidéos, textes et quizz, se déroule plus ou moins selon le même schéma : une introduction d’Anthony Cosgrove présentant le programme de la semaine, un récit de la pièce par un comédien, une étude des thèmes abordés dans l’œuvre, un examen approfondi des principaux protagonistes de la pièce et de leurs motivations, la perception de la pièce de nos jours à travers le monde et les adaptations qui ont pu en être faites en Angleterre et ailleurs, au théâtre ou au cinéma, une analyse du langage ( vocabulaire, expressions, versification… ). Ces points sont à chaque fois accompagnés de questions auxquelles les participants sont invités à répondre, des questions de compréhension, mais également des avis personnels et des parallèles avec la culture de leur pays, ces réponses et points de vue sont exposés à la vue de tous les inscrits. Ils ont ainsi la possibilité de réagir aux commentaires des uns et des autres et également de partager cette expérience plus largement sur les réseaux sociaux. Des broadcasts permettent aussi d’échanger avec des spécialistes du dramaturge. La session hebdomadaire se termine le vendredi par un retour sur le travail des participants pendant la semaine effectué à chaque fois par un pédagogue différent.

Le tout est très bien construit, on ne peut plus ludique et participatif. Très attractif, le MOOC en question comptait 42 000 inscrits lors de son ouverture, chiffre qui n’a cessé de croître au cours des semaines suivantes.

Les trois principes de fonctionnement de FutureLearn se retrouvent apparemment dans la majorité des MOOC : tout d’abord, la formation via Internet où que l’on se trouve dans le monde. C’est le principe de l’e-learning, là rien de franchement novateur depuis l’invention d’Internet. Puis, l’apprentissage à son propre rythme : ici une leçon hebdomadaire prend au minimum deux heures et peut être effectuée en une seule fois comme en plusieurs ; en revanche, il est impossible de sauter les étapes, chaque point devant être validé avant de passer au suivant. Et, pour finir, un enseignement transversal où l’on apprend également des autres participants.

Il est possible à tout moment de vérifier ses progrès qui sont annoncés en pourcentage. Une fois les 50% atteints – à mi-parcours donc si l’on n’est pas trop nul –, on peut acheter un “ Statement of Participation” ( un justificatif de participation ) au prix de £34.00, un certificat prouvant que vous avez bien suivi le MOOC “Exploring English: Shakespeare”. Vous pouvez ensuite le mettre en évidence sur votre CV au titre d’une formation professionnelle continue, de là à dire que vous être incollable sur Shakespeare…

Plus sérieusement, cela n’a bien évidemment rien à voir avec une formation diplômante puisque, au bout du compte, on peut obtenir son certificat sans avoir jamais lu ni vu une seule pièce de Shakespeare, mais très certainement terminé sa formation en ayant une très forte envie de s’y mettre. Un éveil à la curiosité qui n’est déjà pas si mal.

pic

Le « MOOC » Picasso tel qu’à l’écran. Photo: PHB/LSDP

De toutes les façons, c’est un bon moyen de découvrir un sujet en s’amusant ou même simplement de tester ses connaissances, voire même d’approfondir encore davantage le sujet en choisissant par la suite un MOOC plus pointu. L’essentiel est donc de bien choisir ses MOOC. Mis en place, à l’origine, par les universités et grandes écoles à l’attention des étudiants, ceux-ci ont tendance désormais à se généraliser. Les salariés en sont de plus en plus friands. Les institutions culturelles se mettent, elles aussi, aux MOOC, et, récemment, la RMN Grand Palais a mis en place un MOOC Picasso à l’occasion de son exposition Picasso.mania qui a fait grand bruit. Alors, à vos MOOC, il n’y a pas d’âge pour apprendre !

Isabelle Fauvel

MOOC “Exploring English: Shakespeare”, prochaine session à partir du 18 avril
Le British Council
Le Shakespeare Birthplace Trust
MOOC Picasso à l’occasion de l’exposition Picasso.mania au Grand Palais
MOOC, 3 minutes pour tout savoir

Print Friendly, PDF & Email
N'hésitez pas à partager
Ce contenu a été publié dans Web. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *