Simone Veil accablée d’honneurs

La liberté bien simple de reposer dans le lieu qu’elle avait choisi lui a été retirée. Dimanche, Simone Veil entrera au Panthéon avec son mari, exhumé pour l’occasion. La rue Soufflot sera tapissée de bleu en accord avec la couleur de ses célèbres yeux et ton sur ton avec le drapeau européen. Les cercueils des deux époux auront été au préalable exposés au mémorial de la Shoah et seront conduits sous escorte motorisée jusqu’au Panthéon pour y être recouverts du drapeau tricolore. À 11h30, le président Macron donnera cours à son lyrisme habituel en prononçant un discours sur l’Europe. Afin d’achever les participants, le speech sera suivi de la Marseillaise chantée tout à la fois par la cantatrice Barbara Hendricks et le chœur de l’armée française sous une température prévue au-delà des trente degrés.

Hier jeudi, les entourages immédiats du Panthéon étaient électriques. La tente des officiels était déjà dressée. L’image des deux époux tendue sur le fronton suscitait la curiosité des touristes. À voir tout ce déploiement, tout ce faste en cours de montage, toutes ces pompes en préparation, on pouvait se dire que l’argent « magique » n’est finalement pas un mythe ainsi qu’avait tenté de le faire croire à deux infirmières, le président Macron dans un hôpital normand.

Était-ce bien nécessaire. Il est probable que toute cette affaire dépasse le simple cadre de la personnalité remarquable de Simone Veil. Et que derrière tout ça un froid calcul teinté de narcissisme présidentiel a prévalu sans exclure une possible admiration. L’ancienne déportée, l’ancienne ministre ayant porté la loi sur l’avortement, l’ex-présidente du parlement européen, très populaire, n’avait jamais ne serait-ce que laissé entendre, une volonté d’être inhumée un jour dans ce caveau aussi sinistre que glacial. C’est sans doute et à vrai dire, le cas des autres résidents, à quelques exceptions près qui en rêvaient peut-être la nuit. Le 25 juin sur l’antenne de RTL l’un de ses fils Jean Veil avait raconté avoir dit au au président de la République que sa mère « n’avait jamais pensé aller au Panthéon » que « ce n’était pas les ambitions qui pouvaient être les siennes, absolument jamais ». Elle ne pensait même pas pouvoir être chef de l’État puisqu’elle avait confié un jour que « femme et juive » c’était impossible en France. Mais son mari lui, pressentait cette mise au Panthéon. Il avait donc demandé à son fils, dans cette perspective, de ne pas être séparé de sa femme en précisant avec humour: « essaie de nous trouver un lit à deux places ». L’affaire s’est conclue en un temps record. La dépouille de Victor Hugo avait « attendu » 10 ans. Mais pour le pouvoir, l’événement était de toute évidence bon à prendre, surtout en ce moment où la cote de l’exécutif n’est pas au plus haut. Nicolas Sarkozy et François Hollande seront d’ailleurs de la partie comme pour Johnny Hallyday, très populaire lui aussi mais pour d’autres raisons.

Seulement Simone Veil et son mari avaient choisi Montparnasse avec ses grandes allées, ses beaux arbres et son ciel immense. Ils y auraient côtoyé des personnalités aussi variées et distrayantes que Baudelaire ou Serge Gainsbourg. Du ciel où ils se trouvent, ils auraient pu jouir d’une vue imprenable sur la dernière étape de leur existence. Alors que compte tenu de l’épaisseur des murs du Panthéon, cette possibilité est inexistante. Mais dans le fond, tout n’y est que pierre et poussière. Les trois-quarts des places restent à prendre. L’on ne s’y bouscule guère. Sauf les visiteurs.

PHB

 

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3 réponses à Simone Veil accablée d’honneurs

  1. Humour noir : leur rêve a avorté.

  2. Je suis très étonnée d’apprendre que ni Simone Veil, ni son mari, ni leurs fils n’ont donné leur accord pour ce transvasement grand genre. Effectivement, il doit faire bien froid au Panthéon, et ils n’auront pas droit au ciel de Montparnasse et à ses nombreux arbres (auxquels mes parents ont droit… ). Incroyable que le narcissisme présidentiel puisse prévaloir dans ce domaine, et passer de Johnny Halliday aux Veil en si peu de temps.

  3. bruno sillard dit :

    Il n’y a pas plus triste que ce Panthéon, comme si la République devait s’acharner à gommer le moindre début du commencement d’une aspérité historique comme gage de la grandeur de notre Histoire.
    Bien sûr, mis-à-part la période Napoléonienne dont la pérennité de la mémoire laisse perplexe, les Victor Hugo, Marcellin Berthelot, les Zola, Jaurès, Moulin, Monnet, Malraux, Curie et aujourd’hui Simone Veil méritaient-ils un tel oubli de ce qu’ils ont fait ou vécu. Oui oubli, l’enfant que l’on trainera devant les mêmes catafalques en sortira une fois la porte de la basilique franchie, qu’ébloui par le soleil de Paris et gourmant de la glace qu’on lui a offert en échange de son ennui. Pourtant la mort pourrait être belle dans sa tristesse quand l’on entend encore le battement du cœur de celui qui repose là , oui là… là. Je passe devant le tombeau de Chagall à Saint Paul de Vence. Salut toi, le Brassens, bon d’accord tu n’es pas enterré sur plage de Sète, mais t’es là quand même. Alors Van Gogh on fait dans vert, maintenant ? Même les croix blanches alignées le long des plages de Normandie prennent un sens.
    Mais ici à Paris, même là, la coupole du Panthéon n’évoque rien.
    Et pourtant une idée ; que soit créé un Mémorial de l’histoire de la République où se retrouveraient les hommes et les femmes qui l’ont faite, et où les enfants de demain pourraient voir vivre et revivre l’Histoire de notre République.
    Une idée pour les « Soirées de Paris ». Non Philippe ?

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