Alice au pays des merveilles de la communication

Sur l’affiche au moins, le film « Alice et le maire », a bénéficié d’un torrent d’éloges. Pour ceux qui n’ont pas vu la bande-annonce diffusée en boucle sur les réseaux sociaux, l’histoire raconte un maire de Lyon (Fabrice Luchini) au sommet de sa gloire mais aux prises avec des états-d’âme. Afin d’y remédier, il recrute une jeune professeur de philosophie (Anaïs Demoustier). Il la charge de lui redonner du souffle, de lui apporter des idées au moment-même où lui et son équipe visent l’élection présidentielle. L’arrivée de la jeune femme va enrayer la mécanique huilée d’un cabinet. C’est ce qui est censé donner une dynamique à ce long métrage tout juste débarqué en salles.

Et le le propos ne fonctionne pas si mal. Notamment grâce à des personnages secondaires qui imitent à merveille, dans un copier-coller impeccable, les conseillers qui entourent habituellement les personnalités politiques. Le casting comporte par exemple Antoine Reinartz dans le rôle du directeur de la communication du maire, le fameux « dircom » qui depuis quelques années a intégré toutes les organisations de la société, associations, compagnies industrielles ou, c’est le cas ici, un état-major politique. Jusqu’à la fin où il finit par fendre l’armure, il est parfaitement insupportable. Il est celui qui, comme partout ailleurs, distille jusqu’à la saturation ce poison de la com’, venant polluer l’expression démocratique.

Quand Alice débarque pour apporter dans les réunions son bon sens issu de la fréquentation des meilleurs auteurs, cela ne peut que faire des étincelles et c’est sans doute une des meilleures scènes du film. En effet le maire a déclaré quelque chose dans une interview, susceptible de faire vaciller la majorité qui l’entoure. Les écologistes risquent de prendre la porte et il faut donc concocter en urgence un tweet réparateur. L’affrontement autour d’une table de réunion entre le monde de la com’ et le langage plus pondéré d’une enseignante normalienne conséquemment issue d’une galaxie différente, produit des dissonances qui nous font discrètement jubiler. Au rôle du directeur de la communication bon à gifler, s’ajoute celui de la directrice de cabinet (Léonie Simaga) dont on jurerait qu’elle a tenu le poste toute sa vie. Elle sait gérer n’importe quelle situation de crise avec une efficacité sans failles. Elle sait ce est qui bon pour le maire et ce qui ne l’est pas. Chacun étant de prié de suivre.

Mais bien évidemment, au premier chef, il y a le maire, interprété par Fabrice Luchini, et sachant on s’en doute, maîtriser le dosage de ses phases d’éloquence et de silence. En ce qui le concerne le constat est le même. Lorsqu’on le voit présider un conseil municipal, c’est à se demander s’il n’a pas toujours tenu le rôle en rêve. Sa façon de réprimer son ennui face à un élu qui l’interpelle sur un sujet indéniablement barbant, fera sourire les vrais élus locaux qui iront voir le film. Tout cela est assez bien saisi, à cette réserve près que cette histoire, dépassant les cent minutes, aurait gagné en attrait avec quelques élagages. Les dialogues entre le maire et sa toute fraîche conseillère pèchent un peu par leur côté bavard. Pour le coup, c’est moins drôle que la com’. Dans la salle où était visionné « Alice et le maire » mercredi, un ronflement éloquent s’est même fait entendre, juste à côté de l’auteur de ces lignes. Quelqu’un qui devait s’attendre, sans doute, à un film d’action ou au moins une comédie aux ficelles classiques.

Il n’en reste pas moins que ce moment de cinéma est bon à prendre. Le film compte de nombreuses scènes cocasses et pour autant raffinées, dans la façon dont elles sont traitées. Assommés de communication politique que nous sommes, gavés d’éléments de langage cuisinés dans les officines ministérielles, il est toujours bon de se détendre un peu avec cette distance, cette moquerie, bien établies par le réalisateur Nicolas Pariser. On rit et l’on sourit bien davantage que devant les infos de la télé lesquelles ne nous engagent guère, on en conviendra, à s’esclaffer de bon cœur.

PHB

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1 réponse à Alice au pays des merveilles de la communication

  1. Yves Brocard dit :

    Bonjour,
    J’ai vu ce film en avant-première avec le réalisateur présent pour répondre aux questions. Il est plaisant à voir, Luchini « ne faisant pas du Lucini » comme le dit le réalisateur, Dumoustier est craquante, même si on aurait aimé qu’au long du film elle quitte son costume d’étudiante les mains dans les poches, et jamais sans carnet de notes, pour un costume plus en rapport avec sa fonction. Les autres rôles que vous avez cités sont tout à fait « parlants » et, comme de bons « communicants », ils parlent beaucoup, avec des phrases alambiquées au contenu fumeux. Le personnage de Dumoustier aussi par moment.
    J’ai fait remarquer à Nicolas Pariser qu’il attaquait les ingénieurs et les diplômés des écoles de commerce qui ne faisaient plus que de la finance à la sortie de leurs écoles (nota : je suis ingénieur et j’ai fait du commerce international). Ceci est mathématiquement faux vu le nombre d’ingénieurs diplômés en France chaque année, 37 000, et à peu près autant d’écoles de commerce : je doute qu’il se crée 70 000 postes de financiers chaque année occupés par des Français. Si 10% de ces diplômés vont vers la finance (on les comprend c’est une façon de faire très vite fortune, encore faut-il en sortir à temps…) il reste les 90% qui font le travail pour lequel ils ont été formés. A contrario j’ai été surpris que les Enac n’aient pas été épinglés dans ce film, car eux pour remuer du vent, ils s’y entendent (j’ai eu deux patrons Enac dans ma vie en entreprise, et il n’est que de les entre parler à la télévision…). Nicolas Pariser a fait valoir que les postes en mairie, même d’une ville comme Lyon, n’étaient pas assez prestigieux pour intéresser les Énarques (mais les Normaliens, oui, apparemment…). Quid de Jupé, Fabius et tant d’autres? Monsieur Pariser a peut-être un faible pour ces édiles?
    Bon c’est un peu dommage mais je trouve qu’il est un peu passé à côté d’une dénonciation plus circonstanciée des arcanes et des affres de la politique, comme le faisait avec plus de mordant Bertrand Tavernier dans Quai d’Orsay, film auquel il fut souvent fait référence pendant les débats.
    On passe néanmoins un bon moment, grâce aux acteurs et à l’image très belle, mais à la fin il n’en reste pas grand chose, tant on n’est pas surpris, on n’apprend rien de nouveau et la trame du film ne débouche pas non plus sur une fin rebondissante.

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