Picasso et Lacroix en colocataires du musée Reattu

Lorsque le couturier Christian Lacroix a été voir sa première exposition sur Picasso, c’était en 1957, il avait six ans et cela se passait au musée Reattu à Arles. Quelques années plus tard, il n’est plus seulement visiteur mais exposant. Ses créations, notamment ses costumes de théâtre, figurent en effet aux côtés de la collection d’œuvres de Picasso dont le peintre fit don au musée peu de temps avant sa mort.

C’est ainsi qu’apparaissent dans la même pièce trois mannequins richement habillés par Lacroix et un portrait de Lee Miller par Picasso. Fascinant portrait du reste puisque le peintre espagnol doit être un des seuls artistes et probablement le seul, à avoir débarrassé la photographe américaine de sa beauté déconcertante.

Pablo PICASSO, Lee Miller en Arlésienne, 1937. Coll. musée Réattu. Dépôt de l’Etat 1990 © Succession Picasso 2012

Cela se passait du côté de Mougins en 1937 au milieu de quelques amis prestigieux comme Paul Eluard et Nusch, Man Ray et Roland Penrose. Pour qui apprécie Picasso, il est difficile ici de s’en détacher pour aller vers Lacroix. Comme Picasso justement, Lacroix a créé «sa»  Ménine, inspirée du personnage central figurant sur la célèbre toile éponyme de Diego Velasquez. Voilà enfin le regard du visiteur détourné par la performance du couturier. Celle qui la porterait se verrait interdire la plupart des ascenseurs tellement sa largeur en impose. Elle est faite pour une reine, à tout le moins une princesse, quelle grandeur quand même que cette pièce de couture. La Ménine de Lacroix se compose de toiles de jeans retournés, chantournée (découpée) façon Grand Siècle.

Christian Lacroix, Robe de « Ménine », 2004. Collection particulière

On se laisse guider sans déplaisir dans ce musée qui fut l’ancien Grand-Prieuré de l’Ordre de Malte (fin du XVe siècle) et idéalement placé au bord du Rhône à tel point que le regard y trouve une ligne d’évasion supplémentaire. Une soixantaine d’œuvres de Picasso, les si jolies créations de Christian Lacroix et ajoutons à cela quelques photos du peintre ou de ses compagnes, l’amalgame scénographique n’a pas dû être évident à composer dans un lieu à l’architecture intérieure complexe.

Mais on s’y plaît, si l’on veut bien soustraire toutefois le début du parcours, soit une succession de «pièces libres» et de «temps forts», dont le propos est un peu vague sinon faible. Ce n’est qu’en pénétrant enfin dans l’univers mêlé de Picasso et de Lacroix que l’on se sent comblé comme des chevaliers de Saint-Jean se partageant un hanap de vin de pays.

Et c’est jusqu’au 30 décembre

Post-scriptum : Difficile de passer à Arles en plein été et d’échapper aux affiches vantant les «Rencontres de la photo». Il est facile en revanche d’y renoncer. A 27 euros, le forfait qui permet d’accéder une journée seulement à l’ensemble des salles, dépasse les bornes du bon sens.

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