In bed with Clemenceau

Son dernier appartement était bien sombre mais il jouissait d’un petit jardin où il élevait ses poules. Ce logis lui a maintes fois servi de repli jusqu’à son dernier souffle en 1929. Georges Clemenceau avait pour voisins un collège de Jésuites. Il y a toujours une cour de récré derrière le mur et ce qui est drôle c’est que le sol est jonché de balles de jeu. Le lieu est aussi un musée dont l’étage supérieur a été racheté récemment à fin d’agrandissement. Un nouvel espace qui a été inauguré par Emmanuel Macron himself en novembre.

Ce qui fait que ce musée nous permet autant d’en apprendre sur l’homme illustre, (médecin, ministre, journaliste, duelliste à l’occasion) que sur notre président actuel, puisque le premier est une référence pour le second. Dans ce quatre pièces du 16e arrondissement figure d’ailleurs une citation du « Tigre » que n’aurait pas reniée Emmanuel Macron: « Il faut savoir ce que l’on veut. Quand on le veut il faut avoir le courage de le dire. Et quand on l’a dit, il faut avoir le courage de le faire ». La phrase a été prononcée en 1927 mais sa tonalité nous est bizarrement familière.

Le rez-de-chaussée cour et jardin du 8 rue Benjamin Franklin est un concentré d’histoire. On en sort avec une culture inédite sur le personnage et plus encore si l’on s’est greffé, par proximité obligée, avec un groupe mené par une conférencière. De la bouche de laquelle il a été établi que c’était un homme à femmes (quelques centaines selon la légende), info qui tombe à pic car elle n’est nullement mentionnée sur les cimaises. On apprend entre autres choses de ce micro-parcours que, à l’instar d’Emmanuel Macron, Georges Clemenceau n’aimait pas les fake-news. Ce qui est somme toute assez normal pour celui fut rédacteur en chef de plusieurs publications. Il s’est entre autres choses battu pour réhabiliter le capitaine Dreyfus accusé à tort d’espionnage et c’est même lui le responsable du fameux titre « J’accuse » au-dessus du texte de Émile Zola.

Sa vie en contenait plusieurs et c’est le mot « guerre » qui les détermine. Pas seulement contre l’Allemagne jusqu’à l’armistice, mais aussi contre les thuriféraires des colonies, contre le régime clérical ou encore pour défendre les Communards. En revanche ce n’était pas un fin tireur du moins au sens où on l’entend dans l’artillerie. Il y a dans au sein du musée une paire de pistolets qui lui servit lors de son duel avec le nationaliste Paul Déroulède. Lequel l’avait publiquement accusé de corruption à la Chambre. Lors de l’affrontement le 22 décembre 1892 (il avait alors 51 ans) il tire six balles qui vont nulle part. Son adversaire qui presse autant de fois la détente de son arme ne fera pas mieux.

Nous sommes pantois à maints égards devant le parcours de cet homme d’exception, amateur d’art et ami de Monet. Pour plus de détails car il y en a trop, nos lecteurs sont aimablement priés de consulter en ligne sa biographie (1). Ce qu’ils ne trouveront pas en revanche, c’est le souci du détail qui prévaut dans la conservation de son appartement. C’est un vrai sujet d’étonnement avec une mention spéciale pour la salle de bains dans laquelle pas de doute, il nous est loisible de découvrir sa brosse à dents noircie par les années. Sa longueur anormale correspond bien à la dentition d’un tigre. Il n’est pas possible d’en approcher de trop près car l’accès est barré par son pèse-personne privé (ci-dessus) dont le mécanisme conserve, dans la poussière de ses rouages, ce genre de petits secrets qui font tout le poids des grands bonhommes.

PHB

Musée Clemenceau
8 rue Benjamin Franklin
75016 Paris
Du mardi au samedi de 14h à 17h30

(1) En savoir plus

 

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Une réponse à In bed with Clemenceau

  1. Philippe Person dit :

    Ah ! Cher Philippe… Vous êtes plus indulgent avec Clémenceau qu’avec le Che !
    Vous oubliez qu’il réprima – entre autres – de manière sanguinaire la révolte des viticulteurs en 1907…
    Pas étonnant qu’il soit le modèle des « amis » du peuple bien connus que sont Valls et Macron…
    En plus, Clémenceau coureur de jupons impénitent (on le dirait harceleur aujourd’hui) fut d’une rare élégance avec sa femme quand celle-ci eut la mauvaise idée de lui rendre la pareille… De macho à facho, il n’y a qu’une lettre… Enfin, si vous pensez qu’il a sauvé la république en 1917, comme disait John Ford : « quand la légende est plus belle que l’histoire, on imprime la légende… »

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