La dernière vespasienne essuie le feu des vandales

La dernière vespasienne parisienne continue de crâner au pied de la prison de la Santé boulevard Arago. Et cela malgré les affreux tags qu’un malappris a badigeonnés avec une affreuse couleur minium. On ne peut quand même pas faire une demande d’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco mais ce serait une bonne idée de la repeindre dans ce ton vert bouteille qui lui va si bien.

Longtemps, à l’époque des sanisettes payantes, elle faisait le bonheur des chauffeurs de taxis mais la gratuité des Decaux en a condamné l’usage intense. Et en plus elle pue l’urine comme un vieux chat. Peinturlurée, malodorante, elle risque ainsi l’euthanasie subreptice tout comme sa dernière consœur que l’ont trouvait encore dans les années 90 sur la rive droite du pont Mirabeau et à telle enseigne qu’un certain Apollinaire avait forcément dû la fréquenter.

La vespasienne du boulevard Arago sous les graffiti. Photo: LLalande

On ne peut pourtant pas se plaindre de la commodité et de l’hygiène des sanisettes modernes mis à part leur style très mal inspiré des bornes Vélib. Elles sont propres et une voix «off» va jusqu’à vous remercier d’avoir choisi la voie écologique en choisissant la chasse d’eau à petit débit. Mais si la municipalité parisienne vient à lire ce message il est vrai sans importance et qu’il reste encore un seau de peinture verte quelque part, un rafraîchissement serait le bienvenu, à l’égard de ce vestige parisien que les touristes s’amusent parfois à photographier. Les vespasiennes servaient paraît-il de lieu de rendez-vous pour les résistants durant l’Occupation. Peut-être qu’à ce titre…

Mais ce vestige a tout craindre, encore une fois, d’une disparition à l’aube, à la sauvette. La sanisette toute neuve qui lui fait presque face en remontant un peu le bd Arago a tout du mauvais présage.

Post-scriptum : Elles sont apparues au début du 19e siècle nous enseigne la page Wikipédia qui leur est consacrée. On y apprend que le nom « vespasienne » vient de l’empereur romain éponyme Vespasien tout comme plus tard et pour d’autres raisons le préfet Poubelle en 1884. Il s’agissait d’un impôt spécial affecté à la collecte de l’urine que les teinturiers utilisaient pour dégraisser les laines et qui aurait fait dire à Vespasien face aux critiques que « l’argent n’a pas d’odeur ». En savoir davantage sur Wikipédia.

Des angles d'une audace insoupçonnée. Photo: LLalande

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2 réponses à La dernière vespasienne essuie le feu des vandales

  1. jmcedro dit :

    Cela ne peut que faire penser aux premières lignes de La Petite infante de Castille : « Barcelone est une ville de six cent mille deux cents âmes, et elle n’a qu’un urinoir. On devine si à certaines heures il a charge d’âmes »…

  2. Philippe Bonnet dit :

    Passé devant récemment, elle résiste! PHB

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