Mondrian plane dans le plan

Photo: PHB

Au regard de son rôle dans l’histoire de la peinture moderne et aussi parce que cela fait plus de 40 ans qu’une exposition importante ne lui avait pas été consacrée, il est permis de qualifier d’événement, l’exposition Mondrian/De Stijl qui se tiendra du 1er décembre 2010 au 21 mars 2011 dans l’enceinte du Centre Pompidou.

 Apollinaire disait de la peinture de Piet Mondrian qu’elle relevait d’un « cubisme très abstrait ». Celui que Salvador Dali se plaisait par ailleurs à appeler « Niet Mondrian » -mais c’était déjà une forme d’intérêt- s’est évertué tout au long de sa carrière à s’émanciper de la peinture classique pour dépasser ensuite le mouvement cubiste et finalement atteindre la perfection abstraite.  « Une peinture plane dans le plan » affirmait Mondrian en 1926 dans la revue Cahiers d’art. Une réflexion qui montre l’envergure de sa vision et donne la mesure de la distance parcourue par cet homme né en 1872 à Amersfoort en Hollande et dont le vrai patronyme est Pieter Cornelis Mondriaan avec deux « a ».

 Dans son excellent livre (Editions Hazan) consacré à l’artiste, Guitemie Maldonado, résume littéralement « à la ligne » l’évolution du peintre. L’œuvre débute selon lui par la « ligne descriptive »  de ses premières réalisations classiques, la ligne « structure » qui accompagne son détachement de la représentation, de la réalité donc, et les lignes horizontales et verticales qui caractérisent Mondrian dans ce que sa production a de plus connu, de plus abstrait, la géométrie combinatoire opposant les trois couleurs fondamentales (rouge, jaune, bleu) à des non-couleurs (blanc, gris).

Piet Mondrian dans son atelier (1926), photo: André Kertész. © Adagp, Paris 2010

Une huile sur toile réalisée en 1908, intitulée « Moulin au soleil » emblématise bien la mue, la signature d’un futur évadé, celle d’un artiste qui rêvait d’autre chose. A tout le moins elle porte les germes d’une libération puissante qui allait le porter bien au-delà d’un cubisme-carcan dans lequel il ne voulait pas s’enfermer. Le traité de ce moulin au soleil est particulièrement violent. En le saturant de rouge et accessoirement de jaune, ce moulin littéralement saccagé par l’artiste est une forme d’adieu sans retour à la réalité représentative. Pour Guitemie Maldonado, elle symbolise l’élévation spirituelle de l’artiste : c’est le moins que l’on puisse en dire.

 Piet Mondrian est déjà bien loin lorsqu’en 1914 il signe ses compositions dans l’ovale ou sa composition numéro 6. Il peut regarder ses confrères cubistes avec une certaine distanciation au regard de sa composition jaune, rouge, noir, bleu et gris qui date de 1920. Piet Mondrian est alors sur les cimes. C’est tellement vrai que même sa composition avec rouge inachevée qui date de 1934 est malgré tout une œuvre admirable. Mondrian a cette fois atteint une sorte de perfection, il est dans un absolu, presque dans un enfermement, ce qui ne manque pas d’être paradoxal. « Tout se compose par relation et réciprocité disait-il, la couleur n’existe que par l’autre couleur, la dimension par l’autre dimension, il n’y a de position que par opposition à une autre position ». Peut-être mais ses compositions « dans le losange », par exemple celle avec « quatre lignes jaunes », frôlent le vide. Le monde qu’il a atteint est une forme de solitude folle…et plane.

Et cet accomplissement relève bien d’une préméditation intellectuelle : « Les cubistes, affirmait-il, refusent les conséquences de leur propre révolution plastique. La sensibilité moderne ne peut se réduire à l’intégration de multiples points de vue, elle doit tendre vers une langue plastique directement universelle et rationnelle ». Tout retour en arrière semblait dès lors exclu.

 En 1913, dans le journal Montjoie, Guillaume Apollinaire évoquait la « cérébralité sensible » de Piet Mondrian. Le trait est tellement juste que l’on ne voit pas de meilleur équivalent conclusif.

 Le deuxième aspect de l’exposition sera dévolu au mouvement De Stijl (le style) et autour de ses trois figures centrales, Piet Mondrian, Theo Van Doesburg, Gerrit T.Rietveld ainsi que les peintres, les designers et architectes qui s’y sont intéressés. Ce mouvement est présenté comme une « clé de lecture » par les commissaires de ce deuxième volet, « pour la compréhension des sources du mouvement moderne ».  

La revue de Stijl présentée dans l'Oeil en 1959. Photo: PHB

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