Le regard de Mimmo Jodice pour les yeux du Louvre

Le Louvre, versant Art Contemporain, propose une exposition du photographe italien, Mimmo Jodice, «Les yeux du Louvre».

L’artiste, sous la forme d’une suite d’images, juxtapose des reproductions de tableaux du musée, des visages peints à diverses époques qu’il a choisies et des portraits photographiques de personnes travaillant au Louvre, agent d’accueil, conservateur, directeur…

Dans un souci de cohérence, l’auteur s’est approché au maximum, dans le traitement des images argentiques, des œuvres picturales. L’ensemble est noir et blanc.

Comme il est précisé, le projet est centré sur le regard (le regard du portrait) et veut à la fois réduire l’espace entre peinture et photographie et faire «revivre» les représentations qui nous viennent du passé.

Mimmo Jodice, Projet pour les yeux du Louvre/ © Mimmo Jodice - Musée du Louvre 2011

Il est, bien entendu, impossible de négliger dans un visage et par conséquent dans un portrait, l’importance du regard. Il va sans dire que cette question a occupé les peintres bien avant les photographes. Sans doute le propos est de rappeler la constance de cette problématique et de revenir sur une sorte de généalogie du regard et de sa représentation. Ne voit-on pas ressurgir aujourd’hui, plus ou moins consciemment dans la photographie contemporaine, certaines manières provenant directement de l’atelier des peintres.

Mais, tout en s’appuyant sur cette mémoire de la représentation, ne s’agit-il pas plutôt de souligner une sorte de démarcation irréductible. De relever, au contraire, une différence entre peinture et photographie. Là se trouve peut-être l’intérêt majeur de ce travail.

 La poursuite de cet enjeu, l’expression d’un regard, repose ici sur des moyens forcément très différents. On peut imaginer le peintre retouchant le regard d’un personnage jusqu’à l’obtention de quelque chose qui soit conforme à sa vision, à sa volonté. Il en a la possibilité dans la mesure où il maîtrise le temps.

Le photographe, lui, est contraint par son outil qui n’est qu’un moyen mécanique d’enregistrer une infime partie du réel ou du vivant dans le temps. Il peut être un remarquable metteur en scène, avoir l’œil pour le casting, il n’en demeure pas moins tributaire de la «machine à transcrire». Laquelle est capable de capter tout et son contraire, c’est à dire garde une forme d’autonomie. C’est pourquoi l’image photographique nécessite plusieurs expositions et ne dévoile sa valeur qu’a posteriori, pas en temps réel. Elle demande à être revue, en quelque sorte. C’est là qu’apparaît dans le meilleur des cas sa qualité principale. A savoir cette faculté de montrer, de faire voir, souvent ce qui n’a pas été vu. Soit d’être en mesure de garder la trace d’un excédent, de quelque chose qui échappe ou n’est pas immédiatement accessible à l’œil.

Du coup, il se dégage comme deux niveaux dans les photographies de Mimmo Jodice. Le premier est généalogique. Certaines images semblent s’intégrer presque parfaitement avec les portraits peints. Apparaît alors comme une filiation possible, une répétition.

Le second niveau exprime une résistance de la photographie par une sorte de réaction épidermique. Un reste de réel, lui revenant de droit, s’est immiscé dans l’image et semble allergique à toute trop grande promiscuité avec la peinture. Remonte alors à la surface une différence.

Louvre. Art contemporain. Mimmo Jodice, Les yeux du Louvre. Jusqu’au 15/08/2011

Mimmo Jodice, Projet pour les yeux du Louvre/ © Mimmo Jodice - Musée du Louvre 2011

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