Les jardins des serres d’Auteuil contraints à un match inégal

Avec ses gros yeux moches et blanchis, ce pensionnaire de l’enceinte tropicale des serres d’Auteuil semble interroger le visiteur sur son avenir. Le 13 février, la Fédération française de tennis (FFT) doit rendre une décision sur le projet d’extension du stade Roland Garros sur sa voisine directe, les serres d’Auteuil.

Les jardins des serres d’Auteuil font partie de ces rares endroits parisiens où le visiteur peut compter sur un séjour à peu près paisible.

Créé en 1761 par Louis XV, ce jardin de 6 hectares risque de se voir amputé d’une tranche au profit d’un nouveau court de tennis estampillé Roland Garros et pouvant accueillir 5000 spectateurs (7000 selon le texte qui rassemble quelque 30 000 pétitionnaires).  Le complexe tennistique n’est séparé du jardin que par l’avenue Gordon Bennet. Cet « enjeu prioritaire pour Paris », selon le maire Bertrand Delanoë, a été largement voté par le Conseil de Paris. Pour Yves Contassot conseiller de Paris et ancien adjoint au maire, il s’agirait surtout de faire de la place sur le stade Roland Garros dans le but d’y « mettre le village dédié aux relations publiques afin d’augmenter l’espace lié à l’événementiel » (Le Monde du 8 janvier).

A lire les débats, pétitions, réactions, démentis, publiés ici et là, on comprend bien qu’au final et par quelque bout que l’on prenne l’affaire, les serres sacrifieraient une tranche de leur territoire au profit de Roland Garros. Et il n’est pas besoin d’expert pour comprendre la nuisance occasionnée par les travaux qui seront fatalement nécessaires.

 

On peut ne pas sentir qualifié pour entrer dans le débat argumenté mais tout à fait légitime en revanche pour protester. Le mieux c’est d’aller y voir. D’entrer dans le merveilleux de la serre tropicale avec sa flore luxuriante, ses oiseaux exotiques et ses poissons si gros que l’on dirait des sous-marins. Les serres historiques (et classées comme telles) ne sont pas directement concernées, c’est toute la subtilité de la communication officielle, mais le voisinage du court de 5000 places sera quasi-immédiat…

Il n’y a plus qu’à imaginer le bruit des tractopelles et les allées que l’on condamnera provisoirement pour laisser le passage aux engins de chantier. Enfin, les travaux achevés, il est facile d’entendre sans effort d’imagination les clameurs de la foule, les « quarante-trente » et autres « quinze-A » qui traverseront les parois des serres historiques durant le grand tournoi annuel. Et bien au-delà cette période car il est bien difficile de croire que ce court extra-territorial sera laissé en jachère durant onze mois.

Protestons. Décider de cette extension relève d’un sans-gêne comparable au stationnement d’une voiture sur un passage piéton. Une manifestation d’urbanité de dernière minute (de la part de la mairie ou de la FFT) est toujours possible : celle qui consisterait à laisser finalement tranquilles, à l’abri des services canons, les serres d’Auteuil, ses jardins, ses employés, sa flore, sa faune, ses visiteurs. Le rapport entre les forces en présence semble désespéré. On espère se tromper.

Post-Scriptum: Sur le site Wikipédia spécifique, il est également évoqué que certains bâtiments seraient annexés pendant le  tournoi pour assurer les réceptions. Voir le site. Et d’autre part les Verts s’alarment aussi du fait que les spectateurs emprunteraient le jardin des poètes qui jouxte les serres d’Auteuil. La tension des grands jours de finale monte. Pour de mauvaises raisons. Et le texte des pétitionnaires.

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3 réponses à Les jardins des serres d’Auteuil contraints à un match inégal

  1. Bloch-Morhange dit :

    Votre analyse est parfaite, et même si comme vous le dites « le rapport entre les forces en présence semble désespéré », il faut relayer sans cesse la pétition. Car même si la Fédération Française de Tennis choisissait le 13 février de s’agrandir en massacrant les serres d’Auteuil, le problème de son agrandissement se reposerait à nouveau dans quelques années. Donc le massacre aurait eu lieu…pour rien. Les serres d’Auteuil ont été amputées de leurs 9 hectares de pépinières lors de la création de Roland-Garros en 1928, puis d’un tiers lors de la création du périphérique en 1968. Il serait temps de rendre à César….etc.

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