Le passeport de Daniel Meadows a la forme d’un appareil photo

Daniel Meadows est un homme curieux, curieux du monde et des autres. Pour aller vers eux, il est devenu photographe. Avec son appareil photo, il raconte des histoires de gens, de simples passants qui un jour ont croisé son chemin et ont bien voulu se faire photographier. Son œuvre, digne d’un anthropologue, sociale et pleine d’humanisme, est exposée au National Media Muséum de Bradford.

«Chaque photo a une histoire», déclare le photographe Daniel Meadows dans son bureau de l’université de Cardiff où il enseigne le photojournalisme. Il raconte l’histoire d’une photo en particulier, celle de Florence, prise pour la première fois en 1974, puis une nouvelle fois plus de 20 ans après. «Florence fait partie des personnes que j’ai photographiées pendant mon tour d’Angleterre avec l’Omnibus photographique», poursuit Daniel.

Daniel Meadows. Florence en 1974 puis en 1999.

 

Après avoir étudié la photo à Manchester avec son ami et acolyte Martin Parr, Daniel se débrouille pour acheter un vieux «double decker bus» rouge, l’aménage en studio-labo-galerie et part de régions en régions au gré des financements qu’il arrive à récolter. «Please ask for your free photograph», peut-on lire sur les vitres du bus. Son voyage qui durera 14 mois est une invitation au portrait. De Southampton à Hartlepool en passant par Barrow-in-Furness, Daniel photographie des gens qui passent par là et « que son allure de hippie pas fraîchement lavé ne rebutait pas !», précise-t-il un grand sourire aux lèvres. Des gens de tous âges dont Daniel enregistre aussi les histoires et auxquels, bien sûr, il offre les portraits.

L’appareil photo : passeport pour découvrir le monde

«Enfant et adolescent, j’ai beaucoup souffert. J’étais dans un pensionnat complètement isolé et protégé du monde extérieur. Pourtant, je n’avais qu’une seule envie : découvrir le monde !», s’exclame-t-il. Puis, un de ses professeurs d’art l’emmène à une exposition du photographe Bill Brandt. C’est le déclic. «J’ai eu une révélation en découvrant ses photos. Comment arrivait-il à être aussi à l’aise pour photographier des gens si riches et si pauvres, pour passer si aisément d’une classe sociale à une autre ? Je me suis dit que la clé, c’était l’appareil photo», explique Daniel. Il sort de l’exposition en sachant que son passeport pour découvrir le monde sera un appareil photo. «J’étais nul en physique et la seule formation photo qui n’exigeait pas de bac scientifique était celle de Manchester. C’est pour ça que je me suis retrouvé là-bas et que, très vite, j’ai sympathisé avec Martin Parr», poursuit Daniel. Ni l’un ni l’autre n’étaient férus de studio et de technique. Ce qu’ils voulaient, c’était sortir : faire des photos dehors dans des rues, des banlieues aux antipodes des décors des milieux dont ils étaient issus… Et il y avait de quoi faire dans le Manchester des années 70.

Daniel Meadows et Martin Parr à la Galerie Impressions de Val Williams à York, juste après avoir accroché leur expo commune "Butlin's by the Sea"

 

Ainsi, ils travaillent ensemble sur le projet «June Street». Ils photographient les habitants d’une rue de Salford (proche banlieue de Manchester) vouée à la démolition. «Nous avons photographié les familles et leurs animaux domestiques dans leur living room avec le plus de détails possibles. Nous voulions garder une trace d’une rue qui allait disparaître et bien sûr offrir aux habitants leurs portraits», explique Daniel. Mais après «June Street», les travaux de Martin Parr et de Daniel Meadows divergent. «Nous avons très vite eu des approches différentes de la photographie. Martin est un satiriste. Et moi ce qui m’intéresse, c’est la relation qui existe entre la personne que je photographie et moi. Les gens me donnent ce qu’ils veulent me donner », résume Daniel. Sa curiosité des autres le pousse à aller plus loin et dans les années 90, il entreprend de retrouver les personnes qu’il a photographiées lors de l’aventure de l’omnibus et photographie de nouveau ceux qu’ils retrouvent. Les diptyques passent en boucle sur un écran digital. Ils ont quelque chose de fascinant. Chacun y voit quelque chose de différent. Pour certains, ce sont les modes qui frappent, pour d’autres, les ressemblances, les marques du temps qui passent. Mais pour Daniel, c’est surtout la relation entre lui et le sujet qui importe. C’est d’ailleurs dans l’un des ses petits films que l’on peut visionner à l’exposition que le photographe explique cette relation qui lui est si chère.

Des photos, des histoires

C’est par ces quelques films réalisés par Daniel que l’exposition se termine. Il raconte les histoires des gens qu’il a photographiés comme celle de Florence retrouvée plus de 20 ans après, avec les mots simples et émouvants de quelqu’un qui a su établir un lien, une relation intime avec ses sujets. Ses petits films sont comme des nouvelles qui nous transportent dans son monde de photographe et de conteur d’histoires. De son travail dégage une force humaine, sociale et documentaire difficilement égalable. Et la vision du monde de Daniel Meadows est une des plus belles leçons d’humanité.

Daniel Meadows. Les Bootboys en 1974 puis en 1995.

 

Daniel Meadows est exposé au National Media Museum de Bradford jusqu’au 19 février :

Pour en savoir plus sur Daniel Meadows

Son livre écrit par Val Williams : Daniel Meadows: Edited photographs from the 70s and 80s est un “Must Have” : L’histoire de Florence. 

Sans oublier Elisabeth Blanchet qui est une photographe professionnelle. Découvrez son site.

Daniel Meadows. Une famille de June Street, Salford, 1973.

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