Saint-Omer loves Shakespeare

« Juliette – (…) Je vais baiser tes lèvres. Peut-être y reste suspendue une goutte, Cordial qui suffirait à me donner la mort. » Roméo et Juliette. Le 25 novembre 2014, l’annonce officielle de la découverte de l’ultime « First Folio » connu dans les fonds patrimoniaux de la bibliothèque du Pays de Saint-Omer, suscite un intérêt dans le monde entier. Il s’agit du 233e exemplaire de la première édition in-folio du théâtre complet de William Shakespeare, imprimée à Londres en 1623 et d’une très grande valeur à la fois intellectuelle et pécuniaire.

Cette découverte fortuite autant qu’exceptionnelle de Rémy Cordonnier -responsable du fonds ancien de la bibliothèque et devenu grâce à sa trouvaille un des Audomarois les plus célèbres de son temps- est l’occasion de rappeler l’importance des échanges culturels de la ville de Saint-Omer avec l’Angleterre voisine, des échanges qui remontent à la fin du Moyen Âge, quand Saint-Omer devient un bastion du catholicisme. En effet depuis Henri VIII les souverains anglais sont à la tête de l’Église protestante anglicane et les catholiques sont privés du droit de pratiquer et d’enseigner leur religion. Pour y remédier, des collèges anglais sont fondés sur le continent. Saint-Omer va accueillir un collège des Jésuites qui formera des générations de jeunes élèves de la haute société britannique et d’autres aussi, originaires des colonies d’Amérique du Nord (on compte parmi eux les membres de la famille Caroll, trois pères fondateurs de États-Unis). 

Le First Folio est sans nul doute issu des collections de l’ancienne bibliothèque du collège qui fait actuellement l’objet d’un travail de recherche visant la reconstitution du fonds. Il n’en faut pas moins aux édiles locaux notamment au maire Francois Decoster pour faire revivre cette partie un peu oubliée de l’histoire locale. Saint-Omer va rejoindre le réseau des « villes Shakespeare » et lance les « Shakespeare Days ». 

« Lady Macbeth somnambule » (détail) de Johann Heinrich Füssli, 1784

C’est dans ce contexte qu’a été inaugurée le 24 mai dernier l’exposition « Shakespeare Romantique » réalisée en collaboration avec le musée national Eugène-Delacroix et classée d’intérêt national.  L’exposition retrace la redécouverte et l’engouement en France et en Europe pour l’auteur anglais à partir du début du 19ème siècle. Les sentiments, la morale, l’univers des tragédies shakespeariennes interpellent les peintres, les graveurs les sculpteurs, les écrivains de l’époque. C’est tout le propos de cette exposition que de recréer la constitution d’un imaginaire collectif issu du théâtre de l’auteur. 

Parmi les nombreuses pièces exceptionnelles rassemblées à cette occasion dans le musée de l’hôtel Sandelin on trouve des œuvres d’Eugène Delacroix(1798-1863), qui est probablement l’artiste le plus lié à Shakespeare: il assiste à de nombreuses représentations de ses pièces en France et en Grand Bretagne, il lit ses textes en anglais « Les Anglais ont ouvert leur théâtre, écrit-il à son ami Soulier le 28 septembre 1827. Ils font des prodiges puisqu’ils peuplent la salle de l’Odéon à en faire trembler tous les pavés du quartier sous les roues des équipages. » Il est fasciné par la figure d’Hamlet à tel point qu’il réalise son premier autoportrait en costume d’Hamlet et « la suite lithographique Hamlet ».

Dans « Roméo et Juliette au tombeau des Capulet » Il illustre la scène III du cinquième acte, le moment où Roméo tient dans ses bras le corps inanimé de Juliette qu’il croit morte, avant qu’il ne se tue de désespoir et que Juliette ne se réveille et se suicide à son tour.

Dans la seconde moitié du siècle, les peintres continuent d’utiliser les personnages shakespeariens comme des icônes modernes et passionnées. Ainsi « Ophélie », personnage secondaire d’Hamlet devient une héroïne incarnant la folie, la beauté et la mort. Autant de sujets présents dans l’exposition avec les peintres Théodore Chasseriau (1819-1856), Gustave Moreau (1826-1898), Johann Heinrich  Füssli (1741-1825) avec son « Lady Mac Beth somnambule » ou encore Gustave Doré (1832-1883).

Marie-Pierre Sensey

 

Shakespeare romantique, Füssli, Delacroix, Chasseriau
du 24 mai au 30 août 2017 Musée de l’Hôtel Sandelin
14 rue Carnot  62500 Saint Omer

« Ophélie » huile sur toile Léopold Burthe peint en 1851. Photo: MPS

Image d’ouverture: Roméo et Juliette au tombeau des Capulet Eugène Delacroix, détail (Photo: MPS)
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