L’aventure est au coin de la bibliothèque…

Explorer, décrire, imaginer. C’est ce que propose l’exposition Récits du Monde conçue par le philosophe Gilles A. Tiberghien, à qui l’IMEC (Institut Mémoires de l’Édition Contemporaine) a offert une carte blanche.
Sis à l’Abbaye d’Ardenne, aux portes de Caen, l’IMEC est un lieu inspiré et inspirant. Fondée au XIIe siècle, cette abbaye revient de loin car il n’en restait plus grand-chose depuis la bataille de Caen du 7 juin 1944. Après une grande campagne de restauration, ce centre unique en France inauguré en 2004 est dédié à la valorisation de l’écrit, de l’édition et de la création par l’organisation d’expositions, de colloques, de rencontres littéraires, de conférences et autres activités destinées à tous les amoureux de la vie intellectuelle française contemporaine, l’autre volet de ses missions étant la conservation des archives de la collection de l’IMEC.

« En fait, je n’ai fait que déplier l’idée du voyage, la creuser analytiquement en combinant histoire, géographie et rêve »  (A. Tiberghien)
C’est d’ailleurs sur la richesse de ces collections – le fond le plus important d’archives littéraires privées de France – que Gilles A. Tiberghien s’est appuyé pour nous livrer ce voyage à travers la diversité de nos représentations du monde. À sa disposition pour construire son parcours en sept étapes : « Fabrique d’un imaginaire, Exotismes, L’Aventure, Au cœur des ténèbres, Le regard anthropologique, Évocations, Fictions », des lettres, des brouillons, des carnets, des cartes postales, des manuscrits, des dessins, des images (photos, films) et même des disques durs. Son choix s’est porté sur 380 documents qui refont le monde à leur manière.
Il est en tous cas très émouvant et stimulant pour l’imaginaire de tracer sa route à travers l’histoire du monde à partir de cartes de géographie, d’articles de revues, d’affiches, de guides de voyages, de gravures, ou de livres.

Photographie de la descente du fleuve Niger avec Jean Rouch, [1946-1947] @Michaël Quemener

L’Imec sera jusqu’au 17 février la première étape de votre tour du monde, tout comme la revue du même nom créée en 1860 ou la revue des voyages (1906), de la société Thomas Cook & Fils, alors 1ère agence de voyage du monde fondée en 1841, celle-là même qui vendit en 1912 les billets pour la traversée Southampton- New York à bord du Titanic.
Il est ici question d’exploration, d’ethnologie, d’archéologie de tourisme. Mais ce qui est sûr, c’est que les pays de prédilection des voyageurs, dès la fin du XIXe siècle, étaient les colonies (Indes, Indochine, Afrique). On assiste au cours de cette pérégrination de papier à la naissance du tourisme et de l’exotisme à une époque où la jungle faisait fureur et où, grâce aux lanternes magiques, on pouvait chasser le lion en toute tranquillité. C’est par ailleurs Victor Segalen – dont on peut voir un exemplaire de l’édition originale de «Stèles » – qui se posera en théoricien de l’exotisme. Faisant la différence entre l’exote qui comprend la diversité du réel et les voyageurs comme Pierre Loti ou Claude Farrère, qu’il ne tient pas en haute estime, et dont il qualifie l’approche de superficielle.

Le regard anthropologique est aussi présent avec l’évocation du travail de Georges Devereux (fondateur de l’ethnopsychiatrie), sur les indiens Mohaves ou les enregistrements de chants d’oiseaux du compositeur et musicologue Jean-Louis Florentz au Kenya. Même si il est impossible de citer ici tous les documents de ce merveilleux et poétique cabinet de curiosité, mentionnons quand même la présence de manuscrits de Le Clézio, André Breton, Edgard Morin, une lettre tapée à la machine de Claude Lévi-Strauss, le journal de voyage aux États-Unis de Jean Baudrillard sur un simple cahier à spirale (ci-dessous), des lettres, carnets et photos de Jean Genet, Antonin Arthaud, Max-Pol Fouchet, Henri Michaux, Michel Leiris… Et même la malle de voyage de Gisèle Freund. Et pour boucler la boucle, c’est sur Jules Verne que se termine cette aventure dont la conclusion revient à Gilles A. Tiberghien : (…) « Le voyage nous aura appris que le réel est bien ce qui nous résiste et si certains désirent encore partir sur les routes, peut-être est-ce tout simplement pour le vérifier. ».

Françoise Objois

Jean Baudrillard. Journal de voyage aux États-Unis, [1985]. Archives Jean Baudrillard /IMEC ©Michaël Quemener 2018

Jusqu’au 17 février 2019, du mercredi au dimanche de 14h à 18h.
A lire, le livre-catalogue Récits du Monde, texte inédit de Gilles A. Tiberghien, éditions de l’IMEC

Abbaye d’Ardenne, 14280 Saint-Germain-la-Blanche-Herbe
reservation@imec-archives.com
Tél. 02 31 29 52 46 (Pour se rendre à l’abbaye d’Ardenne, mieux vaut s’armer d’une bonne carte routière et d’un GPS performant car la signalétique laisse à désirer).

19 février 2019, Rencontre, 20h
Élisabeth de Fontenay, Prix Femina Essai 2018

Les petites conférences, 14h30
16 mars, Être égyptologue
Guillemette Andreu-Lanoë, Directrice honoraire du département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre

18 mai, Être Achille ou Ulysse ?
Pierre Judet de la Combe
Helléniste et directeur d’études au CNRS et à l’EHESS
Gratuit et suivi d’un goûter

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