Ehpad connection

Passé un certain âge nous ne sommes plus suspects. C’est l’une des démonstrations du film d’Eastwood avec Eastwood, « The mule ». Et, franchi le cap des 90 ans (89 exactement pour l’ex-inspecteur Harry, né en 1930) il n’y pas de raison de cesser de faire des choses en général et de raconter des histoires au cinéma en particulier.
Earl Stone, principal personnage du film, accepte un jour de faire le chauffeur à un moment de la vie où l’on n’est plus qu’une donnée statistique. Ce qu’il ne sait pas, au moins au début, c’est qu’il transporte de la drogue. « La mule » est le récit d’une histoire réelle où chacun y trouve son compte.

Les narco-trafiquants qui l’emploient ont en effet vite compris qu’un pépé, ancien de la guerre de Corée, respectant le code de la route et n’ayant pas le comportement stressé d’un convoyeur ordinaire, sera toujours moins repérable qu’un plus jeune. Et effectivement Earl chantonne au volant tout comme le ferait un retraité débarrassé du souci de gagner sa vie. Sauf que lui, en l’occurrence, est obligé de le faire. Non seulement il se refait une santé financière en transportant la marchandise illicite, mais comme il gagne de plus en plus d’argent avec des volumes de plus en plus importants, il prend aussi du bon temps.

Certains se refusent à aller voir les films de Clint Eastwood, traitant assez vite le personnage de « vieux réactionnaire insupportable », il n’empêche que son dernier long métrage (près de deux heures) est plaisant à regarder. Le contraste apporté par les scènes où Earl est confronté à la vie moderne fait le plus souvent sourire. On y retrouve pratiquement le personnage de « Gran Torino » lequel sous ses façons rugueuses et ses remarques racistes antédiluviennes celait pourtant une part d’humanité bonne à prendre.

Mais ce film a également ceci d’avantageux qu’il nous offre à méditer sur la fin de nos vies. On peut penser notamment à ce reportage diffusé en janvier sur France 3 où l’on voyait une Alsacienne de 93 ans tenant toujours avec une gaieté contaminante son hôtel-restaurant à Lichtenberg (1) . L’on songe aussi au Portugais Manoel de Oliveira que le cap des 100 ans franchi n’avait pas découragé de tourner des films. Ou encore à Pablo Picasso qui n’avait pas abdiqué sa vie d’artiste une fois nonagénaire.

Le film « La mule » va évidemment plus loin puisque le protagoniste est contraint d’abandonner une activité d’horticulteur périclitante pour se lancer dans le trafic de schnouff. Cela peut ouvrir quelques perspectives intéressantes à ceux qui en France ou de par le monde ont du mal sur leurs vieux jours à boucler les fins de mois. Et ceux qui par ailleurs s’ennuient dans une de ces baraques disciplinaires pour personnes dépendantes ou qui s’y trouvent tout simplement remisés comme de vieux tambours de machines à laver. D’autant qu’il est bien rare que la brigade mondaine, celle des stupéfiants ou les unités anti-criminalité franchissent la porte des Ehpad.

Un déambulateur en bon état doit pouvoir sans problème trimballer ses vingt kilos de coco ou autre substance destinée à distraire notre état de conscience. Et puis quand on est vieux, toutes les visites sont bonnes à prendre surtout quand la famille ne vient plus. Il faut juste expliquer que oui, on a effectivement un peu de famille au Mexique. Avant d’arrêter de se justifier puisque passé un certain nombre de transactions on serait à même de racheter tout bonnement la maison de retraite. L’idée serait alors d’en changer le règlement intérieur, en vue d’y organiser des fêtes jusqu’à l’aube, entre délinquants hors d’âge.

PHB

(1) Le reportage de France 3 sur  Irène (93 ans) (5 mn)

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2 réponses à Ehpad connection

  1. Catherine dit :

    Il faudra s en rappeler quand on nous aura équipé d un deambulateur

  2. philippe person dit :

    Cher Philippe, ne pas oublier René de Obaldia, 100 ans et 3 mois, qui, il y a un mois, a encore fait une conférence sur son oeuvre d’une heure, pratiquement sans notes et avec mille anecdotes. Au dîner qui a suivi, il s’est senti fatigué au dessert après avoir copieusement mangé et a demandé à repartir vers minuit… Avant, il m’avait raconté par le détail toute la ménagerie de Michel Simon avec son singe et tous ses animaux…

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