Toujours tu chériras l’Ukraine

Les Zaporogues. Photo: PHB/LSDPIl y avait au 19e siècle un étrange moyen d’en savoir un peu plus sur les Cosaques Zaporogues. Il suffisait, vous allez voir c’est simple, de laisser filer son embarcation sur le Dniepr, le fleuve qui coupe l’Ukraine en deux du nord au sud. Et si d’aventure, l’un des nombreux rapides du cours d’eau qui pouvaient s’appeler au choix « Kodak », « Zvonets » ou encore « Vovnih » vous envoyait par le fond, vous vous retrouviez alors sous un plafond d’eau, accueilli par les Cozaques Zaporogues au sein de leur Sitch (camp).

De nos jours il n’est plus possible de rencontrer ainsi ce monde ancien, car les barrages qui ont été construits sur le Dniepr, ont fait disparaître ces fameux rapides qui nécessitaient des pilotes aguerris.

Si le duo « Cosaques Zaporogues » peut interpeller notre mémoire, c’est que Voltaire en a écrit quelque chose ainsi que Guillaume Apollinaire (1) dans « La chanson du mal aimé ».

En l’occurrence, « Les Zaporogues » font le titre du deuxième ouvrage publié en mars 2016 par les Editions Bleu & Jaune (la couleur du drapeau ukrainien). Il s’agit d’un merveilleux conte écrit par Ivan Netchouï-Levytsky (1838-1918). L’auteur raconte l’histoire d’un jeune homme appelé Karpo, qu’un riche négociant se voit attribuer comme pilote, pour passer outre les dangers des rapides sur le Dniepr. Karpo est d’autant plus motivé qu’il espère que sa dextérité sera récompensée. Car Mouzyca, « l’hotaman des pilotes« , lui a promis de lui donner en cas de réussite ce qu’il a « plus cher« . Justement, le cœur de Karpo ne bat que pour Olessia, la fille de Mouzyca. Cependant, les rapides auront raison de son talent de navigateur et c’est ainsi qu’il basculera, dans le monde sub-fluvial et étrange des Cosaques Zaporogues.

Le livre fait moins de quatre vingts pages, il se lit d’un trait ou plutôt d’un coup de baguette magique, tellement son écriture (traduite par Danielle Berthier) est enchanteresse.

Tatiana Sirotchouk. Photo: PHB/LSDP

Tatiana Sirotchouk. Photo: PHB/LSDP

Il constitue le prolongement d’une aventure éditoriale dans laquelle s’est lancée l’Ukrainienne Tatiana Sirotchouk, par égard pour son pays, embringué dans les nouveaux méandres et rapides de la géopolitique qui courent aux frontières de son pays. Cette docteur en langue et littérature françaises, qualifiée aux fonctions de maître de conférence en études slaves, a notamment découvert la littérature hexagonale quand elle était enfant, avec « Automne », un poème de Guillaume Apollinaire. Plus tard, elle publiera deux articles pour le compte de l’université de Berdiansk, l’un sur « Apollinaire gourmand », l’autre sur « L’image de Paris » dans l’œuvre de l’écrivain.

« Les Cosaques Zaporogues » est la seconde publication des Editions Bleu & Jaune. La première, « Kobzar » soit « barde » en ukrainien, est la réédition partielle d’une longue suite poétique de  Taras Chevtchenko (1814-1861), considéré, outre sa prolifique activité de peintre, comme « le plus grand poète de langue ukrainienne » (2).

L’arrivée prévue pour l’automne d’un Conte sur Maïdan de Khrystyna Lukashchuk, soit une version romancée des événements qui ont récemment secoué l’Ukraine, devrait faire la preuve par trois de l’ancrage d’une nouvelle maison d’édition basée à Paris, alors qu’incidemment Tatiana Sirotchouk vit à Colmar.

PHB

(1) Extrait de la « Chanson du mal aimé »:

« Je suis fidèle comme un dogue
Au maître le lierre au tronc
Et les Cosaques Zaporogues
Ivrognes pieux et larrons
Aux steppes et au décalogue

Portez comme un joug le Croissant
Qu’interrogent les astrologues
Je suis le Sultan tout-puissant
O mes Cosaques Zaporogues
Votre Seigneur éblouissant

Devenez mes sujets fidèles
Leur avait écrit le Sultan
Ils rirent à cette nouvelle
Et répondirent à l’instant
A la lueur d’une chandelle »

(2) Extrait d’un poème de Taras Chevtchenko:

« Sa pensée, elle, vogue sur un nuage au bout du monde.
Elle vogue comme un aigle bleu, elle plane,
Et bat le ciel de ses larges ailes.
Elle se pose sur le soleil pour lui demander
Où il passe ses nuits, où il se lève;
Elle écoute ce que dit la mer,
Elle demande à la montagne noire: « Pourquoi es-tu muette? »
Et elle retourne dans le ciel, car le malheur habite la terre,
Parce que là, sur cette vaste étendue, il n’y a aucun recoin
Pour celui qui sait tout, pour celui qui entend tout:
Ce que dit la mer, où se couche le soleil (…). »

Les deux premiers livres publiés par les Editions Bleu & Jaune. Photo: PHB/LSDP

Les deux premiers livres publiés par les Editions Bleu & Jaune. Photo: PHB/LSDP

 

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3 réponses à Toujours tu chériras l’Ukraine

  1. philippe person dit :

    Taras Chevtchenko qui a un petit square à son nom boulevard St Germain, presque au croisement de la rue des Saints-Pères… Parfait pour réviser quand on est à Sciences-Po rue Saint-Guillaume (Apollinaire ?)… Tout ça me rappelle ma « jeunesse », quand j’écoutais aussi la « Chanson du mal aimé » version oratorio Léo Ferré… J’ai toujours dans la tête le passage des cosaques zaporogues :
    Ta mère fit un pet foireux
    Et tu naquis de sa colique…

  2. Ah quel bonheur de retrouver ces cosaques Zaporogues que je croyais inventés par Apollinaire!

  3. Madeleine Ravary dit :

    Le château de l’étang rouge illustre par des gravure de Survage
    roman autobiographique de la jeunesse de Roch Grey )comtesse Elisabeth La baronne d’Oettingen
    Se déroule en Ukraine
    Le prologue magnifique commence par une évocation de l’Ukraine de sa jeunesse
    Ou « les cosaques de Zaporogue « apparaissent
    La baronne d’Oettingen (écrivain Roch Grey poete leonard Pieux peintre Angiboult )était une amie proche du poete Guillaume Apollinaire depuis 1911 -12 des écrits sont publiés dans la revue d’avant garde 2 eme serie les
    Soirees de Paris (que son frère ou cousin germain. Serge Jastrebzoff en fait Serge Ferat peintre cubiste avait rachète a Billy )
    on voit son pseudonyme Jean Cerusse apparaitre sur la couverture comme directeur artistique 1913 -1914
    Les romans dont le château de l’étang rouge de Roch Grey
    la baronne Hélène d’Oettingen ont été reedites
    Avec avant propos d’Isabel violante
    Edition Conti 2010

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