Frédérique Lucien nous convie à revisiter Zadkine

L’intégration des œuvres de Frédérique Lucien (Introspectives) au milieu des œuvres de Ossip Zadkine est subtile voire intéressante. En tout cas, elle offre d’emblée l’avantage jusqu’au 4 septembre 2001, de motiver un déplacement dans ce discret mais si charmant musée Zadkine qui niche en haut de la rue d’Assas.

Dans cet espace quand même un peu étroit, les insertions de Frédérique Lucien provoquent un effet de surprise agréable et le regard passe d’un artiste à l’autre sans être heurté, bien au contraire. Ce qui n’est pas toujours le cas de ces scénographies contemporaines où il devient par trop conventionnel de faire «dialoguer» absolument des artistes et des œuvres qui n’avaient rien demandé.

Une oeuvre de Frédérique Lucien côtoyant celles de Ossip Zadkine. Photo: Pierre Antoine

Une certaine élégance émane de cette bouche dorée en porcelaine et biscuit (céramique non émaillée) mais elle souligne, c’est sans doute un hiatus, la différence de niveau artistique entre les deux artistes. Disons qu’à tout le moins elle ne fait pas d’ombre à Zadkine.

Il y a encore des bouches, blanches, réalisées par moulage avec les lèvres de quelques uns des amis de Frédérique Lucien. Et des oreilles, comme celles qui encadrent la «Céramique dégourdie» (2003), surprenante car c’est la première que l’on voit et, selon l’auteur, il faut y voir des orifices qui, comme les bouches, «sont les ouvertures du corps qui font interface entre le dedans et le dehors». Et Frédérique Lucien de préciser que de cette façon, ce qu’elle perçoit «du monde extérieur pénètre» dans ce qu’elle ne perçoit pas : son intérieur. Ce sous-titrage obscur ne s’impose guère. Quant à toutes ces oreilles qui parsèment l’exposition, leur origine répétitive est plus simple apprend-on, car Frédérique Lucien voit dans la forme du pavillon comme un fœtus lové.

Et si l’on traverse le petit jardin ô combien charmant pour rejoindre l’atelier cette fois réservé à Frédérique Lucien, le regard sera immédiatement happé  par «Simple temps», une acrylique avec du découpage de 5 mètres de haut dont la dominante rouge rassérène après tous ces orifices en blanc. Les œuvres suivantes accrochées aux murs font dans le simple style de la planche anatomique. Il y a, là aussi, une déclaration d’intention dont on peut faire l’économie.

Aperçu du musée Zadkine. Photo: PHB

Quand Ossip Zadkine s’installe dans ce qui est devenu le musée du même nom, il écrit à son ami, l’écrivain belge André de Ridder, «viens voir ma folie d’Assas et tu comprendras combien la vie d’un homme peut être changée à cause d’un pigeonnier, à cause d’un arbre».

Toujours valable, cette invitation est à prendre au pied de la lettre. Les sculptures de Zadkine s’admirent juste après qu’elles se découvrent. L’incrustation des œuvres de Frédérique Lucien ne sont pas gênantes, elles nous invitent à découvrir ou redécouvrir Zadkine.

Le musée Zadkine se trouve au 100 rue d’Assas et il est ouvert de 10 heures à 18 heures, du mardi au dimanche.

Post-scriptum :  une curiosité se mêle à l’ensemble, un projet de monument à Guillaume Apollinaire réalisé par Zadkine. On rêverait de le voir en grand.

Projet de monument à Guillaume Apollinaire au musée Zadkine. Photo: PHB

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2 réponses à Frédérique Lucien nous convie à revisiter Zadkine

  1. Bonjour,

    pour info, la saison culturelle 2011 à Auvers-sur-Oise (95) rend hommage à Zadkine qui a inauguré le Monument à Van Gogh dans notre parc municipal il y a 50 ans.
    Le musée Zadkine prête ses oeuvres à 3 de nos lieux culturels : le Château d’Auvers, la Maison du Docteur Gachet et le Musée Daubigny.
    La Galerie d’art contemporain accueille les oeuvres de N. Kennet, un sculpteur parrainé par le musée Zadkine.
    Plus d’infos sur http://www.lavalleedeloise.com

    A bon entendeur…

  2. Philippe Bonnet dit :

    Merci pour cette précieuse information. PHB

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