Le futurisme ressurgit à l’Orangerie

Il y a deux façons de découvrir l’exposition des œuvres de Gino Severini (1883/1966) à l’Orangerie. La plus facile, la plus agréable et la plus digeste est de laisser promener son regard sur les peintures de cet homme qui a épousé plusieurs styles tout au long de sa vie d’artiste.

Comme il s’agit d’un parcours chronologique, le parcours n’en est que plus simple à suivre. Comme Apollinaire, Severini aime la lumière et ses premières œuvres marquées par la technique divisionniste, sont remarquables par leurs effets dits luministes. Gino Severini arrive en effet à délivrer un scintillement étonnant via un tapis de feuilles mortes.

Mais en 1911, Gino Severini se laisse séduire par le mouvement futuriste qui vient d’Italie et dont l’initiateur, Marinetti, publie un manifeste dans Le Figaro du 20 février 1909. Un manifeste exalté et dérangeant au point que le quotidien publie un avertissement liminaire.

Train Blindé en action, 1915/© Richard S. Zeisler Collection, New York, USA / © ADAGP, Paris 2011

Le futurisme jette aux orties l’art tel qu’il a été et se veut résolument moderne, tourné vers un avenir idéal, fait notamment de vitesse et de technologie. Marinetti glorifie notamment «l’hygiène de la guerre» et ira jusqu’à adhérer en 1919 au parti fasciste italien dont l’idéologie lui semble cohérente avec sa vision autoritaire de l’art. Apollinaire détecte dans le futurisme une peinture susceptible d’être «dangereuse», mais, écrit-il en 1912, elle peut aussi apprendre «à nos jeunes peintres à avoir encore plus d’audace».

Cependant, si Gino Severini adhère à cette forme de style nouveau, il semble que sa vie parisienne l’ait protégé des dérives absolutistes du mouvement. Ce natif de Cortone (Toscane) se sent «intellectuellement et spirituellement» mieux dans la capitale française où il fréquente de nombreux artistes ou poètes dont Picasso ou Apollinaire. C’est grâce à sa vie parisienne qu’il épousera la fille du poète Paul Fort.

Sa période futuriste est des plus intéressantes, très appréciable au regard, qu’elle soit parfaitement abstraite comme «L’expansion sphérique de la lumière centripède (sic) et centrifuge» ou nettement plus réaliste comme «Le train blindé en action» ou encore emblématique avec «La Danse du Pan Pan au Monico» (1).

Mais en 1916 c’est la rupture. Gino Severini rejoint le mouvement cubiste et fréquente Cocteau, Matisse et Juan Gris. C’est pendant cette période nous explique-t-on, «qu’il réalise de nombreux travaux théoriques sur la géométrie (…) et les tracés harmoniques» d’où sortira un livre publié en 1921 «Du cubisme au classicisme» sur les rapports de l’art et des mathématiques.

La dernière partie de l’exposition concrétise son retour aux valeurs classiques, une phase intéressante, plus tranquille, mais loin de son apogée atteinte lors de ses réalisations futuristes ou cubistes. En 1946 il revient en France après s’être réinstallé dix ans en Italie et rédige ses mémoires, «Tutta la vita de un pittore» (toute la vie d’un peintre), avec des témoignages sur des personnages comme Marinetti, Boccioni ou Apollinaire.

La deuxième façon, pour conclure, de s’intéresser à cette exposition bien agréable à parcourir, enrichissante à plus d’un titre, est de se plonger auparavant, afin de mieux l’aborder, dans le sujet futuriste.  Parce que c’est la période qui a probablement concouru à sortir Severini du lot. Et aussi parce que l’histoire de ce mouvement et de ses autres protagonistes méritent un détour. Du reste, à la librairie du musée, on peut se procurer pour un peu plus de 7 euros un petit livre sur le futurisme édité chez Taschen et qui rend bien compte de la diversité artistique de cette époque et de ses auteurs.

(1)   En 1960, six ans avant sa mort, Severini refait son Pan Pan au Monico qui avait été détruit pendant la guerre.

L’exposition dure jusqu’au 25 juillet 

Lire le manifeste de Marinetti

Une notice intéressante à propos du futurisme sur le site du Centre Pompidou et qui permet de visionner La danse du Pan Pan au Monico.

L'affiche de l'exposition. (L'Expansion sphérique de la lumière centripède et centrifuge) Photo: Les Soirées de Paris

 

 

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2 réponses à Le futurisme ressurgit à l’Orangerie

  1. de FOS dit :

    Gino Severini s’est cherché longtemps… En peintre kantien, il est passé du pointillisme (Le printemps à Montmartre, prodigieux tableau fait d’un strict ensemble de points sur fond uni couleur taupe) à l’abstractionnisme, au futurisme, au cubisme et au réalisme. Tentant chaque fois d’effectuer la synthèse entre ces différents points de vue. Ce mathématicien féru de géométrie a également tenté d’effectuer une synthèse entre poésie et peinture, grâce au milieu littéraire qu’il fréquenta à Montmartre : il croisa Apollinaire au Lapin agile. C’est ainsi qu’il introduisit des mots dans ses toiles. Le « Broomm » en caractères décroissants de sa toile « Canons en action » semble directement inspiré par le poète français. Les amoureux d’Apollinaire s’amuseront à déchiffrer la carte postale qu’envoya le poète à son ami peintre en 1915…

  2. Kristanna dit :

    Thanks for snharig. What a pleasure to read!

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