Douze vieillards hilares s’emparent de Saint Merri

Mardi 15 mars, 21h, 76 rue de la Verrerie, alors que ça bouillonne dans le quartier du Marais, qu’un air tiède anime le printemps parisien,  nous sommes un petit groupe à patienter devant  l’église Saint Merri. Thomas Raimbaud et Miguel Torres, formés au Théâtre de masques, y joueront d’ici peu, «Les Douze»,  leur création, une performance théâtrale de la compagnie Immédia TMT.

Tandis que nous nous dévisageons discrètement, histoire de voir si nous serons les mêmes à la sortie, une jeune femme munie d’une lampe de poche, invite d’un ton ferme à la suivre : nous allons pouvoir pénétrer dans l’église. Mais une fois à l’intérieur, attention à rester près d’elle.

Plongés dans la sainte pénombre, nous sommes les visiteurs d’un autre monde. Mi-vivant, mi-mort, mi-fixe, mi-animé.  La guide avertie pointe certains tableaux comme des vestiges. Tous nos sens sont aux aguets. Au loin, des silhouettes de vieillards jouent à cache-cache dans les profondeurs du Chœur. Revenus de tout et de la vie, les facétieux nous épient avec leurs gueules de masque. L’édifice sacré est leur terrain de jeu.

Nous prenons place rassemblés au bout de la nef pour assister à leur étrange ballet. Ces douze vieux et vieilles plus enthousiastes que des enfants vont défier la mort pendant près d’une heure trente. Ils explorent tous les plans de l’église ; dansent, virevoltent, chantent, en long, en large et en travers. Comme si l’ombre de la mort libérait enfin de toute entrave, de ces broutilles humaines tellement dérisoires.

"Les douze", la représentation scénique. Photo: Emmanuel Rojas

Et puis les joyeux sages, tantôt poupées vibrantes de vie, tantôt corps humains aux visages de latex, narguent sans dessiller, leurs deux gardiens, Thomas Raimbaud et Miguel Torres eux-mêmes. Ils finissent par se rassembler autour d’une table, à quelques pas du spectateur ému par cette proximité.

Les veilleurs semblent connaître par cœur les petites manies de ces ancêtres farceurs. Peut-être, les deux, habitent-t-ils ces limbes tragi-comiques depuis toujours. En tout cas, Ils suivent une sorte de rituel, obéissent à ces têtes ravinées, au doigt et à l’œil. Comme si troubler leurs habitudes pouvait gravement perturber le cours de l’univers. Les nourrir, les porter, les écouter avec attention. Jusqu’au moment où ils rejoueront la Cène à leur manière.

Car eux savent. Pas besoin de parler. L’histoire du monde est inscrite sur leurs visages. Les lumières se rallument. Nous sommes joyeusement déconfits et n’avons pas vraiment retrouvé nos têtes d’origine.

Le pari d’un théâtre hurlant de sincérité, d’une performance qui ne vaut qu’avec les corps du public, d’une lutte contre une expression aseptisée du monde est réussi. Et l’exploit est de ne pas être tombé dans le pathos pour préférer une subtile dérision.

"Les Douze", la représentation scénique. Photo: Juliette Delaporte

Pour l’histoire, ces deux comédiens-créateurs jouent à peine un rôle. C’est à force d’habiter l’église qu’ils sont devenus des porteurs de vérité. Une pièce hors du commun des mortels, qui mérite vraiment le détour.

Voir un extrait de la pièce sur Youtube.

Réservation conseillée

Reprise de la performance théâtrale « Les Douze », écrite et mise en scène par Thomas Raimbaud et Miguel Torres les 15, 16, 17 et 29, 30, 31 mars 2011 à 21h/Eglise Saint-Merri, 76 rue de la Verrerie Paris 4ème/Métro Châtelet et Hôtel de ville

Contacts:  Miguel TORRES – 06.67.23.27.91, Thomas RAIMBAUD – 06.42.53.33.01 et 01.45.43.29.87 artifice21@gmail.com

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