Angela Merkel sur la base de la chimie quantique

Pour conclure la fin de ses études, elle a donné toute sa mesure en titrant son travail: « Influence de la corrélation spatiale sur la vitesse de réaction dans les réactions élémentaires bimoléculaires en milieu dense ». Cela a valu à Angela Merkel qui venait de se marier une mention « très bien ». Et lui a surtout évité -avec un titre pareil ça se comprend- d’attirer la suspicion de la Stasi étant donné qu’elle vivait du mauvais côté de l’Allemagne. La journaliste Marion Van Renterghem s’est intéressée à l’inusable chancelière au point d’en faire un livre et de s’être vue désigner un jour par un hôtelier, du nom composite de « Frau Marion von der Merkel ».

L’un des attraits louables de cet ouvrage compact est de tenter de nous éclairer sur une personnalité rempilant pour la quatrième fois consécutive au poste de chancelière. Marion Van Renterghem n’a pas eu la tâche facile. Angela Merkel fuit la presse. Elle a tout juste réussi à décrocher un entretien de cinq minutes au terme duquel, la « Muttie » (Maman) lui a souhaité bonne chance avec le sourire.

Alors la journaliste l’a pistée sur les lieux de son enfance, elle a raconté comment la famille Kasner a été une des rares à aller d’ouest en est quelques années avant la construction du mur, elle a interrogé des témoins, puisé dans des biographies et également dans les grands entretiens donnés à de rares occasions par Madame Merkel.

A force de tourner autour du sujet la mayonnaise a fini par prendre et « L’ovni politique » se lit sans déplaisir dans la mesure où avec une belle simplicité d’écriture, son auteur nous dévoile quelques pans d’une personnalité extra-discrète, de même qu’il la révèle en creux mais c’est au lecteur que revient cette expérience forcément subjective.

Nous découvrons une jeune fille très douée apte à survivre dans un pays ultra-policé où il est préférable de réfléchir avant de parler. Ce n’est pas un détail et c’est ce qui distinguera d’ailleurs Angela Merkel de nombre de ses homologues: le fait d’avoir grandi dans un pays où le mot liberté ne pouvait que s’épeler à voix basse après avoir vérifié qu’il n’y a avait pas de micros. La future chancelière est aspirée par la politique un peu par hasard ainsi que le raconte ce récit biographique. Derrière sa bonne mine, elle se révèle par la suite une redoutable tacticienne dont la main ne faiblit pas lorsqu’il s’agit de « supprimer » ses adversaires. Ce qui la rend attachante malgré tout au travers des médias en général et de ce livre en particulier, est cette constance à ne jamais abdiquer ses valeurs, notamment en remettant sans cesse l’humain au centre de tout. Le fait qu’Angela Merkel, croyante, se soit occupée dans sa jeunesse d’enfants handicapés est une des clés de ce qui la détermine en politique. La modestie de son train de vie est conforme à sa légende. Elle vit dans un appartement ordinaire plutôt qu’à la chancellerie, pousse le caddy du supermarché avec sa mère. Ce que l’on savait moins c’est que l’Allemagne qui a horreur des dépenses somptuaires s’entêtait à ne pas offrir à la chancellerie des avions officiels dignes de ce nom. Marion Van Renterghem raconte assez drôlement les retards, « les portes qui s’ouvrent en plein ciel, les atterrissages d’urgence, les nuits passées dans les aéroports à attendre que quelques coups de marteau et vissage de boulons daignent remettre en route la mécanique fédérale« . Le Bundestag finira, coalition de circonstance aidant, par autoriser l’achat d’un Airbus neuf.

La journaliste ne consacre qu’un petit chapitre aux relations de la chancelière avec les chefs d’État dont il ressort que Jacques Chirac était l’un de ses favoris, avec ses baise-mains et sa décontraction pour aller lui-même chercher des plateaux-repas. Poutine savait jouer de sa phobie des chiens pour jouir du rapport de force ainsi créé. Seul Barack Obama, -faux-cool par excellence- a réussi, en la mettant sous pression,  à la faire pleurer lors d’une rencontre au sommet qui nous est détaillée. Quant à Donald Trump, le jour de son investiture, il nous est dit qu’elle a ostensiblement tourné le dos à l’événement pour admirer un tableau de Monet.

Son image ne ressort pas ternie de ce portrait serré. Celle qui pour sa thèse de doctorat avait choisi de se pencher sur l’étude « du mécanisme des réactions de composition avec rupture de la liaison simple et le calcul de leurs constantes de vitesse sur la base de la chimie quantique et des méthodes statistiques » garde en revanche une capacité hors-normes à se protéger des investigations.

PHB

Angela Merkel « L’ovni en politique ». Les Arènes-Le Monde
Marion Van Renterghem (19 euros)

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