Le mystère du mouchoir en papier jeté sur le sol enfin levé

Scandales érotiques de l'art. Photo: PHB/LSDPSous un titre un peu trop vendeur, ce livre cache une érudition généreuse et pertinemment distribuée au fil des pages. Historienne de l’art, Claire Maingon s’est attachée à réaliser un très vaste panorama de la représentation érotique depuis l’antiquité jusqu’aux photographies « indécentes » de Larry Clark. Avec le scandale comme fil directeur, elle réussit à établir un rapport des plus passionnants entre des œuvres aussi différentes que la « Vénus » de Lucas Cranach l’Ancien (1472-1553),  « L’Origine du monde » de Gustave Courbet (1819-1877) ou encore la dérangeante « Poupée » de Hans Bellmer (1902-1975).

Pour ce qui concerne les œuvres contemporaines les plus sulfureuses comme celle réalisée à l’aide de tampons hygiéniques de Joana Vasconcelos (1971-) et exposée au château de Versailles ou encore la chose gonflable qui était censée figurer un sapin de Noël place Vendôme mais où beaucoup ont cru voir un « plug anal », Claire Maingon a jugé bon d’appeler Marcel Duchamp à la rescousse, lui qui prononçait comme un principe d’art contemporain  : « C’est le regardeur qui fait l’œuvre ».

Ce fin précepte valait en fait pour plusieurs siècles tant le contemporain est une notion fort relative puisque sans début ni fin. Claire Maingon nous apporte son œil, sa sagacité et même son humour pour nous aider à mieux comprendre ce qui pouvait faire scandale selon les périodes. Et de noter que plus les époques étaient prudes plus la débauche était grande, quelles que fussent les latitudes. Le sujet de l’érotisme que d’aucuns pourraient juger facile ou racoleur, Claire Maingon l’a traité de façon aussi savante que s’il s’était agi de représentation de la Vierge dans l’iconographie orthodoxe.

"Le rêve de la femme du pêcheur". Aperçu du livre

« Le Rêve de la femme du pêcheur ». Aperçu du livre

Son écriture néanmoins abordable nous emmène en touristes d’une œuvre à l’autre et voilà qu’au fil des pages l’instruction nous gagne. Concernant l’estampe incroyablement fantasmée de Katsuskika Hokusai (1760-1849), « Le Rêve de la femme du pêcheur », on apprend selon l’auteur que l’artiste « exprime ici une pensée animiste parfaitement en phase avec la culture ancienne des Japonais ». Que dans le cas d’une scène d’accouplement la femme nue était vue au Japon comme une « complémentarité des contraires, le Ying et le Yang » à l’opposé de la notion du péché imprégnant la culture judéo-chrétienne. Qu’il existait aussi des conventions picturales, par exemple celle du mouchoir en papier par terre qui signifiait la « satisfaction féminine ». Et que malgré tout ces images étaient tout de même prohibées et encore aujourd’hui considérées comme tabou. Les explications livrées ici poussent jusqu’au manga où le sexe à base de tentacules  serait actuellement en vogue sous le nom shokushu. Faut-il y voir encore une résurgence de l’animisme traditionnel ? Claire Maingon ne fait que poser la question.

Praxitèle, Giulio Romano, Titien, Vélasquez, Manet, Gauguin, Egon Shiele, Picasso, Balthus, Lempicka, Anish Kapoor et son célèbre « vagin de la Reine », l’auteur passe en revue près de soixante-dix œuvres d’artistes dont le point commun est d’avoir traité le désir et ses produits dérivés. Pour un résultat nettement probant.

PHB

« Scandales érotiques de l’art ». Beaux Arts Editions. 208 pages. 32 euros

 

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