Le fameux coup de « créon » des Clouet

Jusqu’à la fin du 16e siècle en France, un «crayon» est la plupart du temps synonyme de portrait. Et ces «crayons» peuvent être également affiliés aux « Clouet », ces dessinateurs père et fils qui font l’objet d’une exposition spécifique au musée Condé, au sein du domaine de Chantilly, du 23 mars au 27 juin 2011.

Baptisée «Les Clouet de Catherine de Médicis. Portraits dessinés de la cour des Valois» l’exposition situe bien le propos. Il s’agit, par son importance, d’un inédit coup de projecteur sur l’art du dessin au 16e siècle.

Jean Clouet, Doña Leonor Zapat, (Léonore de Sapata) (1530-1537) inventaire MN-172 Chantilly musée Condé RMN/Harry Bréjat

Les deux Clouet, Jean (1485/1541) le père et François le fils (1515/1572) sont peintres à la cour des rois de France. Grâce à eux le portrait au crayon (pierre noire ou sanguine pure) dépasse le stade d’esquisse préparatoire au portrait peint pour devenir œuvre d’art en tant que telle. Les rois François 1er, Henri II, François II, Charles IX et leur entourage seront ainsi saisis avec un réalisme et une neutralité surprenants, de l’enfant à l’adulte.

Les Clouet sont les héritiers d’une tradition française qui remonte à Jean Fouquet et à Jean Péréal. Ce nouveau genre de portrait séduit et devient un «art prisé».

L’importance du fonds exposé est justifiée par le nombre, soit 366 portraits dessinés par les Clouet. Ce fonds a aussi cette particularité d’être une collection constituée par Catherine de Médicis. Celle qui est alors reine de France en recueille et en commandite pas moins de 550 auprès des meilleurs artistes de l’époque. Ils n’étaient pas exposés mais soigneusement rangés dans des boîtes. «Il suffit que ce soit en créon» écrivait la reine en demandant des portraits exécutés rapidement de ses 10 enfants.

D’après Jean Clouet, Henri II, roi de France (1519-1559), inventaire PE-259 Chantilly musée Condé RMN/René Gabriel Ojéda

François Clouet, Henri II roi de France (159-1559) inventaire OA-1622 Chantilly musée Condé RMN/René Gabriel Ojéda

La suite est une petite odyssée puisque les dessins furent légués à Christine, la petite fille de Catherine de Médicis, grande duchesse de Toscane et conservés à Florence. Oubliés au fond d’une armoire, ils ne sont retrouvés qu’au début du 18e siècle par Ignazio Enrico Hugfor, peintre, dessinateur et collectionneur anglais établi à Florence. Il les attribue d’abord à Holbein et les disperse auprès d’amateurs anglais et européens parfois après les avoir retouchés. Tous ne referont pas surface, il s’en perdra beaucoup, mais le duc d’Aumale, propriétaire de Chantilly en achète la plus grande partie (collection Carlisle) réorganisant ainsi leur retour en France.

Le domaine de Chantilly en affichera  donc une bonne partie (restaurée) au public à partir du 23 mars. L’exposition est présentée comme «un voyage à la rencontre des personnalités de la cour des Valois» comme Anne de Montmorency, Gaspard de Coligny (1), Diane de Poitiers…). Parallèlement ils est à noter qu’au même endroit se tiendra une autre exposition inspirée d’une des passions de la reine : «Les femmes bibliophiles de Catherine de Médicis à la duchesse d’Aumale».

(1) Gaspard de Coligny perd la vie lors du massacre de la Saint-Barthélémy les 23 et 24 août 1572, massacre dont l’inspiration est due à…Catherine de Médicis.

Le site du musée.

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