Les œuvres de briques de Jean-Michel Othoniel

Si l’artiste plasticien Jean-Michel Othoniel est essentiellement connu pour ses installations et sculptures en perles de verre colorées, véritables hymnes intemporels à la beauté dont il a fait depuis sa signature, il semblerait, ces derniers temps, qu’il ait changé de module. Après la cire, le soufre et les perles, l’artiste s’intéresse désormais à la brique, de verre ou de métal, comme le montrent ses œuvres les plus récentes actuellement présentées à Paris, à la Galerie Perrotin, dans son exposition personnelle “Oracles”.

Place Colette, près de la prestigieuse Comédie-Française, une bouche de métro tout en couleurs se démarque des autres stations de métro parisiennes. Constitué de grosses perles de verre coloré de Murano, insérées dans une structure en aluminium, “Le Kiosque des Noctambules” est très emblématique du travail de Jean-Michel Othoniel qui s’est tourné vers ce matériau translucide dès 1993. L’installation représente deux coupoles, chacune surmontée d’un petit personnage lui aussi en verre : l’une, formée de perles aux tons chauds désigne le jour tandis que la seconde, dans des tons froids, signifie la nuit. L’œuvre, par ailleurs, se prolonge dans les couloirs du métro avec, sur les côtés, deux petites vitrines circulaires, telles des hublots, présentant en leur intérieur un collier de grosses perles. Cette installation avait vu le jour en l’an 2000 pour célébrer le centenaire de la naissance du métropolitain. L’artiste s’était alors surpassé en revisitant entièrement la station Palais-Royal Musée du Louvre jusqu’à en faire une œuvre d’art à part entière.
Ainsi retrouve-t-on cet aspect féérique dans nombre d’œuvres de Jean-Michel Othoniel, qu’il s’agisse d’expositions personnelles ou de commandes publiques, où ce matériau sensible et fragile qu’est la perle de verre nous transporte dans un univers enchanté et le plus souvent surdimensionné : “Mon lit” (2003), “Le Bateau de Larmes” (2004), “Les Belles Danses” (2015), “Le Trésor de la cathédrale d’Angoulême” (2016), “Le Cortège endormi” (2017), la “Grotta Azzurra” (2017) … (image d’ouverture)

En 2010 déjà, avec “Precious Stonewall”, gigantesque mur de briques de verre ambré sur lequel étaient suspendus des colliers multicolores, la brique soufflée faisait son apparition dans le travail d’Othoniel. C’est l’année précédente, lors d’un voyage en Inde, et tout particulièrement à Firozabad, la ville indienne du verre, que l’artiste avait été fasciné par la technique ancestrale des artisans locaux et choisi d’entamer une collaboration avec eux. “Precious Stonewal” était alors un hommage aux piles de briques qui bordent les routes indiennes, accumulées dans l’espoir d’une construction à venir, et auxquelles sont suspendus de multiples colliers dont chaque pierre fait l’objet d’une taille minutieuse, telle un précieux bijou.

La “Grotta Azzurra”, présentée en 2017 au Grand Palais au sein de l’exposition “Jardins” alliait là encore la brique et la perle tout en inventant un nouveau rapport à l’espace, créant un lieu à part entière : une grotte monochrome intégralement composée de briques soufflées d’un merveilleux bleu azur au centre de laquelle se tenait une fontaine sculptée de deux gigantesques perles de verre.

Pour sa huitième exposition personnelle à la Galerie Perrotin, Jean-Michel Othoniel a choisi de privilégier exclusivement la brique, en verre ou en acier inox, à travers des propositions abstraites, monochromes, proches de l’art minimal. “Altar”, “Oracle”, “Agora”, “Rivière Bleue” (ci-contre), “Icebergs”… une quinzaine d’œuvres qui marquent donc un tournant dans le parcours de l’artiste.

Cette série d’un nouveau genre, dans une géométrie autre, est tout aussi poétique que les précédentes, jouant là encore avec infiniment de subtilité, mais de manière différente, avec la lumière. Ainsi si “Agora” rappelle lointainement, de par son matériau, mais dans des tons néanmoins plus clairs, l’impressionnante “The Big Wave” (2017) présentée l’année dernière au musée d’Art moderne et contemporain (MAMC) de Saint-Étienne, elle se rapproche également d’une certaine façon de la “Grotta Azzurra” par son aspect clos, protecteur, où l’intime le dispute au monumental. Entre sculpture et œuvre architecturale, elle dégage une puissance lyrique et sensuelle qui invite à la contemplation et au recueillement, fidèle à la pensée de son auteur pour qui “Le beau permet de s’élever, le merveilleux nous mène à une certaine forme de spiritualité” et “réenchanter la vie est un acte poétique et politique”. “Rivière Bleue”, telle la route pavée de briques jaunes du Magicien d’Oz, nous invite elle aussi à un voyage vers le merveilleux. Ce long ruban de briques de verre soufflé d’un bleu qui n’est pas sans rappeler celui de la Méditerranée, voit sa surface se soulever par endroits, comme une longue vague sans fin… “Altar”, autel entièrement composé de briques jaunes sur lesquelles un éclairage savant projette de jolies flammes, petites lumières offertes au culte des divinités, est un hommage aux autels croisés le long des routes indiennes.

Qu’elles soient de couleur grise, bleue, jaune ou ambre, les œuvres de briques de Jean-Michel Othoniel nous invitent ici, dans une forme minimaliste qui tend à la pureté, à un voyage d’une autre nature, un voyage spirituel où se mêlent la poésie et le sacré.

Isabelle Fauvel

Altar, Jean-Michel Othoniel, 2019

Galerie Perrotin 10, passage Saint-Claude 75003 Paris. Du mardi au samedi, de 11h à 19h jusqu’au 8 juin 2019.
Site de l’artiste Jean-Michel Othoniel

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2 réponses à Les œuvres de briques de Jean-Michel Othoniel

  1. Je sais, je suis une vieille barbe, un vieux grognon, mais dites-nous combien ces « créativités » coûtent à la mairie de Paris pendant que nombreux y sont aujourd’hui sur le carreau sans aides suffisantes ?
    Et puis parlons aussi un peu de leur bilan carbone à tous ces joujoux de bobos puisque nous y sommes…au bout.

  2. philippe person dit :

    Cher André,
    vous n’avez pas de chance : on est les seuls aux Soirées de Paris à avoir quelqu’un qui « croit » en l’art contemporain. Isabelle n’est pas complice des marchands, c’est simplement une croyante qui ne sait pas que les prêtres de l’art moderne pratique la simonie. Et en lui répondant à chaque fois, vous la confortez dans son bon choix face aux Béotiens comme vous… et moi…
    Laissez là de temps en temps nous donner une nouvelle preuve que tout ça n’est qu’un attrape-milliardaires. Si nos amis gilets jaunes étaient conséquents, ils iraient avec leurs houx et leur faux détruire toute cette verroterie que les Pinault-Arnaut-et compagnie achètent au prix du sang des CDD, intermittents, précaires, vacataires à qu’ils accordent chichement de quoi survivre pour pouvoir acheter des millions de dollars les lapins de Koons et autres…
    Tout ça finira mal… Il faut s’en délecter… Après les gilets jaunes, il y en aura de moins naïfs qui iront brûles les Frac, les Fiac et toutes ces arnaques… Surtout quand les néo-artistes auront poussé le cynisme jusqu’à reconstituer des cabanes comme celles qui décoraient les ronds-points et à les vendre sous le nom de « Yellow gilets’ s cabanes »

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