Andromaque, quel cirque !

Quatre comédiens virevoltants sur la scène du Vingtième Théâtre. Cette scène qui est comme la piste d’un cirque, avec pour tout décor, au sol et en cercle, quelques caisses de bois clair et une guirlande d’ampoules. Ces quatre personnages sont en effet tour à tour clowns blancs et augustes, fauves et dompteurs, pour nous présenter une adaptation tonique d’Andromaque.

L’ambition n’est rien de moins que de «déraciner» la tragédie. Un jeu de mots sur l’auteur de la version française classique (A savoir Jean Racine, pour les fans d’Euripide qui ne suivent pas), un jeu de mots, donc, bien plus subtil que nombre de plaisanteries distribuées sur scène. Le pire est qu’on en redemande, tant la farce potache est assumée tout au long de cette «fantaisie barock» créée par Pierre Lericq. Ce dernier, fondateur de la Compagnie Les Epis Noirs ici à l’œuvre, est au four et au moulin. A l’écriture, à la mise en scène, à la composition, et à l’interprétation. Mais ses compères connaissent tout aussi bien leurs classiques.

Andromaque sur la scène du Vingtième Théâtre. Compagnie des Epis noirs.

Et la franche rigolade n’est qu’un aspect de la pièce, qui sait se faire sérieuse. En apparence au moins, car ici même la mort en personne, oui, en chair et en os, nous fait sourire en maître de cérémonie.

«Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui aime Hector… qui est mort». Voilà pour l’intrigue, un sac de nœuds. Le temps qu’il faudra pour tous les démêler (en gros, le temps que chacun trépasse) file comme un clin d’œil grâce à la vivacité du spectacle, porté par le chant et la musique. Chacun aime puis rejette, tombe amoureux avant de se relever, intrigue avec son prétendant. Cette ronde qui mène à la mort, on y entre de bon gré. C’est triste à dire, tant ce spectacle est réjouissant. Nous courons tous à notre propre perte avance Pierre Lericq, alors autant en rire.

Le site du Vingtième Théâtre

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