Jean-Louis Trintignant récite la vie, l’amour, la mort

Le meilleur pour la fin. Disons plutôt, entame égoïste, le meilleur de l’émotion pour faire chavirer le cœur du Brestois qui vous cause. « Barbara » de Jacques Prévert. «Rappelle-toi Barbara / il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là», et voilà le spectateur d’emblée brusquement plongé dans la rade et au milieu des ruines, des cendres de la guerre et de l’amour détruit. «Il ne reste rien», telle est la chute de ce poème écrit au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Un poème offert en rappel au public de l’Odéon au terme d’un rare moment de grâce.

Soit trois hommes sur scène, sagement assis. Grégoire Korniluk au violoncelle, Daniel Mille à l’accordéon, et, en maître de cérémonie, Jean-Louis Trintignant. Le comédien est un vieux jeune homme de quatre fois vingt printemps qui récite dignement des poèmes sur la vie, l’amour et la mort. Des poèmes de Jacques Prévert, Robert Desnos et Boris Vian, regroupés ici sous la bannière des «poètes libertaires», pour la reprise du 18 au 20 novembre dernier d’un spectacle créé l’an passé, en tournée jusqu’en janvier et ayant récemment donné lieu à la sortie d’un album CD (Universal).

Jean-Louis Trintignant. © Photo: Sebastien Klopfenstein

Dans un entretien accordé au Point à l’automne dernier, Jean-Louis Trintignant revenait sur ses précédentes expériences poétiques, qui ont d’ailleurs fait étape avec Guillaume Apollinaire. «Oui, mais Apollinaire, tout en étant très beau, est plus sophistiqué, plus élitiste peut-être. Prévert, Desnos et Vian sont plus simples, plus accessibles, il me semble» soulignait le comédien. Pour rendre compte de cette «simplicité», la diction de Jean-Louis Trintignant sur la scène de l’Odéon est claire et sans excès, au service des mots. Son sourire malicieux souligne l’ironie de textes qui mêlent sans cesse espoir d’une vie simple et cruel retour à la réalité. Comme dans Le Chat et l’Oiseau de Jacques Prévert ou Les Fourmis de Boris Vian, la mort est là qui attend au tournant. Derrière les trois protagonistes à l’Odéon, l’immense cage de scène est plongée dans le noir le plus profond, comme une nuit éternelle qui menace.

L’ombre des trois «poètes libertaires» s’est posée rive gauche dans le cadre du foisonnant programme «Présent Composé» voulu par le maître des lieux (jusqu’au printemps prochain), Olivier Py. L’ébouriffant Monsieur le directeur y voit un «projet d’hospitalité» au bénéfice entre autres des «paroles étouffées», des «sujets qui fâchent» ou des «questions de citoyenneté». Un vœu militant, exaucé à la lettre par Jacques Prévert, Robert Desnos et Boris Vian.

La présentation du cycle Présent Composé sur le site du Théâtre de l’Odéon.

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3 réponses à Jean-Louis Trintignant récite la vie, l’amour, la mort

  1. ambroise menou dit :

    excellent comme d’habitude

    Bonjour à PHB !!

  2. GIRERD Maryse dit :

    Excellence et tendresse à fleur de peau: là est la magie de sa performance…

  3. Esther Granek dit :

    Voyez mes poèmes sur Poetica.fr Voyez ma bio-biblio sur Wikipedia.
    Je figure dans les Signets de la BnF. Mes poèmes ont grand succès sur Internet.
    Je souhaite qu’ils soient dits. Signalez-les à vos récitants. Merci.
    Esher Granek egranek@hotmail.com

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