Un couple à la dérive au Théâtre Ouvert

La Place Blanche n’a pas mauvaise mine, elle broie du noir. La faute au Théâtre Ouvert, niché dans la délicieuse Cité Véron, qui nous propose «De l’amour», jusqu’à … demain soir, le 2 avril, en partenariat avec le Théâtre de la Ville. Scènes de ménage d’un couple en conflit perpétuel, deux êtres qui ne se sont jamais aimés mais qui sont bien incapables de se quitter. La vie s’écoule, la mort est une libération. Ce n’est pas gai, mais quel bon moment de théâtre !

Ce n’est pas gai mais souvent drôle, grinçant plutôt, grâce aux deux autres personnages de la pièce, alternativement et ingénieusement narrateurs et couple d’amis, éternel boulet. Marion Lécrivain est épatante en Mylène, fausse ingénue, tout comme Gaëtan Vourc’h en Ted. Ce dernier est tout simplement le génial frère jumeau de Jean-Paul Rouve, physiquement et dans le jeu, il est un remarquable pince sans rire lunaire.

Le couple principal en reste à se déchirer sans cesse, à se rabibocher maladroitement. Océane Mozas et Laurent Charpentier campent Christina et Boby, ils jouent avec justesse la folie et l’entêtement de deux êtres qui s’aimantent. Chacun en prend pour son grade, le spectateur se reconnaît forcément (parfois) dans ces travers de la mauvaise foi ou de l’égoïsme.

La mise en scène est astucieuse et si simple, le plateau est ouvert, le bureau technique est pour ainsi dire sur la scène, les comédiens venant y piocher micros, pain et alcool, au goulot ou au verre, c’est selon le degré de désespoir de l’instant.

Après Le Tigre bleu de l’Euphrate notamment, le Théâtre Ouvert nous offre donc ici un drame fort recommandable. Un bon moment vivement déconseillé toutefois aux jeunes couples ou pire encore au galant qui voudrait y inviter sa belle avant de conclure. Il ferait tout capoter.

De L’Amour, de Philippe Minyana, mise en scène de l’auteur et Marylin Alasset, au Théâtre Ouvert, 4 bis Cité Véron, jusqu’au 2 avril

Philippe Minyana photographie © JJKraemer

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