Hugo Pratt, maître secret du rite écossais, reçu rue Cadet

Parce qu’il était franc-maçon et au passage, l’un de ses grands-pères aussi, Hugo Pratt (et son personnage-clé Corto Maltese) fait l’objet d’une intéressante et intime exposition au Musée de la franc-maçonnerie. Cette manifestation se terminant à la mi-juillet, c’est l’occasion pour encore un peu de temps d’aller faire un tour dans ce bâtiment de la rue Cadet qui intrigue tous ceux qui n’en sont pas.

Surtout, l’opportunité est bonne d’aller admirer les planches et autres belles aquarelles de l’auteur de Corto Maltese. Certaines sont issues de collections personnelles et il probable que l’on ne les reverra pas de sitôt. Or Hugo Pratt est incontestablement un grand artiste autant qu’un conteur et, par-dessus le marché, un fin cadreur. Lorsque l’on fait l’effort en effet  de s’extraire de l’une de ses histoires, que ses histoires mettent en scène  Corto Maltese ou encore  un autre personnage comme le lieutenant Morgan, il est assez fascinant d’observer le sens inné du cadrage chez Pratt, un cadrage  qu’il détermine avec une habileté sans pareille, en fonction des nécessités de la scène. Son inspiration dans ce domaine, assimilable à une prise de vue cinématographique, semble illimitée.

Il est question de franc-maçonnerie dans les œuvres bien souvent ésotériques d’Hugo Pratt, notamment dans l’album intitulé Fable de Venise et dans ce qu’il avait entrepris de dessiner en 1994 (Fort Wheeling)  peu avant sa mort. A quoi il faut ajouter des scènes d’initiation dans l’album des Helvétiques, qui semblent inspirées, selon le commentaire officiel de l’exposition, de la cérémonie franc-maçonnique d’introduction au grade d’apprenti. Nous les croyons sur parole.

Voilà donc un bon bout de Pratt, quarante pièces en tout, auteur qu’il est bien agréable de retrouver quelle que soit la nature du prétexte, avec son tablier de «frère», son cordon et une épée dérobée par son père lors du pillage d’une loge par les milices italiennes fascistes dans les années 20.

C’est en 1976 qu’il devient franc-maçon au sein de la loge Hermès, elle-même partie constituante de la grande loge d’Italie. Il y est apprenti, puis compagnon, maître, élevé enfin dans les  hauts-grades» (4e)du rite écossais ancien et enfin accepté parce que reçu au degré de «maître secret».

Il n’est pas sûr que le visiteur ressorte plus affranchi qu’il n’est entré sur la franc-maçonnerie.  «Pour le profane», comme on peut le lire sur une inscription à l’intérieur des murs de la rue Cadet, «un franc-maçon sera toujours un vrai problème qu’il ne saurait résoudre à fond qu’en devenant maçon lui-même».

Gageons qu’il y aussi des profanes qui ne voient pas la maçonnerie comme un problème et qui ne sont donc pas habités par un souci de résolution.  Ceux-là saluent  de loin mais avec sincérité ces obédiences qui font de l’humanisme, de la  fraternité et de quelques rituels l’excipient visible d’une matière active et mystérieuse.

Le site du musée

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