Watou (B), 1000 habitants, capitale mondiale du chant grégorien

Les amateurs de bières connaissent bien le nom de Watou. C’est dans cette petite ville de la Belgique flamande que l’on brasse la typée Kappitel ou la réputée San Bernardus qui se décline en plusieurs versions dont la puissante Tripel. Si elle ne peut bénéficier de l’appellation «bière belge d’Abbaye reconnue» (elle n’est plus fabriquée par les moines) elle en possède en tout cas toutes les qualités, «robe dorée à la mousse couleur blanc cassé, saveur de fruits, de levure, d’’orange, d’épices, de malt, de caramel et de bois». Comme souvent, on trouvera également à Watou un fromage local, mais si le nom de la ville est aujourd’hui connu jusqu’en Asie ou en Amérique latine, ce n’est pas pour ses spécialités culinaires.

C’est parce que tous les trois ans, depuis plus d’un quart de siècle, le bourg flamand situé à quelques kilomètres de la frontière française se transforme en capitale internationale du chant grégorien. Cette année encore, pendant une dizaine de jours, des ensembles masculins ou féminins venus de quinze pays différents retrouveront le chemin de Watou et se produiront devant un public chaque année plus nombreux. Ces chanteurs (450 au total), souvent jeunes, viennent d’Australie (The Choristers of St Mary’s cathedral Choir Sidney), de Lettonie (Schola Cantorum Riga), d’Estonie (Vox clamantis), de Hongrie (Jubilate et Cantate), de Colombie (Schola gregoriana de Bogota), de Corée du sud (Pueri Cantores of Daegu), de Norvège (Schola Sanctae Sunnivae),du Japon (Les Filles du Sacré-Coeur). D’autres viennent de pays plus proches : Pologne, France, Belgique, Pays-Bas, Hongrie, Espagne et Vatican.

A l’origine de ce festival unique en son genre, un passionné qui a mis toute son expérience des affaires (jusqu’à cette année, il était chargé de la promotion du meuble belge à l’étranger) au service du festival : «J’applique la même rigueur que dans mon travail» dit Bernard Deheegher dont l’enthousiasme est communicatif. Au tout début, il dut combattre le scepticisme ambiant, notamment celui des autorités ecclésiastiques. Au fil des ans, le sérieux et la renommée acquise dans le milieu lui valurent d’obtenir la distinction d’«ambassadeur culturel des Flandres». 2018 sera l’année de la treizième édition de cette manifestation qui se déroulera à Watou même, mais aussi dans d’autres villes belges (Bruxelles, Anvers, Poperinghe) et en France, dans les villes frontalières de Dunkerque et Houtkerque.

L’ensemble vocal Cantamare (Pays-Bas) (dr)

La programmation des concerts obéit à plusieurs critères. L’authenticité des œuvres et de leur interprétation est bien évidemment requise mais le festival propose également de découvrir des formes plus contemporaines ou des compositeurs inspirés par l’esprit du grégorien : l’Estonien Arvo Pärt est certainement le meilleur exemple. Car le festival, s’il réunit une majorité de professionnels, ne se veut pas pour autant une manifestation purement musicologique. Il prétend s’adresser au public le plus large. La musique grégorienne, qui nous plonge plus de dix siècles en arrière, et dont Olivier Messiaen disait qu’elle était «l’un des plus grands trésors que nous possédions» a aujourd’hui toute sa place dans une société où la méditation, le “retour sur soi“, le “désir de ressourcement“ traduisent souvent une quête spirituelle assez confuse. Le chant grégorien, parfois surnommé «le son du silence» répond sans doute à cette attente.

La vogue du grégorien dans certains pays d’Asie comme la Corée et le Japon peut cependant surprendre. Elle montre en tout cas qu’au delà de sa fonction liturgique, ce chant, par son dépouillement extrême et son raffinement particulier peut trouver un écho dans des sociétés très diverses. C’est ainsi qu’il y a quelques années, la toute jeune coréenne Sowon Kim, à peine âgée de dix ans, se produisait à Watou en tant que membre des Pueri Cantores de Daegu. La Coréenne poursuivit son apprentissage au Conservatoire national de Paris, et devint une des chanteuses solistes du Chœur grégorien féminin de Paris. Une quinzaine d’années après se première venue en Belgique, elle se produira cette année à l’abbaye basilique Saint-Gervais de Grimbergen (B) lors d’un concert réunissant des ensembles venus de Belgique, Lettonie, Estonie et Hongrie.

Gérard Goutierre

Du 4 au 12 mai 2018, à Watou (Belgique) mais aussi à Anvers, Bruxelles, Dunkerque…

Tel. ++32 57 388 267

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3 réponses à Watou (B), 1000 habitants, capitale mondiale du chant grégorien

  1. Marie J dit :

    C’est réjouissant de savoir que de telles manifestations existent et persistent. Merci

  2. Et dire qu’en tant que flamande « du coin » mais vivant à Lille depuis des décennies, j’ai assisté au 1er festival grégorien … quel magnifique chemin parcouru depuis tout ce temps !! Bravo Bernard et à très bientôt !!!

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