Compressions dramatiques dans le métro japonais

Les photographies de l’Allemand Michael Wolf sont fortes : des visages compressés derrières les fenêtres du métro de Tokyo, des gratte-ciel qui, de loin, ont des allures de quadrillages. Elles rendent claustrophobes et donnent le vertige. Son travail, exposé pour la première fois en Grande-Bretagne, témoigne d’une société qui lutte pour sauver l’individualité.

Les premières images que la Galerie Flowers à Londres nous fait découvrir ressemblent presque à des icônes, des icônes de martyrs des temps modernes et des transports en commun japonais. Les visages cadrés serrés sont coincés, pris au piège d’une heure de pointe qui sur leurs visages figés semble durer une éternité. La condensation sur les vitres du métro ajoute au côté dramatique de cette compression. On dirait presque des noyés. Michael Wolf raconte que lorsqu’il appuyait sur le déclencheur de son appareil photo et que ses sujets s’en rendaient compte, ils fermaient les yeux comme honteux de s’exhiber dans une telle position.

Exposition des photos de Michael Wolf à Londres. Reportage: Elisabeth Blanchet.

Au-delà de la claustrophobie qui émane des ces premières images, c’est une envie d’agir qui prend à la gorge du visiteur, une envie de briser la glace et de libérer ces êtres pris au piège d’une société qui a perdu toute individualité.

Puis le regard impuissant abandonne à leur sort quotidien les icônes des temps modernes pour se poser sur les gratte-ciel, les bureaux où ils pourraient travailler, les immeubles où ils pourraient habiter. D’immenses photos au cadrage de nouveau serré qui ne laisse aucune place ni à la terre, ni au ciel et qui donnent le vertige. De loin, elles ressemblent à des quadrillages à la géométrie presque parfaite mais si on dépasse le stade du vertige et si on regarde les images de plus près, on trouve ça et là des petites imperfections : des plantes, des climatiseurs, des câbles… Des imperfections qui ne sont autres que des signes de vie.

 C’est ensuite vers les gens que Michael Wolf nous emmène, dans un box de 10 pieds sur 10 pieds tapissés de photos d’intérieurs de logements sociaux hongkongais. Des logements sociaux dont chaque appartement avait une surface de 100 pieds au carré. Après l’extérieur et les cubes emboîtés les uns sur les autres, ce sont les intérieurs de ces derniers que le photographe nous fait découvrir, comment chaque locataire, photographié au milieu de ses 100 pieds carrés a aménagé son espace, lui a donné un peu de sa personnalité, de ses goûts.

En quittant la galerie, on recroise les martyrs du métro et au deuxième regard, c’est la beauté de ces images qui frappe. Une beauté qui rend la compression et le sacrifice quotidien de ces passagers encore plus intolérables. L’effet miroir du travail remarquable de Michael Wolf nous renvoie une image terrifiante de la société dans laquelle nous vivons, une image qui pousserait presque à la révolte.

Exposition des photos de Michael Wolf à Londres. Reportage: Elisabeth Blanchet.

 

Michael Wolf à la Flowers Gallery : jusqu’au 7 janvier 2012

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2 réponses à Compressions dramatiques dans le métro japonais

  1. de FOS dit :

    Impressionnant ! On a en effet envie de libérer ces otages du déplacement quotidien, de se servir du petit marteau (en espérant que là-bas il existe !) pour briser ce carcan de verre qui les étouffe autant qu’il les enserre. Des photographies davantage parlantes que tous les discours…

  2. Bruno Philip dit :

    Impressed

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