Arnaud Viviant, du commentaire à l’action politique

Il organise ses meetings dans les bistrots du 18e arrondissement. Les rendez-vous sont annoncés sur sa page Facebook. Depuis qu’il s’est lancé dans la campagne des législatives sans autre étiquette que son slogan « Un regard libre », Arnaud Viviant ne boit plus que de l’eau. S’il perd, il aura la satisfaction d’avoir perdu au moins trois kilos et, quoiqu’il advienne, il en fera un livre. Ce journaliste, critique littéraire et écrivain, a décidé de quitter le commentaire pour un engagement de type démocratique et indépendant.
En cette veille de pont du mercredi 24 mai, la terrasse du « Refuge » rue Lamarck , suffisait amplement. À deux semaines du premier tour, les débuts sont modestes. La phrase qu’il se répète le plus souvent depuis le mois de décembre est: « je ne vais pas y arriver ». Celui qui rejette le métier de politicien comme une plaie de la « cinquième » a dû tout apprendre. Il a trouvé l’imprimeur, payé les affiches qu’il lui faudra coller et les bulletins. Il lui fallait un suppléant et c’est une amie, rédactrice en chef de « Lui, qui l’a trouvé. Ce sera donc le suppléant de « lui ». Il lui fallait un mandataire financier, c’est chose faite. Désormais il n’y a plus qu’à « danser », car dit-il, « c’est en dansant que j’arriverai à être plus léger que les autres » (concurrents). Avoir le sens de la formule a quelque chose de rassurant, une façon de déjouer le sort. Ses mots inflammables sont ses amulettes.

Ses lunettes de rocker sur le nez, cigarettes au bec, il joue le jeu. Ainsi Arnaud Viviant est allé comme les autres dans le quartier La Chapelle, révélé par la presse comme une no go zone pour les femmes. Sur sa page Facebook il a écrit: « Avant que le féminisme ne devienne définitivement l’allié objectif du racisme et du FN, je propose, outre un renforcement de tous les instants de la présence policière et un dispositif orwellien de vidéosurveillance, la distribution de bromure tous les matins aux migrants, quartier La Chapelle, 18e arrondissement ». Ce qui ne lui a pas valu que des bonnes réactions. Mais se défend-il, « je n’ai pas de parti, je n’ai pas d’argent et en plus je n’aurais pas le droit de faire de l’humour »?

L’humour justement. Quand l’actuel premier ministre Edouard Philippe l’a invité au Havre en janvier 2015, c’était pour débattre du thème « humour et politique ». Juste après l’attentat de Charlie Hebdo ce n’était pas évident: « mais on ne s’en est pas trop mal sorti ». Un lien s’est créé au fil des festivals avec Edouard Philippe . Le maire du Havre a continué jusqu’au début de cette année à l’inviter dans sa ville pour son festival littéraire « Le goût des autres ». Rédacteur en chef de « Charles », Arnaud Viviant a proposé au locataire actuel de Matignon de rédiger un portrait dans les pages de son trimestriel. Edouard Philippe a choisi Jean-Luc Mélenchon et s’est acquitté honorablement de sa tâche, du moins selon son commanditaire.

En attendant il lui faut aller au charbon. Le tirage au sort lui a attribué le numéro 20 dans sa « circo » du 18e. Féru de numérologie il ne cache pas son désappointement. Renseignements pris, le numéro 20 c’est « que dalle ». Arnaud Viviant s’est muni de deux préceptes en guise de viatique. Le premier il l’a inscrit dans la profession de foi qu’il a déposée à la préfecture: « montrer l’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre. C’est le seul ». Celui-là est emprunté à Gandhi. L’autre est peut-être tiré d’un poème de Robert Browning publié en 1855 et qui disait « less is more ». Ce qui est une façon de décréter que la faiblesse est une force.

Prof avant d’entrer au journal Libération comme critique rock, chroniqueur à la radio, à la télé et sur la télé, Arnaud Viviant a aussi été l’auteur d’une grosse dizaine de livres. Depuis qu’il est aspirant député, maintenant qu’il a quitté les gradins pour la piste, il note que le regard des autres a changé. C’est lui que l’on observe. Un candidat lui a même tendu une main qu’il a poliment refusée. Car il tient à faire preuve d’une certaine élégance si tant est que ce soit possible jusqu’au bout dans une bataille électorale. Sur sa page Facebook, il se dit heureux d’être en campagne.

En attendant, le magazine Rock&Folk vient de le juger enfin apte à combler la rubrique « Mes disques à moi » dès la prochaine parution. Arnaud Viviant attendait ce moment depuis 20 ans et ça, c’est déjà un (précieux) acquis de campagne.

PHB

À propos d’un livre qu’il avait écrit sur Gainsbourg et chroniqué dans Les Soirées de Paris

Arnaud Viviant à la terrasse du « Refuge », rue Lamarck. Photo: PHB/LSDP

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Une réponse à Arnaud Viviant, du commentaire à l’action politique

  1. isabel dit :

    Merci pour cette page engagée. Je vote dans le XVIIIème, autant le faire pour un homme d’humour et de culture.

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