Vengeances romaines

Ne vous méprenez pas, ce n’est pas un roman à l’eau de rose… encore que cela y ressemble parfois, heureusement pas très  longtemps.  Et laissez-vous porter par cette biographie romancée de la femme de Sénèque, le célèbre écrivain philosophe de l’Antiquité.

Nous sommes à l’époque gallo-romaine (1er siècle après J-C). On commence à parler de la « secte » de Christos et de la chasse aux premiers chrétiens et  voici que Paulina, jeune Arlésienne et  fille d’armateur ambitieux, rencontre fortuitement, après bien des péripéties – et certaines longueurs ! -,  le stoïcien renommé, alors exilé en Corse.  Parvenue à Rome, elle obtient d’Agrippine le retour du « banni ». Mieux,  la sœur de Caligula confie à Sénèque  le soin d’éduquer son fils unique, Lucius Domitius, qui deviendra César (empereur) sous le nom de Néron.  

Centrée sur le trio Sénèque-Agrippine-Néron et  leurs  jeux de pouvoir, la deuxième moitié du livre est passionnante. On y revit  la monstruosité de « l’Augusta » qui  fait assassiner  son époux, l’empereur Claude, avant d’éliminer son gendre, Britannicus, pour installer son fils sur le trône. On assiste à l’émancipation de Néron vis-à-vis de sa mère, qu’il tente d’assassiner, puis à l’égard de son précepteur, dont il fait fi des sages conseils…  On y devine l’ambiguïté des relations entre la veuve de Claude et le célèbre penseur, accusé jadis d’avoir été son amant…  L’ouvrage s’achève par l’éprouvant récit du suicide du stoïcien dont on sait qu’il enseigna ses disciples jusqu’à son dernier souffle, alors même qu’il se vidait de son sang…

L’histoire de Paulina n’est que prétexte à l’évocation du fonctionnement des institutions romaines, du vécu au quotidien dans la capitale de l’empire : cérémonials des repas servis allongés, courses plébéiennes de chars à deux roues,  rituels de la toilette avec profusion d’onguents et parfums,  banalisation de l’inceste et des empoisonnements,  omniprésence de la superstition avec la consultation systématique des auspices. 

En latiniste distingué, Patrick de Carolis livre opportunément quelques sentences de l’écrivain philosophe romain, notamment sur la mort et la peur de la mort.  Les termes latins qu’il utilise volontiers (en italique) n’arrêteront pas les profanes…  mais réjouiront ceux qui jadis laborieusement peinèrent  sur leurs dictionnaires Bornecque  et Gaffiot !

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