Les affèteries de langage de Silvia Baron Supervielle

Le Pont International, roman. Le ton est donné dès la citation qui figure au début du livre «tout est silence autour mais quelque chose dans le rocher même bouge et palpite comme si c était le cœur malade de l’abîme». Cela sonne comme l’appel fameux du Dante «voi che entrate lasciate ogni speranza» soit «laissez tomber tous vos espoirs vous qui entrez ici… ». Ce livre conte principalement l’histoire d’un homme âgé témoignant des événements de sa vie et singulièrement de sa jeunesse en Uruguay.

Le lecteur qui est ainsi prévenu se voit aussi découragé par un style d’un romantisme échevelé et froid. Les personnages sont vus de l’extérieur et donc désincarnés. Ils parlent peu car l’auteur le fait pour eux. Ils sont décrits dans leur action mais n’agissent que peu. 

Peut-être cela s’explique t-il car selon l’auteur elle même ils sont dérivés de personnages créés par d autres écrivains tels que Borges, Conrad, Beckett etc. Dès lors l indifférence a l’égard de leur destin conduit à l’ennui. Les affèteries de langage deviennent insupportables.

Comment être séduit derechef par des phrases telles que «la vérité les survole en remuant ses grandes ailes» (comment ne pas rire) ou encore «cette affection…il la sent battre dans sa poitrine et rôder autour de son fauteuil».

Au fond, si vous avez à passer d Uruguay en Argentine, nœud géographique et maritime du roman, préférez le bateau si vous en trouvez un.

PS : La notice en quatrième de couverture précise que Silvia Baron Supervielle est née à Buenos Aires où elle commence à écrire en espagnol. Elle est parisienne depuis 1961 mais se présente comme un écrivain du Rio de la Plata. Elle a déjà publié quinze titres (poèmes essais et récits).

Ce qu’en disait Le Monde des livres dans son édition du 17 novembre : «Les histoires se multiplient et se rapprochent dans le même mouvement, portées très au-delà du jeu érudit par une manière unique de laisser affleurer le sentiment de l’unité mystérieuse de la vie humaine, qui donne à ce roman ouvert aux quatre vents une constante, et bouleversante, intensitéLire cette critique complète.  

LE PONT INTERNATIONAL de Silvia Baron Supervielle. Gallimard, 192 p., 17,50 €.

Print Friendly, PDF & Email
N'hésitez pas à partager
Ce contenu a été publié dans Livres. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *