Le Quatuor ou la musique inattendue, burlesque, drôle et poétique

En nœud papillon et frac ajusté ce qu’il faut pour ne pas entraver leur souplesse de chat, chacun doté d’un instrument de musique dont ils pincent ou frottent les cordes avec tout ce qui leur passe par la main, ils font à eux quatre presqu’autant de bruit qu’un orchestre. Et pas  besoin d’être expert mélomane ou de jouer d’un accessoire musical pour apprécier leur talent et l’humour du spectacle (pour tous) qu’ils donnent jusqu’aux premiers jours de janvier.

Avec Jean-Claude Camors, Laurent Vercambre, Pierre Ganem et Jean-Yves Lacombe – alias Le Quatuor – les adultes s’amusent  à réviser leurs classiques, les adolescents à repérer leurs idoles, les enfants (re)prennent goût à étudier le solfège. Grands et petits  ont des fourmis dans les jambes et les pieds qui battent la mesure. Le Quatuor produit un spectacle chanté, bougé, dansé d’un genre particulier – de ceux qui  feraient aimer la musique à un sourd.   

L’orchestre se résume à sa plus simple expression,  trois violons dont un alto et un violoncelle. Auxquels se mêlent  à l’occasion une contrebasse, une guitare, une cornemuse, un flutiau, une scie musicale et même un piano… en touches détachées.

 

Le Quatuor. Photo: Guillemette de Fos

Tout est bon pour tirer humour, sens et harmonie des instruments à cordes : archet, pouce et  index, plat de la main, porte-manteau et même shewing gum (enfin c’est l’illusion donnée) !  Les quatre protagonistes sont tous des musiciens hors pair mais sans en avoir l’air, ni la prétention. Ils jouent de leur instrument à leur façon, inattendue, burlesque, drôle et poétique.  L’un des virtuoses, dans un sketch époustouflant, s’acharne un long moment sur sa contrebasse comme s’il s’agissait d’une poupée vaudou. Il frappe, effleure, tape ou caresse le vernis de sa robe et parvient à lui arracher soupirs, plaintes et cris de fureur.

 

La mise en scène ( (d’Alain Sachs) est efficace. Elle conjugue occupation de l’espace (pas évident à quatre), éclairage et sons. Elle colle surtout au rythme très accélérée des titres  interprétés. Aux Bouffes Parisiens, le son atteint la vitesse de la lumière. La musique n’ayant pas de frontières, le répertoire est éclectique. Les compositeurs italiens, allemands, autrichiens, russe, anglais, français ont été appelés à la rescousse. 

L’échantillon des morceaux choisis et mimés selon une désopilante chorégraphie va de l’opéra chanté ou dansé (le Faust de Gounod, Le lac des cygnes de Tchaïkovski, etc.) à la musique religieuse (Bach),  en passant par les symphonies (Beethoven, Schubert, Mendelssohn),  le jazz (l’admirable Misty de la grande Ella) et  la musique de film. Les cinéphiles auront reconnu La Strada, les amateurs de dessins animés La belle au bois dormant. Sérénades et chansons d’amour ont leur place, à destination et avec le concours du public.

La variété s’invite également au show  avec Lennon et les Beatles, Gainsbourg et ses Petits papiers et jusqu’aux Spice Girls dont le Quatuor livre une hilarante interprétation d’If you  wannah be my lover. Les extraits musicaux défilent si rapidement qu’on doute parfois de les avoir entendus, comme cette fugace petite musique indienne à la Ravi Shankar.

Les sketches sont ingénieux et souvent drôles. Les tableaux suggèrent le voyage et s’enchaînent avec  fluidité. Ainsi  le violoncelle qui se transforme en barbecue, le temps d’une veillée au  Far West  sur fond de musique country. 

Les quatre musiciens sont aussi chanteurs, chacun dans son octave. Ils ont des voix aux tonalités surprenantes mais contrastées pour faire du Quatuor un ensemble musical  à part entière, si ce n’est à modèle réduit.

 

Un extrait éclairant sur Youtube

Dans la même veine (spectacles inclassables pour jeunes de 7 à 77 ans et plus), signalons le duo « Framboise frivole » qui s’est voici peu, produit aux mêmes Bouffes Parisiens et qui réunit un pianiste et un chanteur-violoncelliste.  

 

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