Bécassine c’est ma cousine

C’est un bien joli conte descendu dans nos salles comme un ballon dans un jardin. Avec Bécassine à bord. Il paraît que certains Bretons se sont récriés. Ils n’avaient probablement pas encore vu le film. Parce que l’héroïne dépeinte par Bruno Podalydès est bien plus maligne que la plupart des personnages d’une histoire qui enchantera les écrans de nos vacances.
En plus d’être futée, Bécassine est aussi très humaine et même empathique, comme on dit de nos jours. Elle est apparue pour la première fois dans l’hebdomadaire « La semaine de Suzette » en 1905. Et réapparue en 2018 sous les traits de Emeline Bayart.

 

Bruno Podalydès est un fidèle. Film après film il embauche les amis de ses débuts et aussi ceux qu’il a rencontrés plus tard. Parmi les compagnons de la haute époque il y a les Michel Vuillermoz, Philippe Uchan, Isabelle Candelier ou encore le toujours impeccable Jean-Noël Brouté. Parmi les ré-embarqués de fraîche date, on retrouve aussi avec plaisir Vimala Pons et évidemment Emeline Bayart. Celle-là elle était facile à repérer. Elle excellait déjà avec un rôle secondaire dans « Bancs publics » avant qu’elle ne s’épanouisse presque seule sur une scène du 10e arrondissement, chantant un répertoire de chansons gaies toujours toniques et parfois polissonnes (1). Le rôle était d’évidence fait pour elle dans le plein sens du mot incarnation.

Quoiqu’au départ de l’histoire, la très jeune Bécassine est interprétée par une petite fille qui déjà imagine des procédés pour se simplifier la vie. Le jour où elle s’aperçoit qu’une de ses dents de lait branle sur ses bases, elle l’attache à une ficelle qu’elle relie à une poignée de porte en attendant l’arrivée de son père. Le système fonctionne si bien que la scène en devient burlesque et c’est ainsi que le réalisateur arrive à nous faire rire avec un très vieux gag. Inutile de préciser qu’à ce stade on peut affirmer qu’il n’y pas d’âge pour aller voir Bécassine.

Une fois grande, l’héroïne veut aller à Paris. Mais sur sa route elle croise deux nobliaux (Karin Viard et Denis Podalydès) qui lui confient la garde d’un bébé d’adoption. Bécassine intègre alors le château familial avec une bonne humeur irrésitible. La jeune paysanne y découvre l’eau courante, l’électricité et le téléphone. Elle y croise Josiane Balasko en bonniche hilarante jusqu’à l’arrivée d’un marionnettiste interprété par Bruno Podalydès.

Le film n’a pas eu l’heur de plaire au critique du Monde. Selon lui l’auteur n’a pas réussi à convaincre, « malgré de jolies inventions ». Le chroniqueur ne devait pas être dans de bonnes dispositions, convenons que cela nous arrive à tous. Car cette histoire est très attachante. Elle a été écrite par un ancien gamin pour d’anciens mioches accompagnés ou non de leur progéniture. Dans cette époque cynique, brutale et souvent débilitante que nous traversons malgré nous, cette fable est la bienvenue. Elle est le produit d’une famille de comédiens qu’année après année, nous avons pris en affection.

Dernier point: dans de nombreux films de Podalydès, quelqu’un trébuche sur une glaviole. Ce vague engin métallique,  invention des deux frères, ne manque pas à l’appel. C’est le sceau de l’authenticité. Le repère que l’on finit par guetter au point que son absence un jour finirait par nous inquiéter.

PHB

(1) Emeline Bayart dans Les Soirées de Paris

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Une réponse à Bécassine c’est ma cousine

  1. de FOS dit :

    J’y cours ! Et bien sûr accompagnée !

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