Fra Angelico, ange de l’art sacré, au musée Jacquemart André

Avec Fra Angelico, c’est le luxe onirique absolu qui fera son entrée le 23 septembre au Musée Jacquemart André. Fra Angelico est un peintre florentin qui a su ancrer son art de plain pied dans le surnaturel. C’est la première fois qu’un musée français lui consacre une exposition, ce qui par conséquent en fait pour la rentrée, un événement culturel de premier ordre.

Il suffit pour s’en convaincre de regarder par exemple en large et en détail l’ange de l’annonciation qui se situe dans la cellule 3 du couvent de San Marco, achevé en 1440. Il est tout la fois réel dans sa matérialité et irréel dans sa capacité à transporter le regard dans un ailleurs total. Fra Angelico, avec une maestria confondante, impose cet envoyé céleste comme une réalité sinon tangible au moins possible. Cette magie se retrouve dans deux autres versions de l’annonciation, l’une dans le couloir nord de San Marco (1450) et l’autre à Cortone (1432).

L'ange de l'annonciation, détail. Photo: Les Soirées de Paris.

Quant au Christ bafoué visible dans la cellule 7, autre exemple, on ne peut que rester béat devant la perfection de la mise en scène, l’inventivité hors normes des couleurs utilisées et l’efficacité du symbole tendant à exprimer la vexation ou l’insulte.

Ce talent exceptionnel avait incidemment une utilité tant auprès du pape Eugène IV et plus tard Nicolas V qu’à l’égard des dominicains dont Fra Angelico faisait partie. Car les œuvres du peintre transposaient idéalement la parole chrétienne qui était ainsi mieux comprise des gens. Le prosélytisme avait trouvé en Fra Angelico un medium qui savait rendre les âmes perméables à des thématiques complexes.

Il est à noter que ces œuvres naturellement intransportables seront visibles dans une présentation vidéographique au musée Jacquemart André.

L’histoire est avare de renseignements concernant Fra Angelico si bien qu’il est parfois difficile de lui attribuer formellement certaines œuvres et il est également compliqué de discerner la main de l’artiste de celle de l’élève dans tout ou partie d’un retable, d’une prédelle, d’une fresque ou d’un triptyque. Fra Angelico c’est un «monde» avant d’être une signature, comme on peut parler de «l’univers» d’un Georges de la Tour.

Il est possible qu’il soit né en 1387 aux environs de Vicchio mais d’autres hypothèses  repoussent à 10 ans plus tard sa naissance. On l’a appelé Guido di Piero et Fra Giovanni da Fiesole. Il a été miniaturiste (illustration de missels) avant de voir les choses en plus grand et de jeter par la suite les bases d’un art sacré purement religieux dont s’inspirera entre autres le grand Piero della Francesca (1415/20-1492). Géographiquement sa vie est divisée en deux : Florence et puis Rome où à Partir de 1446, où il réalisera les fresques de la chapelle de Nicolas V au Vatican.

Le Musée Jacquemart présentera en tout 25 œuvres majeures du maître ainsi que des panneaux de peintres qui ont vécu à ses côtés comme Lorenzo Monaco, Masolino, Paolo Uccello, Filippo Lippi ou encore Zanobi Strozzi.

Outre les fresques du couvent San Marco en vidéo, la scénographie comportera l’étourdissant Jugement dernier sur un triptyque (galerie Corsini, Rome), la Madone aux cèdres (musée national de San Mateo à Pise) et encore l’Armoire des vases sacrés (musée de San Marco, Florence).

Le peintre, architecte et écrivain Giorgio Vasari (1511/1574) qualifiait le talent de Fra Angelico de «rare et parfait». Une recommandation qui vaut toujours.

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